vendredi 26 août 2016

1942, Jean Zay commente la vie politique d'aujourd'hui

Durant mes vacances, j'ai lu pour la première fois l'excellent journal de Jean Zay emprisonné, "Souvenirs et solitude". Au delà de son quotidien de prisonnier, l'ancien ministre du Front Populaire revient aussi sur la politique menée avant 1939 tant au niveau culturel qu'éducatif. Il livre aussi ses pensées sur le monde la France de son époque ou sur le fonctionnement des institutions politiques, parfois avec un œil désabusé, parfois avec beaucoup d'humour. 
A plusieurs reprises, j'y ai lu des passages pouvant s'adapter à notre époque. Le plus frappant est le chapitre dont je vais vous partager un extrait, chapitre daté du 22 novembre 1942 :

[...] En France, il n'y avait pas de Nicholson installé aux Champs-Élysées. Mais il existait mille Nicholsons - souvent sans talent, ni moralité - dans la presse, les cabarets, les meetings. Leur raison d'être consistait à tourner en dérision les hommes chargés des destins du pays, à rendre suspectes toutes leurs intentions, à exciter la haine contre eux. Sans doute ces hommes commettaient souvent des fautes graves ; ils prêtaient le flanc aux reproches ; ils relevaient de la libre critique. Mais le plus souvent ce n'était point leurs idées ou leur œuvre qu'on traînait sur les tréteaux ; ces sujets austères n'eussent point égayé le public. C'était leurs personnes, leurs ridicules physiques vrais ou imaginaires, leur vie intime calomniée. Revuistes ou échotiers s'efforçaient de rendre grotesques ou odieux les hommes publics de leur pays, sans même se soucier des auditeurs ou des lecteurs étrangers qui les observaient avec un mauvais sourire. Nous ne sommes pas l'Angleterre ; ces "moqueries permises", qui étaient bien plutôt dans la plupart des cas de pures diffamations, "ôtaient beaucoup au respect". Si ces caricatures "ne faisaient pas de rebellions", elles travaillaient à créer peu à peu dans le public une désaffection des hommes d’État et du régime. Elles répandaient un scepticisme désabusé, un dégoût de la vie publique, une mauvaise conscience. Elles stérilisaient les enthousiasmes. Elles affaiblissaient la cohésion nationale. Elles divisaient et surexcitaient. Les Français souffraient, a-t-on dit, de n'avoir personnes à aimer : on ne leur apprenait qu'à railler.
[...] La France était bien devenue le "paillasson" que représentait un dessin symbolique d'avant-guerre, mais ce n'était point les étrangers qui s'y essuyaient les pieds, c'étaient des Français.

mercredi 24 août 2016

Burkini, l'exaspération à tous les niveaux

Depuis 10 jours tout le monde en parle et ça me court sur le haricot. Au début je prenais ça à la légère, m'interrogeant plus sur l'orthographe de burkini (burquini ?) que sur le sujet en lui-même. Quelques jours plus tard, on apprend que l'affaire du burkini corse n'était en fait qu'une affaire de plage privatisée d'un commun accord par une famille. Ce n'est pas le premier cas en corse et le fait qu'il s'agisse d'une famille d'origine maghrébine semble plus être une preuve excellente d'intégration (si besoin il y avait) que de grand remplacement.

Et aujourd'hui c'est la fête de la photo. Des flics municipaux ont décidé de faire appliquer un arrêté municipal sur la plage de Nice. Résultat des dizaines de contraventions et une série de photos d'une femme plus voilée qu'en burkini obligée d'enlever son voile / burquini. Résultat vague d'indignations contre le comportement de la police, vague d'indignation contre le gouvernement, vague d'indignation contre ceux qui ne s'indignent pas.

Et le tout ça m'exaspère au plus au point. 

