mardi 5 novembre 2013

Je ne suis ni abolitionniste, ni salaud

Manifestation en juillet 2012 à Lyon
Suite à la déclaration des 19 qui se croyaient 343, il est devenu difficile de s'affirmer contre l'abolition de la prostitution sans passer pour un salaud qui ne veut pas que l'on "touche à sa pute". Pourtant, non abolitionniste je suis, et j'espère bien ne pas être un salaud.

Je refuse d'être pour l'abolition de la prostitution car je n'y vois qu'un combat face au mauvais adversaire, c'était déjà dans cet état d'esprit que j'avais signé la contribution thématique pour le congrès socialiste de Toulouse : "Prostitution : du déni aux réalités". Quand j'entends ou lis les abolitionnistes de la prostitution, je ne vois qu'une lutte contre le proxénétisme qui profite de trop nombreuses femmes étrangères sans papier et sans défense. A vouloir à tout prix lutter contre les réseaux de proxénétisme en s'attaquant principalement à leurs clients, c'est se mettre des oeillières pour ne pas voir la prostitution masculine, transexuelle et même féminine mais indépendante. Le monde de la prostitution n'est pas uniquement peuplé de prostituées étrangères mises en esclavage au profit de proxénètes.

Certes, il est nécessaire et obligatoire de lutter contre la traite humaine, de lutter contre la proxénétisme, mais il est aussi nécessaire de s'attaquer contre les causes de la prostitution pour éviter que certaines personnes ne fassent se choix par dépit. Est-ce la faute des réseaux mafieux si de jeunes étudiants et étudiantes se lancent dans la prostitution pour payer leurs études ? Est-ce la faute de la traite des blanches si des transsexuels optent pour la prostitution, seul emploi qui leur est possible d'exercer sans avoir à faire au mépris de DRH ou de potentiels collègues de bureaux ?

Malgré les dénégations des abolitionnistes, la pénalisation des clients est un risque majeur de dégradation des conditions de travail des prostitués (lire pour les anglophones cet article de Laura Agustin sur l'expérience suédoise) puisque mis à l'écart de la société, obligés de se cacher et de prendre de nombreux risques pour exercer. En rendant illégal les rapports sexuels tarifés avec une personne prostituée, le client se sachant dans l'illégalité peut se croire de fait tout permis puisque déjà hors la loi. Ainsi plus rien n'empêche un client de se comporter violemment, surtout si sa relation tarifée se fait dans les endroits les plus reculés.

Ainsi, vous l'aurez compris, je ne suis pas entièrement en phase avec la proposition de loi des députés socialistes déposée le 10 octobre dernier pour "lutter contre le système prostitutionnel". Si de nombreux articles de ce projet de loi sont utiles car visent à aider les victimes de la prostitution, les deux articles visant à pénaliser les clients de la prostitution ne vont pas dans le bon sens. De plus, sur les 14 premiers articles de ce projet de loi, c'est à dire sur tous les articles évoquant les personnes se prostituant, seuls 3 évoquent toutes les personnes qui se prostituent et non uniquement les "victimes de la prostitution". Parmi ces 3 articles, un (l'article 5 du chapitre II) propose de faire bénéficier les personnes désirant sortir de la prostitution d'une remise totale ou partielle de leurs impôts directs !

Je ne cherche pas à défendre mon droit à avoir des relations sexuelles tarifées, je ne cherche pas non plus, et loin de là, à défendre l'esclavagisme sexuel. Je voudrais simplement que l'on ne mette pas en place une loi bancale qui laisserait de côté tout un pan des travailleurs du sexe.


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15 commentaires:

  1. Excellent billet.
    Merci de me citer.
    Amitiés

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  2. Merci surtout, même si cela fait plaisir d'être citée, de mettre un lien vers la proposition de loi en entier. Moi, ce n'est pas tant cette proposition qui me gêne, mais plus le comportement extrémiste de certains abolitionnistes. Car je suis persuadée de toute manières qu'en traquant le client au lieu de la prostituée, le maque sera une nouvelle fois tranquille, surtout qu'en réseau mafieux international, va le chercher, celui-là. Et c'est bien le problème. En plus, je ne comprend pas trop le truc du bien mobilier cité en exemple : il y a des types qui donnent des trucs comme ça? On en apprend tous les jours, dis-donc. Alors, la jeune femme,mariée à un vieux qui capte l'héritage de celui-là, on en fait une prostituée et on lui fait cadeau des impôts ? C'est bien plus fréquent qu'on le pense, la belle-mère qui a l'âge des enfants.
    Tout ceci réduit, comme le dit l'article en anglais, les prostituées à des moins que rien, en plus, forcément victimes, forcément contraintes. Il n'y a rien afin de prévenir la chose.
    J'ai, en plus, la désagréable sensation qu'on se fiche de notre gueule, n'y a-t-il pas des choses bien plus urgentes à traiter que ça ? Tu vas voir que cela va être un argument de poids pour l'opposition. Ce débat, très intéressant d'un point de vue humain: que faire pour éviter l'esclavage sexuel et cette traite (internationale, c'est comme,les armes et la drogue, ingérable au niveau national, faut le rappeler) n'est pas la préoccupation number one des français.
    en plus, c'est dangereux car on veut donner un asile aux étrangères qui se prostituent, et on expulse des gosses dans des lycées. T'explique ça comment, aux gens normaux?

