mercredi 18 mai 2016

Qui sont les absents au Sénat ?

Depuis le mois de janvier, on nous dit qu'il n'y aurait que 14 sénateurs absentéistes. C'est en tout cas ce qu'a déclaré Gérard Larcher en annonçant à l'époque que ces 14 sénateurs se sont vus retenir 2100€, soit la moitié de l'indemnité parlementaire du dernier trimestre de l'année 2015. Mais depuis le début de l'année, impossible de savoir qui sont réellement ces 14 vilains petits canards. Ce devrait être chose réparée avec la sortie d'un livre sur le Sénat, mais qu'en est-il dans les faits ? L'hebdo Marianne, qui fait de la pub pour le livre d'Yvan Stéfanovitch, Le Sénat. Un paradis fiscal pour des parlementaires fantômes, indique que l'auteur a du enquêté 5 mois pour essayer de trouver les noms des 14 sénateurs sanctionnés.

Sur les 14 noms, je n'en citerai que 2 : Stéphane Ravier (sénateur-maire FN) et Gérard Collomb (sénateur-maire PS), même si Marianne et Yvan Stéfanovitch en cite 13 issus de tous les principaux  partis. Pourquoi ne citer que ces deux là ? Simplement car ce sont les seuls à reconnaître leur sanction. Les deux ont d'ailleurs la même excuse, leur agenda local fut particulièrement chargé, ce qui les a empêché, temporairement, d'exercer pleinement leur fonction de sénateur au sein du Palais du Luxembourg. C'est beau de voir l'extrême-droite et la gauche fournir le même excellent argument en faveur de la lutte contre le cumul des mandats. Bien sur qu'être un élu local est un boulot à plein temps et bien sur qu'être un sénateur est un boulot à plein temps. Dans ces deux postes d'élus, il y a des réunions, des assemblées obligatoires et un principe de représentation nécessaire. Difficile, voire impossible de cumuler ces deux agendas, ce qui montre l'utilité de la loi votée en 2014 et rendant impossible le rôle de parlementaire avec un poste d'élu local. Il sera intéressant de voir en 2018 quels sont les chiffres de l'absentéisme au Sénat et à l'Assemblée Nationale puisque le non cumul sera effectif en 2017.

En refusant de nommer les 14 sanctionnés, je ne peux que me poser des questions sur une transparence à deux vitesses. La première transparence pourrait s'appeler la transparence Closer. On annonce publiquement les biens des parlementaires et des ministres. Cette publication est certes utile pour suivre les risques d'enrichissement suspect d'un élu le long de sa carrière politique mais ressemble plus, pour le moment, à une fenêtre ouverte sur leur vie privée que sur la transparence de leur action politique. C'est surement le prix à payer pour arriver à plus de contrôle de la vie publique. En revanche en quoi l'anonymisation des sénateurs absentéistes aide à améliorer le contrôle de la vie publique. Les citoyens ne peuvent pas savoir si leurs élus font bien leur boulot, et quand un nouveau nombre de sénateurs abstentionnistes sera dévoilé, on ne pourra pas faire de comparaison pour voir si on a à faire à des récidivistes.

Mais plus que la question de l'identité des "sécheurs" du Sénat, la question du chiffre en lui-même doit être posée. N'y aurait-il vraiment que 14 sénateurs sur 348 qui seraient trop souvent absents ? D'après Marianne le compte est loin d'être bon et il semble facile d'être de leur avis. Les critères mis en place par le Sénat pour déterminer les abstentionnistes sont plus que laxistes. De plus il semble facile de se faire porter pale ou de se faire excuser. Les exemples donnés par Marianne ne me semblent pas les plus judicieux puisque l'hebdo indique que Jean-Vincent Placé évite la sanction d'une absence qui fut justifiée par le fait qu'il accompagnait le Président de la République dans un voyage officiel en Corée du Sud. Difficile d'en vouloir à l'élu écologiste. Au chapitre absent pour raisons médicales, le livre semble citer le sénateur de la Réunion Paul Vergès qui n'aura assisté à aucune réunion et aucun vote du Sénat car malade. Il faut dire que les grands électeurs Réunionnais ont élu un homme âgé aujourd'hui de 96 ans. On peut imaginer que des déplacements fréquents entre la métropole et l'Ile de la Réunion soit déconseillés.