Cet été on a fêté les 70 ans du bikini. A l'époque ces petits bouts de tissu étaient la marque de la libération de la femme sans pour autant en être l'alpha et l'omega de la tenue de plage. Régulièrement on voit, on entend des femmes de pays non laïc et musulmans faire preuve d'une audace folle en se dévoilant la tête sur Youtube et Facebook.
Cet été toujours j'ai vu une dermato qui sous couvert d'humour me disait de me méfier des crèmes solaires trop faibles et que la protection la plus sûre restait la burqa. Elle a tout de même fini sa consultation en me conseillant les vêtements spéciaux anti-UV, plus proche de la burqa pour homme que du bikini... On est en train de demander à des policiers de verbaliser des femmes qui se couvrent trop alors que des médecins recommandent de nous couvrir pour éviter les cancers de la peau. Allez expliquer au gamin qu'à la plage il devra mettre son t-shirt moche pendant que les grands sont obligés d'être à poil.

Aujourd'hui j'ai lu que cette photo ressemblait à une provocation bien calculée, d'ailleurs pourquoi ce photographe, pourquoi ces clichés avant la verbalisation et le déshabillage. Et bien peut-être ou peut-être pas. En même temps faire de la provocation contre un décret municipal idiot, cette femme ne sera ni la première ni la dernière à la faire.
J'ai aussi lu que cette femme n'avait rien à faire sur la plage habillée ainsi sans ustensile de plage traditionnelle comme la serviette et surement le pot et la pelle à château de sable. Et alors ? Il y a un uniforme ET une panoplie à avoir avant d'aller à la plage ? Elle est déjà pleinement habillée, à quoi lui servirait une serviette ? Elle est sur une plage de galet, pourquoi prendre des accessoires. Vous me verriez sur la plage, je serais presque autant habillé, en tout cas bien loin de l'uniforme du maillot de bain de rigueur. Vous ne me verriez jamais m'approcher de l'eau donc également sans serviette. Vous me verriez barbu et le regard noir, car on m'aurait surement forcé à me rendre dans ce genre de lieu. Au final, j'ai bien peur de ressembler à un dangereux radicalisé. J'espère ne jamais me faire verbaliser pour ça.

Aujourd'hui un adjoint au maire de Nice a déclaré qu'il porterait plainte contre ceux qui diffusent les photos des policiers municipaux en train de verbaliser la femme. Car il serait aussi interdit à présent à Nice de prendre des photos et de les diffuser. En revanche il n'est toujours pas interdit de se foutre de la gueule des électeurs puisque cet adjoint au maire n'est autre que Christian Estrosi, celui qui par respect pour ses électeurs régionaux à concéder à ne plus être maire de Nice. Il reste quand même la seule personnalité politique de Nice à répondre aux interviews et à annoncer des actions en justice contre n'importe qui.

Pour finir une mention spéciale de l'exaspération à mes camarades vrauchistes, dont certains me qualifient déjà de facho pour mon soutien à Valls en temps normal. J'ai cru que la vraie gauche, le vrai communisme et non cette social-démocratie de traitres comme ils disent, était contre l'oppression de la religion. Toujours cet été à Riga, j'ai visité une cathédrale orthodoxe qui, à l'époque de l'occupation soviétique, fut transformée en planétarium (en même temps vu les domes de cet édifice, ce devait être un beau planétarium). Alors cette vraie gauche aurait-elle aussi trahi ses idéaux pour défendre le droit à être religieux ?

Cette histoire de burkini est exaspérante et n'amènera à rien. Que ce soit interdit ou toléré, on trouvera toujours quelqu'un pour dire que ça fera monter le FN. La visibilité ou non de ce vêtement sur les plages ou à la piscine fera monter le FN. D'ailleurs sans cette histoire de burquini, on aurait bien trouvé autre chose pour faire monter le FN, je vous laisse le choix entre la multiplications des candidatures à gauche, la multiplication des candidatures à droite, la politique du gouvernement, le programme politique des candidats de droite, le chômage, les réfugiés, les nouveaux programmes au collège et pourquoi pas les mauvais résultats de la natation aux JO. 
On trouvera toujours, et étonnement pour les mêmes raisons, quelqu'un pour dire que tout ça va faire monter le djihadisme. 