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    1. Et puis j'ai une autre question : comment la prostituée, qui est victime de réseau, peut avoir des revenus à elle,,puisque le proxo lui prend tout? En quoi ça va l'inciter à dénoncer le maque? Et maque qui a surement des complices dans le pays d'origine et peut faire chanter la fille en s'en prenant à la famille restée là...

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    2. Tu résumes très bien le problème. Quand on veut se battre contre un réseau, il ne faut pas se concentrer sur le dernier maillon de la chaîne.

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    3. Par cette phrase, vous prouvez votre méconnaissance TOTALE de la réalité en disant cela.
      Les proxos ne seront plus intéressés par un pays abolitionniste, c'est ce que la police suédoise a constaté suite à des écoutes téléphoniques entre proxos après la mise en place de la loi.
      S'il n'y a plus de demande, il n'y a plus de proxénètes, c'est aussi simple que ça. Et cette mesure sauvera la vie de milliers d'esclaves dont les clients prostitueurs n'ont rien à foutre

      D'autre part, les punters n'ont aucun moyen de savoir s'ils ont affaire à une prostituée esclave ou qui ne se sent pas atteinte dans sa dignité ou à une femme que ça va traumatiser, détruire psychiquement.
      Avoir recours à une prostituée c'est, chaque fois, jouer à la roulette russe (sauf que le danger, ce n'est pas eux qui le courent!).
      Face à ce risque impossible à évaluer, il n'y a qu'une attitude acceptable: l'abstention, courir plutôt le risque de la frustration sexuelle (de toute façon, comment peut-on avoir envie de coucher avec une femme qui n'en éprouve aucun désir?).
      Il y a aussi le déni : combien de prostituées n'exerçant plus cette activité (et non pas ce "métier") ne disent pas après coup : mais comment avez-vous pu nous croire quand nous défendions l'activité ? Que penser de Rosen Hicher, qui a déjà témoigné plusieurs fois à la commission et qui dit que pendant ses 22 ans d'activités, toutes ses passes étaient des viols ? Mais pendant qu'elle exerçait, elle réagissait comme des gens que je lis ici : je suis "libre", vous m'empêchez de gagner de l'argent, etc.

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  3. Laura Agustin comme référence ? Vraiment ? Cette anthropologue qui promeut "le travail sexuel" des enfants ? Et qui traitent de puritain-e-s celleux qui s'offusquent de la traite des femmes ou de la pédophilie ?

    Sinon sur le reste, vous oubliez une chose : les abolitionnistes considèrent la prostitution comme une violence, toujours, même en dehors des raisons de traite, pour une simple raison : sexe + "travail" (= source de revenus nécessaires à la survie, je ne considère pas la prostitution comme un métier) = sexe + contraintes = violence.

    Enfin, je ne comprends pas en quoi cette loi risque de mettre les prostituées en danger. Un article à ce sujet, que je trouve pas mal argumenté : http://spermufle.wordpress.com/2013/11/02/les-lois-qui-tuent/

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    1. On peut ne pas considérer la prostitution comme un métier mais c'en est un pourtant. Comme je le dis dans mon billet, il faut plus combattre les raisons qui peuvent pousser à la prostitution plutôt que de combattre la prostitution.

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    2. Il faut plutôt s'interroger sur la plus vieille oppression patriarcale que vous tenez absolument à perpétuer, ce qui est la position la plus réactionnaire qui soit.

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    3. "Il faut, il faut" ... mouais.

      Vous n'avancez aucun argument qui va contre l'idée que la prostitution elle-même est un problème (alors que moi, avec un raisonnement simple, je vous ai montré que c'était une violence : sexe + contrainte = violence)

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  4. Faudra expliquer tout ça au chef de réseau en Ukraine, Pologne, Chine, Niger etc...lui, n'a pas besoin de permis de séjour. Pour le débat, pour ou contre la prostitution, ça ne débouche sur rien de constructif. Tiens, moi je suis contre les huissiers, activité libérale qui consiste à s'enrichir sur le dos des plus pauvres, donc des familles monoparentales. Qui, dans le féminisme extrême, s'intéresse à la question, pourtant, ça pousse des femmes à se prostituer. On fait quelque chose contre les huissiers et les banquiers, vraiment?

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    1. La prostitution est un des piliers du patriarcat, le droit des hommes à disposer du corps des femmes (voir les 343 esclavagistes). Qu'est-ce que les huissiers ont à voir avec le patriarcat ?

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    2. Est-ce que vous considérez que l'économie est basée sur le patriarcat, oui ou non? Est-ce que huissier n'est pas le couteau que l'on met sur la gorge de ceux qui sont dans la misère? Alors maintenant, dites-moi ce qui pousse ces filles qui sont dans la misère, non consentantes, a se prostituer?

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