L'initiative de sanctionner les absentéistes réguliers du Sénat est une bonne chose. Il est important à présent d'aller plus loin. Il faut que le Sénat nomme les punis afin que ces derniers ne puissent plus agir (ou ne pas agir dans ce cas) sans que leurs concitoyens ne le sachent. Il faut surement aussi rendre plus drastique les règles, même si l'on pense que le non cumul des mandats puisse résoudre une partie du problème de l'absentéisme. Il ne faudrait tout de même pas que nos nouveaux sénateurs deviennent plus paresseux que leurs prédécesseurs.

mardi 17 mai 2016

Montebourg candidat mais pas trop

Mitterrand allait à la Roche de Solutré tous les lundis de Pentecôte. Depuis une dizaine d'année, Arnaud Montebourg fait de même une centaine de kilomètres plus au sud en randonnant vers le sommet du Mont Beuvray. Cette année cette ascension était annoncée comme exceptionnelle. Moins d'un an avant l'élection présidentielle, Arnaud Montebourg bat le rappel médiatique (et militant), il a quelque chose d'important à annoncer aux Français.

En haut de son Mont Beuvray, Arnaud n'a pas annoncé sa candidature, mais c'est tout comme. Ce lundi, le candidat Montebourg faisait surement son entrée en campagne en présentant un appel à projets. Cet appel est destiné 
"aux économistes, aux entrepreneurs et aux syndicalistes, aux innovateurs, aux chercheurs et aux créateurs, aux scientifiques et aux artistes, aux citoyens engagés et tout simplement aux Français qui souhaitent peser sur le destin de notre Nation et de notre continent"

Ce projet à écrire devra respecter 3 caractéristiques, assez générales et floues pour encourager tout le monde à participer :
1- Il devra affronter et traiter les problèmes que la classe dirigeante de droite et de gauche esquive depuis des décennies ; et apporter des solutions nouvelles. De ce point de vue, ce projet devra être innovant et fera appel à tous les innovateurs de France.
2- Ce projet devra tenter de réconcilier, réunifier les deux France : la France qui va bien et la France qui va mal. La France qui va mal, c’est celle des territoires désindustrialisés, des agriculteurs appauvris et des ouvriers sans porte voix, des PME laissées pour compte et des Services Publics délaissés. La France qui va bien c’est celle des start-up, des Fonds d’investissement et des métropoles.
Chacune de ces deux France devra être entendue mais aucune des deux ne devra éviter des concessions à l’autre. Il s’agit de construire des compromis gagnants pour tous. De ce point de vue, ce projet sera Républicain et fera appel à toutes les bonnes volontés de France.
3- Ce projet devra s’inspirer de certaines valeurs. Il ne niera certainement pas ce que nous sommes. Mais qui sommes-nous ? Des hommes et des femmes de gauche. Je suis un homme de gauche. Mais qu’est-ce que cela veut dire « être de gauche » dans ce moment où les repères ont disparu ?

Et à Arnaud Montebourg de se lancer dans l'exercice toujours difficile d'expliquer ce qu'est "être de gauche", en douze point, et chaque point illustré par 2 personnalités. Sont invoqués, sans trop de surprises car déjà vus dans les discours du presque candidat, Roosevelt, Mitterrand, Mendès-France. De nouveaux exemples plus récents sont aussi appelés : Naomi Klein en icône de la justice qui protège le plus faible, Florence Aubenas qui en décrivant le quotidien des Français représente les soutiens à "ceux qui se sentent abandonnés par la société". 
Enfin des personnalités plus étonnantes se retrouvent citées en personnalités de gauche. 
  • Jean-Pierre Chevènement fut de gauche (j'ai des doutes aujourd'hui), Arnaud Montebourg le cite dans son paragraphe sur le patriotisme économique. Je me demande s'il partage sa vision de gauche de la construction européenne...
  • Le Pape François est cité dans le paragraphe sur le respect de tous, car être de gauche "c’est aimer notre culture et nos valeurs sans vouloir en faire des armes d’exclusion massive." Arnaud Montebourg pense bien sur ici aux migrants, je me rappellerais des propos du Cardinal Barbarin et du peu d'action du pape, si prolixe en d'autres contextes, sur le mariage pour les couples du même sexe.
  • Simone Veil serait de gauche car "être de gauche, c’est vouloir poursuivre et parachever l’œuvre d’égalité des droits, des chances et des opportunités entre les hommes et les femmes." Simone Veil fut tout de même ministre sous Giscard puis sous Balladur et fut élue au Parlement Européen avec l'étiquette UDF. 
J'imagine qu'avec ces exemples pas tous issus de la "vraie gauche officielle", Arnaud Montebourg montre ainsi que personne n'a le monopole de la pensée de gauche et qu'il faut savoir s'ouvrir à toutes les bonnes volontés. Mais n'est-ce pas là la même pensée qui anime Emmanuel Macron quand il se dit ni de droite, ni de gauche ? 