Bref cette histoire de merde m'exaspère.

lundi 22 août 2016

Tout pour la France, rien pour les Français ?

C'est avec une énorme surprise que j'ai appris cet après-midi que Nicolas Sarkozy se déclarait candidat à la primaire de la droite. La principale surprise est que Nicolas Sarkozy n'était pas encore candidat. J'étais persuadé qu'il avait fait acte de candidature depuis longtemps, sinon comment expliquez ces annonces de soutiens que l'on peut lire ou entendre dans tous les médias ? Voici quelques exemples :

L'autre grande surprise, Nicolas Sarkozy aurait écrit un livre "lui-même" comme le précise l'article du Point qui semble avoir du mal à y croire également. J'imagine que ce livre est nettement plus rythmé et passionnant que la Princesse de Clèves. Surtout que maintenant il doit avoir pris la main. C'est tout de même son deuxième livre depuis le début de l'année, après "la France pour la vie". Ce dernier semblait déjà être une véritable pépite littéraire et surtout politique. A l'occasion de sa sortie, Libération avait dénombré et démontré 12 intox dont une magnifique soi-disant campagne entre George W. Bush et Barack Obama qui n'a bien sur jamais eu lieu.

Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy veut éviter tout mal entendu. Vu qu'il était surement persuadé d'être en campagne depuis plus de 6 mois, il a préféré mettre les points sur les i en rappelant :
J'ai décidé d'être candidat à l'élection présidentielle de 2017. La France exige qu'on lui donne tout. 
La suite du livre semble être un grand classique du Sarkozysme si on en croit les grandes lignes présentées par Le Point:
  • Abrogation de l'ISF, proposition qui ravira toutes les familles de classe moyenne
  • Suppression des 35 heures, un classique peut être un peu trop vu et entendu pour être crédible
  • Réduction des RTT, là j'avoue être perplexe mais il faudrait lire le passage dans le livre car je ne comprends pas comment ces RTT arriveraient à survivre à la fin des 35 heures
  • Réforme du droit du sol avec l'invention d'une "présomption de nationalité française". C'est surement ma proposition préférée. Nicolas Sarkozy n'arrête pas de dire qu'il a changé mais son fond de commerce n'a pas bougé depuis 2007. La lutte contre l'étranger sera toujours au coeur de sa politique.
  • Privatisation de la fonction du maintien de l'ordre en autorisant les sociétés autoroutières d'appliquer le Code de la route ou en privatisant le gardiennage des lieux publics.
  • Abrogation de Schengen, comme il l'expliquait déjà lors de la campagne de 2012.

La bonne nouvelle de cette annonce, elle est à chercher du côté de Mediapart qui a déjà ressorti ces meilleurs dossiers :

Pour finir, vous vous demandez pourquoi un 't' rouge sur le titre de "Tout pour la France" ? C'est un hommage à une pochette rouge de France Gall, son 33 tours de "Tout pour la musique". 33 tours qui avait d'ailleurs en face B : "Resiste". Vas-y Nicolas, prouve que tu existes !

Montebourg candidat et grand nettoyeur du quinquennat

Il y a deux ans, à Frangy, Arnaud Montebourg sortait du gouvernement et emmenait avec lui Benoît Hamon. A l'époque le dernier était invité par le premier à la traditionnelle Fête de la Rose locale. Les deux ne trouvaient plus leur place dans ce gouvernement qui ne les écoutaient pas assez d'après eux. Cette semaine, les deux sont sortis du bois pour s'annoncer candidats à la présidence de la République.

J'ai lu le discours de candidature d'Arnaud Montebourg. Sa candidature en 2011 m'avait intrigué. Son programme accès sur le patriotisme économique était intéressant même si je ne comprenais pas à l'époque comment ce projet pouvait s'intégrer dans une Union Européenne qui m'est chère. François Hollande ne s'est pas trompé en l'appelant dans un Bercy peut être trop chargé en ministres pour qu'il défende le "made in France".