La volonté d'Arnaud Montebourg est louable. A un an de l'élection présidentielle, à un peu plus de 6 mois du début de la campagne électorale, son initiative de construction de projet peut-être salutaire pour la gauche. Je ne l'imagine pas oser se présenter contre François Hollande. Cette initiative serait malheureuse, difficile à expliquer et destructrice pour la gauche. En revanche, en construisant ce projet, tout comme en présentant son projet lors de la primaire de 2011, il pèsera un poids certains dans la préparation du prochain programme du candidat socialiste.

Pour mesurer ce point, il ne serait pas étonnant de voir Arnaud Montebourg se présenter officiellement comme candidat à l'élection présidentielle. Ça lui ouvrira les portes de plusieurs médias, ça permettra de voir sa personnalité et ses idées confrontées aux autres par les instituts de sondages. La prochaine étape devrait être fin août à Frangy-en-Bresse lors de la Fête de la Rose, autre grand raout Montebourgeois traditionnel qui avait été il y a 2 ans le signal de son départ du gouvernement. 


Le texte complet de l'Appel du Mont Beuvray : http://www.arnaudmontebourg.fr/lappel-du-mont-beuvray/

vendredi 13 mai 2016

C'est quoi Le Bon Coin ?


On pouvait penser de Nicolas Sarkozy qu’il était jeune et dynamique, que contrairement à la vieille école de la politique, ce fougueux ex président vivait plus avec son temps et qu’il connaissait un peu ce qu’il se passe sur le web, pas comme son prédécesseur Jacques Chirac qui découvrait en 1996 l’existence du « mulot ».

On pouvait penser de Nicolas Sarkozy qu’il était intéressé par les « success stories » des entreprises françaises. Qu’une boite qui attire 25 millions de visiteurs uniques par mois et dont le chiffre d’affaire a dépassé les 134 millions d’euros en 2014 ne passait pas inaperçue en France et donc qu’elle serait connue par l’ancien président de la République.

Rien de tout cela à première vue puisque lors d’une discussion avec un chef d’entreprise, le chef des Républicains a demandé à ce patron qui annonçait recruter sur le Bon Coin « C’est quoi le Bon Coin ? ».

Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy fait preuve d’ignorance face à des réussites françaises. Dans la biographie de Serge Kampf, le fondateur de Capgemini, devenu à présent un groupe multinational de premier ordre, l’anecdote suivante est racontée :
Extrait de "Serge Kampf le plus secret des grands patrons français"
de Tristan Gaston-Breton

Je reste tout de même dubitatif sur le fait que Nicolas Sarkozy ne connaisse pas le Bon Coin. Le candidat expert en récupération d’idées n’aurait donc pas fait appel au Bon Coin pour acquérir certaines vieilles rengaines d’occasion déjà utilisées par le FN… Maintenant qu’il sait qu’on peut aussi y trouver du boulot, peut être va-t-il y trouver le futur emploi de ses rêves et laisser la place en politique comme il l’avait annoncé en 2012…

mardi 10 mai 2016

Baupin deviendrait-il un sale crouton ?

La loi avance, mais les mentalités ?
Denis Baupin est accusé de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle par des membres de son parti, des élues écologistes. Cette histoire est ignoble. Presque 5 ans jour pour jour après l'affaire DSK au Sofitel de New York, une nouvelle affaire éclabousse la classe politique française. Une nouvelle fois il semblerait que tout le monde savait mais personne ne parlait.

Le conditionnel est de mise. Ce lundi tout semble concorder contre l'un des anciens élus les plus influents d'Europe Ecologie - Les Verts, mais bien sur il ne faut pas lyncher l'accusé avant de l'avoir jugé. Dans ce genre d'affaire, on a un peu trop l'habitude que la parole des victimes soit dénigrée, diminuée voire non écoutée. Alors bien sur il faut s'en faire l'écho. Il faut s'en offusquer, et tant pis si cela vient d'un militant, camarade de gauche pluriel, dont les propos ont souvent fait sens chez moi. On critique aujourd'hui ses prises de position dans ses combats pour les droits des femmes, contre les violences sexuelles et les violences faites aux femmes. Il sera intéressant, lors d'une audience face à un juge et non face à un journaliste dans un talk show, d'essayer de comprendre jusqu'où il a agit, s'il avait conscience d'avoir franchi plusieurs fois la ligne rouge et sinon quelles ont été ses actes et sa propre ligne rouge. Pour le moment, rappelons qu'à l'heure de l'écriture de ce billet, Denis Baupin ne s'expliquera pas devant la justice puisqu'aucune plainte n'aurait été déposée contre lui. Ce silence devant la justice quand on parle à des médias, c'est aussi un peu dérangeant.

En attendant les éclaircissements sur cette affaire, ces accusations m'interpellent, principalement par le temps que ce silence aura duré. Ce lundi 8 femmes, élues d'EE-LV, ont parlé à Mediapart et à France Inter. Pourtant certains des faits reprochés remontent à plus de 5 ans. Ce silence ne met absolument pas en doute les accusations, mais ne relativise-t-il pas les campagnes qu'essayent de mener ces mêmes élues (et élus) quand ils parlent de violences faites aux femmes, d'agressions sexuelles ou de harcèlement sexuel ? Comment demander aux femmes mariées de venir porter plainte contre leur mari, comment demander aux plus jeunes de dénoncer les agissements d'un de leur proche (famille ou ami), comment demander aux employés de dénoncer le harcèlement sexuel quand on n'arrive pas à parler soi-même ? 

Ce silence assourdissant des victimes, mais aussi de tous ceux qui aujourd'hui disent savoir, ou avoir eu des échos montre la gravité du harcèlement sexuel ou de l'agression sexuel. Les femmes qui parlent aujourd'hui ont du attendre que Denis Baupin ne soit plus membre d'Europe Ecologie - Les Verts, c'est-à-dire qu'il ne soit plus un de leurs responsables. Les autres, hommes et femmes, qui corroborent les propos m'ont fait penser au départ à l'église catholique qui protège ses prêtres pédophiles. Sauf que dans l'affaire qui nous intéresse aujourd'hui, ce sont les petits qui protègent leur chef et non l'inverse. C'est ce silence qui fait penser que le puissant est toujours plus puissant. Que quoi qu'il fasse, rien ne pourra le toucher. 

Le gouvernement, son ministère du droits des femmes (qu'il soit ministère à part entière ou ministère mélangé à la famille), les propositions de loi des députés pourront inciter comme ils peuvent à la liberté de parole et à la protection des victimes, cette affaire rappelle tristement que lorsqu'on est victime, ce n'est pas si simple que cela. Pour rappel, voici ce que l'on peut lire sur le site consacré aux violences faites aux femmes mis en ligne par le gouvernement :

Le harcèlement sexuel est une violence fondée sur des rapports de domination et d’intimidation qui peut se produire sur le lieu de travail mais aussi dans d’autres milieux (associatif, sportif, universitaire, dans le cadre de démarches pour louer un appartement, etc.).
- Une personne vous impose à plusieurs reprises des propos sexistes et/ou obscènes.
- Vous êtes importunée quotidiennement par un collègue de travail qui adresse des messages à connotation sexuelle et ce malgré votre demande de cesser.
- Votre propriétaire de logement exige de vous une relation sexuelle en échange de la signature d’un contrat de bail. - Votre enseignant vous menace de ne pas valider votre formation si vous refusez une relation sexuelle.

Ces actes et ces attitudes sont INTERDITS ET PUNIS par la loi.

Par ces comportements et/ou ces paroles, l’auteur veut prendre le pouvoir et vous dominer. Les conséquences pour vous sont nombreuses et durables : insomnies, dépression, tentatives de suicide, angoisse, perte de confiance…
Vous êtes peut-être victime de harcèlement sexuel ou d’une autre violence sexuelle .