Ma première surprise dans son discours de candidature est qu'à première vue Montebourg est devenu beaucoup plus modeste qu'il n'y paraissait il y a encore deux ans. Pour l'ancien ministre, tout serait à jeter depuis 2012 :
"Pour moi comme pour vous peut-être, le bilan de ce quinquennat n’est pas défendable. Des erreurs ont été commises sur le chemin qui nous a mené là et j’en prends ma juste part."

Puisque rien n'est défendable, ma deuxième surprise est un peu plus atténuée mais est néanmoins notable. Jamais dans le texte de son discours Arnaud Montebourg ne nomme François Hollande. Résultat, quand il s'adresse à lui "librement et fraternellement", c'est pour lui demander ne pas briguer un deuxième mandat. La question qui se pose est dans quel cadre l'ancien ministre voit sa candidature. La voit-il dans le cadre de la primaire que souhaite organiser Parti Socialiste ou est-ce une candidature personnelle ? Car s'il s'agit d'une candidature dans le cadre d'une primaire, il sait, lui qui fut l'un des principaux demandeurs de la primaire de 2011, que le perdant s'engage à soutenir le candidat vainqueur. Pourtant aujourd'hui, le nouveau candidat ne semble pas prêt à un quelconque ralliement, et surtout pas envers le Président dont on ne dit pas le nom :
"Voilà pourquoi j’aurais aimé avec vous aujourd’hui pouvoir appeler à ce soutien.
Mais en vérité, cela n’est pas possible, cela n’est pas souhaitable.
"

Passé ces surprises, qu'y a-t-il dans ce projet pour la France qui aurait été écrit suite à de nombreuses consultations ?

Bien sur le premier point est le "redécollage de l'économie française". Pour cela, il y a aura plus de formations pour les chômeurs. Est-ce comme ce que François Hollande essaye de mettre en place depuis 4 ans ? Ou prend-il exemple sur lui-même ? Car comme il le précise :
il y a deux ans jour pour jour, j’ai fait le choix de retourner parmi les Français. Je me suis formé, comme le font des millions de Français en transition professionnelle.
Sa formation a duré 4 semaines et aurait couté 34 500€. Le budget de la formation professionnel va avoir besoin d'un sacré coup de pouce !

Le principal point de cette partie de son programme n'est pas la formation mais le patriotisme économique. Sur ce sujet, le candidat a plusieurs propositions dont le favoritisme dans l'attribution des marchés publics. Je salue l'honnêteté d'Arnaud Montebourg sur le sujet quand il annonce
Bien entendu, la Commission européenne s’opposera à certaines de ces décisions au nom du dogme de la concurrence libre et non faussée. Mais il s’agit là pourtant de mesures réparatrice des dégâts créés par les plans d’austérité européens que l’Union Européenne aurait été bien inspirée de corriger par elle-même. En tout état de cause, si la Commission européenne prend des mesures de sanction contre la France, nous paierons les amendes, nous assumerons les sanctions, car je préfère payer des amendes plutôt que laisser mourir l’économie française.
Si le volontarisme de Montebourg me plait, son mépris de l'Union Européenne me déplaît au plus haut point. Certes l'Union Européenne aujourd'hui n'est pas celle rêvée mais comment appeler à la désobéissance nationale et essayer ensuite de faire respecter par les autres pays le "nouveau traité de Rome" qu'il souhaite mettre en place ?