Que les faits soient anciens ou récents, IL FAUT EN PARLER à une personne en qui vous avez confiance, à un médecin, une assistante sociale ou adressez-vous à une association spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes qui vous accompagnera. Contactez le 3919 qui vous apportera écoute et conseil.


SIGNALEZ ces faits à la police et à la gendarmerie. Vous ferez l’objet d’une attention particulière de la part des services de police ou des unités de gendarmerie qui ont mis en place des dispositifs d’accueil et d’aide aux victimes : intervenantes sociales, psychologues…

En cas d’urgence, appelez le 17 ou le 112.

vendredi 6 mai 2016

4 ans après le 6 mai 2012, quels résultats pour les 60 propositions de Hollande ?

Avancement des promesses du candidat Hollande

Il y a 4 ans, 18 000 668 Français votaient pour François Hollande. Une bonne partie de ces électeurs (surement les 10 272 705 électeurs du 1er tour) mettaient le nom bulletin de François Hollande dans l’urne de leur bureau de vote car ils avaient confiance dans les 60 propositions du candidat socialiste. Ça nous laisse près de 8 millions de Français qui n’étaient pas en accord avec François Hollande au 1er tour, ou qui étaient plus en accord avec un autre candidat, mais qui se sont mobilisés ce 6 mai 2012 pour que la gauche remplace la droite sarkozyste au sommet de l’état. Quand on entend quelqu’un s’exprimer sur sa déception de la politique de Hollande, on devrait toujours lui demander s’il se trouvait dans les 10 millions de convaincus du premier tour ou pas. D’ailleurs, est-ce que François Hollande a-t-il tellement dérivé depuis qu’il est élu ? Qu’a-t-il fait des 60 propositions de son programme ?

Pour Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement,
Il apparaît aujourd’hui que chacun des "60 engagements" a été initié, qu’aucun n’a été renié. Certains ont certes été ajustés, de nouveaux se sont ajoutés, parfois pour s’adapter à la conjoncture, souvent pour aller plus loin, mais ils ont toujours répondu à la même cohérence : redresser la France, redonner espoir aux nouvelles générations, rétablir la justice, rendre la République exemplaire.
Les propos du ministre sont d’autant plus vérifiables que le gouvernement publie tous les ans un point d’étape sur l’action gouvernementale par rapport à ces fameuses 60 propositions. Pour le site Lui Président qui a découpé les 60 propositions en 189 promesses, seules 7 promesses ont été brisées et 21 sont classées comme étant « en doute », signifiant par là qu’il y a vraiment peu de chances qu’elles soient entamées et encore moins finies dans les temps.

Mais des propositions, un programme, des promesses, tout ceci est bien beau, mais seuls les résultats comptent. Où en sommes-nous après 4 années de présidence socialiste ? Voici quelques exemples, non exhaustifs :

Proposition 1 : Je créerai une Banque publique d’investissement
Depuis 2012, 200 000 TPE, 40 000 PME, et près de 3000 ETI (soit 60% d’entre elles) ont été soutenues par BpiFrance. 64 milliards d’euros ont été mobilisés.

Proposition 3 : Je favoriserai la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation.
Pour soutenir l’activité en France, éviter les fermetures d’entreprises et les délocalisations, et attirer des investissements, des Commissaires au redressement productif (CRP) ont été mis en place dans chaque région. Les CRP soutiennent les entreprises en difficulté en France.
Plus de 230 000 emplois industriels ont été ainsi préservés. Des succès importants ont permis de préserver l’outil industriel : FagorBrandt, Doux, Arc International, Caddie, Latécoère, etc.

Proposition 5 : Je protègerai les consommateurs
La loi conso (dite aussi loi Hamon) a été mise en œuvre 6 fois par les associations agréées de défense des consommateurs, dans les secteurs des services financiers, des télécommunications, du logement et de l’hébergement touristique. Le 19 mai 2015, le bailleur social Paris Habitat et le SLC-CSF ont annoncé la conclusion d’une transaction mettant un terme à l’action de groupe qui avait été introduite par l’association « afin d’obtenir le remboursement de dépenses de télésurveillance des ascenseurs pour près de 100 000 locataires » (lire ce premier bilan de la loi présenté par un cabinet d’avocats). Il s’agit du premier résultat concret d’une action de groupe en France.
Suite à la loi Macron, tant décriée lors de sa discussion à l'Assemblée Nationale, l’ouverture du transport par autocar a permis, en 6 mois, de transporter 1,5 millions de passagers (contre 110 000 en 2014) et ceci entre les 157 villes desservies. Près de 1 300 emplois nets ont pu être créés grâce au développement de ce moyen de transport.