Le programme esquissé du candidat veut aussi rénover la Ve République. Par exemple le candidat souhaite revenir au septennat mais non renouvelable afin d'arrêter la campagne présidentielle permanente. Sauf qu'avec des législative tous les cinq ans et un électorat français fort porté sur l'alternance, on s'oriente vers une cohabitation régulière et donc une dissolution de l'Assemblée Nationale toute aussi régulière.
Montebourg veut aussi diminuer le nombre de parlementaires: diminuer le nombre de députés et réserver une part à la proportionnelle intégrale et diminuer le nombre de sénateurs et supprimer l'élection sénatoriale pour avoir à la place une moitié des places réservées au tirage au sort des citoyens. Si je suis ni pour ni contre la diminution du nombre d'élus, je ne comprends pas cette drôle de nomination du Sénat. Avant de laisser un pouvoir de contrôle au niveau national au hasard, ne devrait-on pas faire des expériences locales ou régionales ? Que nous garantit que 100 personnes nommées au hasard seront plus motivées et plus impartiales que 100 personnalités politiques élues ?
Autre proposition pour rénover nos institutions, modifier le Conseil Constitutionnel :
Le Conseil Constitutionnel sera dépolitisé dans sa composition et ne pourra plus être saisi que par les citoyens et non plus par les parlementaires.
Aujourd'hui le Conseil Constitutionnel est composé par d'anciens politiques mais aussi par de nombreux juristes et même parfois par des universitaires ou autres professions, d'ailleurs je conseille de lire l'excellent livre de Dominique Schnapper, Une sociologue au Conseil Constitutionnel. Dans ce livre, on y comprend mieux les rouages de cette discrète institution. Si l'on peut discuter de l'intérêt d'avoir les anciens présidents nommés comme membres d'honneur, je ne pense pas que le reste de la composition du Conseil ait besoin d'une toilette. Je suis aussi convaincu qu'il est important de laisser le droit aux parlementaires de saisir le Conseil. Ce sont eux qui sont au plus proche de la fabrication de la loi. Si on laisse cette possibilité aux citoyens, comme souvent avec les QPC, les réserves seront principalement soulevées lors d'affaires impliquant des personnes assez puissantes pour avoir connaissances des rouages et accès aux bons avocats. Entre temps d'autres citoyens lambda auront largement eu le temps de payer les pots cassés d'une loi inconstitutionnelle.

Je ne crois pas que Montebourg parte sur la bonne direction. Il annonce un programme socialiste mais pas uniquement car également écologiste et "gaulliste social". Pourtant il veut remettre en cause toutes les institutions imaginées par de Gaulle, illustre président mais qui n'est pas vraiment au panthéon de la gauche. Il se veut écologiste mais prend soin de ne pas évoquer le cas du nucléaire français, pourtant pan non négligeable de l'industrie française. Il ne veut rien assumer du bilan de François Hollande alors que de nombreux points sont positifs comme l'éducation (qui mérite dans son discours un paragraphe creux et sans proposition), la justice (pas un mot dans son discours) ou la lutte contre les inégalités.

Je vous invite bien sur à lire son discours pour y trouver de nombreuses informations passées ici sous silence et vous faire votre propre idée mais pour le moment, je n'ai pas l'impression que ce discours arrive ni à rassembler les militants de gauche, ni à convaincre une majeure partie de l'électorat français. Arnaud Montebourg reste néanmoins une affaire à suivre et surtout quel sera son avenir aux côtés de Benoit Hamon.

mercredi 25 mai 2016

Hollande et les syndicats, c'était mieux avant ?



Résumé des épisodes précédents :
Le gouvernement n’entend pas céder sur sa Loi Travail, les partisans du retrait non plus. Pour apporter plus de poids à la contestation, la CGT appelle au blocage des raffineries et dépôts de carburants. Pour apporter plus de poids à sa position, le gouvernement débloque, parfois par la force, les blocages.

Ce jeu devrait pouvoir durer un bout de temps. Tant que la balance lieux bloqués / débloqués permet un approvisionnement même à minima des stations services, le gouvernement devrait pouvoir tenir. En attendant, les opposants de gauche à François Hollande s’essayent au mauvais procès où le Président est accusé de renier ses promesses de France apaisée et de respect des syndicats.

François Hollande et Manuel Valls s’attaquent-ils aux syndicats ? Aux salariés ? Jouent-ils contre l’apaisement de la population en montant différentes catégories les unes contre les autres ?