Proposition 7 : J'interdirais aux banques françaises d’exercer dans les paradis fiscaux. 
Si l'interdiction n'est pas de mise, la transparence doit permettre aux clients de savoir ce que font leurs banques. Les banques françaises sont désormais obligées, depuis le 1er juillet 2014, d’être transparentes sur leurs activités dans chacun des pays où elles sont présentes, pays par pays. cette avancée a été saluée par de nombreuses associations — une « grande victoire » pour des associations comme CCFD — Terre Solidaire — et reprise au niveau européen. Les ONG (CCFD, Oxfam France, Secours Catholique - Caritas France) ont de fait pu analyser pour la première fois, plusieurs mois durant, les données très détaillées publiées en 2015 par les banques, pour l’année 2014, sur leurs activités pays par pays (chiffre d’affaires, nombre d’employés et nombre de filiales).

Proposition 11 : Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi, et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction.
En France en particulier, la BEI (Banque Européenne d'Investissements) a prêté 7,9 milliards d’euros en 2015, soit 80% de plus qu’en 2012, plaçant la France au 4e rang des bénéficiaires de ses prêts. La BEI a investi dans tous les secteurs de l'économie française : PME (34 %), infrastructures de transport (29 %), industrie, services et énergie (20 %), santé et éducation (10 %). 
La BEI a investi 205 millions d'euros dans la recherche et la production des batteries électriques de l'Autolib et va investir 125 millions d'euros dans la réhabilitation énergétique du campus de l'université de Lyon, soit 50% du financement global de l'opération.

Proposition 14 : La contribution de chacun sera rendue plus équitable
D'une part l’impôt sur le revenu est ainsi devenu plus progressif, avec notamment une nouvelle tranche à 45 %, la limitation du bénéfice maximal du quotient familial pour les foyers les plus aisés, le plafonnement à 10 000 € des niches fiscales et l’imposition au barème progressif des revenus du capital.
D'autre part, une prime d’activité pour tous les Français, dont les jeunes, qui travaillent et perçoivent des revenus modestes est entrée en vigueur depuis le 1er février 2016. Depuis 3 mois, 2,3 millions de foyers, représentant 3,8 millions de bénéficiaires, perçoivent la prime d’activité. Un bénéficiaire sur 6 est un jeune : près de 400 000 actifs de 18-24 ans perçoivent ce complément. le montant moyen de prime est de 164 € par foyer bénéficiaires, 130 € par mois pour un célibataire au SMIC, 100 € pour un salarié à 1300 € nets par mois.
Proposition 16 : Je rendrai le quotient familial plus juste en baissant le plafond pour les ménages les plus aisés, ce qui concernera moins de 5% des foyers fiscaux. 
Le plafond de l’avantage en impôt tiré du quotient familial a été ramené de 2 336 à 2000 puis 1 500 euros en 2014 (1 510 euros en 2016 pour l’imposition des revenus de 2015) pour chaque demi-part.
Les allocations familiales ont été modulées à partir du 1er juillet 2015 pour les familles aux revenus supérieurs à 6 000 euros par mois, soit 10 % des familles percevant des allocations familiales. ainsi, tous les ménages continuent de percevoir des allocations familiales, mais pour les ménages les plus aisés, le montant est diminué. 
La réduction du plafonnement du quotient familial a permis à elle seule 34 % de la baisse des inégalités constatée. La réduction d’impôt sur les bas revenus en engage 30 %, la revalorisation du barème du minimum vieillesse et du RSA 18 %.

Proposition 18 : Je veux négocier une nouvelle réforme des retraites.
Chaque année, 150 000 personnes peuvent ainsi bénéficier de la retraite à 60 ans. En 4 ans, ce seront près de 600 000 personnes qui seront parties à la retraite à 60 ans.
Le compte personnel de prévention de la pénibilité existe depuis le 1er janvier 2015. Il permet notamment de partir jusqu’à 2 ans plus tôt à la retraite, en cas d’exposition à un facteur de pénibilité. 4 facteurs s’appliquent depuis 2015 (travail de nuit, travail répétitif, en horaires alternants ou en milieu hyperbare) : 500 000 salariés ont déjà reçu des points au titre de 2015. Les 6 autres entreront en vigueur au 1er juillet 2016, rétroactif au 1er janvier (postures pénibles, manutentions manuelles de charges, agents chimiques, vibrations mécaniques, températures extrêmes, bruit).

Proposition 20 : Je sécuriserai l’accès aux soins de tous les Français
Le reste à payer des patients baisse régulièrement depuis 4 ans, alors qu’il avait augmenté précédemment du fait des franchises et déremboursements. Les Français payaient en moyenne 9,1 % de leurs dépenses de santé de leur poche en 2011, cette part s’établissait à 8,5 % en 2014. Cela représente un gain de plus de 1,1 milliard d’euros pour les ménages. La gratuité a été étendue : pour la contraception des mineures, pour l’IVG, pour le dépistage du cancer du sein. Les franchises médicales ont été supprimées pour 1,2 million de bénéficiaires de l'ACS (Aide à la Complémentaire Santé).

Proposition 31 : J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels.
Début 2016, ce sont 26 000 mariages de couples de même sexe qui ont été célébrés depuis l’adoption de la loi.

Proposition 33 : Je proposerai un contrat de génération
À la fin 2015, dans les entreprises de moins de 300 salariés, près de 50 000 contrats de génération ont été conclus, concernant ainsi près de 100 000 jeunes et seniors. Parmi les entreprises de plus de 300 salariés, près de 14 000 entreprises ont signé un accord collectif ou un plan d’action sur le contrat de génération couvrant plus de 9 millions de salariés.

Proposition 35 : Le financement de la formation sera concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs.
Pour permettre le développement des compétences et des qualifications des demandeurs d’emploi, le plan « formations prioritaires pour l’emploi » a permis près de 140 000 entrées supplémentaires en formation sur les deux années 2013 et 2014, et 115 000 en 2015.

Proposition 36 : Je créerai en cinq ans 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation
En 2016, ce sont 11 711 nouveaux postes qui seront créés, portant à 47 078 le total des créations de postes depuis le début du quinquennat.
Depuis 2012, entre remplacements de départs à la retraite et nouvelles créations de postes, ce sont plus de 100 000 enseignants qui ont été recrutés par le ministère.

Proposition 37 : Les élèves les plus en difficulté bénéficieront d’un accompagnement personnalisé pour que, à la fin du quinquennat,le nombre de jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire soit divisé par deux.

La France est sur la bonne voie en matière de lutte contre le décrochage scolaire. Le nombre de décrocheurs scolaires est passé de 136 000 à 110 000 par an. Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la France s’était engagée à abaisser le taux de jeunes en dehors de tout système de formation et sans diplôme à 9,5 % d’ici 2020. l’étude publiée par Eurostat montre que la France se situe désormais à 9 % de décrocheurs.
Fin 2015, trois ans après le lancement des premiers dispositifs, près de 44 000 jeunes décrocheurs ont pu réintégrer un parcours de formation initiale. À ceux-là s’ajoutent près de 68 500 jeunes décrocheurs qui bénéficient actuellement d’un parcours de retour en formation accompagné par la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MIDS) et près de 13 000 jeunes se sont engagés dans une mission de service civique.

Proposition 39 : J’abrogerai la circulaire sur les étudiants étrangers.
La circulaire restreignant la possibilité pour les étudiants étrangers diplômés de travailler en France a été abrogée le 31 mai 2012. La généralisation du titre de séjour pluriannuel par cycle d’étude pour les étudiants en master et doctorat est d’ores et déjà une réalité et il sera étendu aux étudiants à partir de la 2ème année de licence à la rentrée 2016.
Désormais, 300 000 étudiants étrangers poursuivent chaque année leurs études en France, ce qui place notre pays au 3ème rang mondial en termes d’attractivité universitaire.


Pour toujours plus de détails chiffrés sur l'action du gouvernement depuis le début du quinquennat, ce document détaille proposition par proposition ce qui a été réalisé : http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2016/05/60-engagements-4-ans.pdf
Pour rappel, les 60 engagements du candidat socialiste : https://fr.scribd.com/doc/93200567/Les-60-engagements-presidentiels-de-Francois-Hollande