En faisant intervenir les forces de l’ordre pour débloquer les raffineries et les dépôts de carburants, le gouvernement ne s’attaque pas au droit de grève des syndicats. Il ne s’attaque pas non plus aux syndicats en tant que tel. Il répond à des actes illégaux d’un point de vue juridique. Les salariés ont bien sur le droit de faire grève, le droit de ne pas effectuer la mission pour laquelle ils sont embauchés. En revanche, il est interdit d’empêcher l’accès à l’entreprise et il est interdit d’empêcher les personnes voulant travailler de le faire. Dans le cas du blocage des dépôts de carburant, tant que des transporteurs se présentent et que des employés sont là pour répondre à leurs besoins, alors il ne peut y avoir de blocage. Le gouvernement est donc dans son droit quand il force le déblocage de certains sites.

Maintenant, reprenons le contexte de 2012, moment où le candidat Hollande promet de respecter les syndicats. Si François Hollande rappelle que « s’attaquer aux syndicats, c’est s’attaquer aux salariés », c’est que la présidence et la campagne de réélection de Sarkozy ont ciblé particulièrement les corps intermédiaires que le président sortant aurait aimé rayer de la carte. Quelques citations issues de la campagne présidentielle de 2012 :

Ce ne sont pas les Français qui sont rétifs aux réformes mais les corps intermédiaires qui n’aiment rien tant que l’immobilisme. (Nicolas Sarkozy le 19 février 2012)

C’est le cœur du problème français, les syndicalistes n’ont pas à faire de la politique. Les salariés de Florange n’aiment pas l’exploitation de leur souffrance. (Nicolas Sarkozy le 15 mars 2012)

Ne confondons pas les salariés d’ArcelorMittal, que je ne laisserai pas tomber, et des syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l’intérêt des salariés. (Nicolas Sarkozy le 02 avril 2012)

Le 1er mai, nous allons organiser le fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille. (Nicolas Sarkozy le 23 avril 2012)

Travailleurs, c’est avec vous d’abord que je veux bâtir la France nouvelle. (Nicolas Sarkozy le 1er mai 2012)


On peut chercher toutes les déclarations de François Hollande depuis 2012, jamais il n’aura traité les syndicats de la sorte, souhaitant les mettre de côté pour ne parler qu’aux Français. Au contraire, le gouvernement a fait mis en place une conférence sociale annuelle dès 2012 où sont invitées les organisations patronales et syndicales. Une des premières grandes lois sur le travail du quinquennat, l’ANI, a été écrite suite à un accord entre ces organisations. Je n’ai pas souvenir que François Hollande ait dénigré publiquement des syndicats avant, pendant ou après une grève, contrairement à Nicolas Sarkozy qui se vantait que grâce à lui « quand il y a une grève en France personne ne s'en aperçoit. »

Bien sur, les actions du gouvernement ne vont pas plaire à tout le monde. Bien sur, certains syndicats ne sont pas sur la même ligne que le gouvernement et donc sont mécontents du cap et des choix pris. C’est aussi pour cela qu’il y a une diversité de syndicats et que les salariés sont largement invités à s’exprimer au moins lors des élections professionnelles afin de donner plus de poids à la sensibilité qui leur correspond le plus.
Cette gauche qui manifeste et qui veut faire plier le gouvernement est la même qui demandait à Hollande de ne pas céder face aux manifestants de la Manif Pour Tous. Les manifestants actuels sont moins nombreux que les réactionnaires du mariage. Pourquoi le gouvernement devrait céder aux revendications des derniers alors qu’il n’a pas céder aux manifestions des premiers ? Surtout que dans le cas de figure actuel, le gouvernement est soutenu par une partie des syndicats.

Pour finir, rétablissons quelques faits. Le gouvernement n’a pas agi tel une « dictature socialiste ». A l’Assemblée Nationale, la version adoptée par 49-3 intègre 469 amendements (issus du gouvernement et des députés). En cours de discussion au Sénat, les sénateurs ont entendu aujourd’hui les organisations syndicales (représentant salariés et patrons). Le texte issu du Sénat sera rediscuté ensuite à l’Assemblée Nationale. Ca nous laisse de nombreuses occasions de blocage par les plus têtus de mes camarades de gauche et surtout ça laisse assez de temps aux plus réfléchis de convenir d’amendements pour que la loi convienne au plus grand nombre (même à ceux qui officiellement n’accepteront pas que la loi passe).