Affichage des articles dont le libellé est FN. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FN. Afficher tous les articles

lundi 14 décembre 2015

FN, LR et PS, tous gagnants, tous perdants

Ce qui est bien avec ces dernières élections régionales, c’est que toutes les interprétations sont possibles. Hier soir, n'importe qui a gagné et donc tout le monde a perdu.

Le FN est le grand gagnant
Arrivé en tête dans 6 régions au soir du premier tour, il a poussé dehors la gauche dans 2 régions. Lors du second tour, il bat son record de voix obtenues lors de la présidentielle 2002 et en Provence – Alpes – Cote d’Azur, le FN arrive à se hisser à 45% dans un duel LR – FN. Encore une fois, toute la campagne aura tourné autour d’eux.

Le FN est le grand perdant
Arrivé en tête dans 6 régions au soir du premier tour, ils n’ont rien réussi à concrétisé lors du second tour. Avec aucune région gagnée alors qu’ils pouvaient en espérer une ou deux, ils finissent Fanny (13 à 0), alors qu’ils avaient envoyé l’artillerie lourde dans presque toutes les régions, notamment dans le Nord – Pas de Calais – Picardie, en Alsace – Champagne – Ardenne – Lorraine et en Provence – Alpes – Cote d’Azur.

La Droite est la grande gagnante
Sur l’ancien découpage régional, elle aurait gagné 12 régions là où elle n’en avait gagné qu’une lors des précédentes régionales, ils n’en avaient qu’une seule. Avec 7 nouvelles régions, dont la « prise » de l’Ile-de-France et du Nord – Pas de Calais, et 3 victoires contre un FN bien plus fort qu’eux au soir du premier tour, le parti des Républicains a su tirer son épingle du jeu dans une élection qui lui était promise.

La Droite est la grande perdante
Cette élection régionale leur était promise, ce devait être un raz-de-marée bleu qui aurait servi de rampe de lancement à la candidature de Sarkozy pour la primaire à droite. Au final, la droite a eu besoin des voix de la gauche dans le Nord et en PACA pour réussir à gagner la région alors que leur candidat était toujours bien plus médiatique et donc plus connu que le candidat de la gauche. En Normandie et en Ile-de-France, ils peuvent dire merci à un difficile regroupement de la gauche qui leur permet de gagner d’une courte tête.
Sarkozy rêvait d’un départ tonitruant, se supposant seul barrage possible contre l’extrême-droite, force est de constater que le vrai barrage contre l’extrême-droite est plus dans le sens civique des électeurs de gauche en situation d’urgence que dans les idées des candidats se présentant comme républicain.

La Gauche est la grande gagnante
On lui prédisait l’Enfer, avec une ou deux régions seulement. Au final, avec des listes de gauche présentes dans 10 des 12 régions métropolitaines, la Gauche en a gagné 5, soit autant que la droite. Pour un parti au pouvoir, le score est particulièrement flatteur. De plus, elle a fait preuve d’un dévouement républicain. Les états-majors du Nord et de Provence ont choisi le désistement et leurs électeurs ont majoritairement rejoué le 21 avril 2002 en allant apporter leurs voix aux candidats de droite. On peut saluer la belle victoire en Bourgogne – Franche-Comté et en Centre-Val de Loire, régions loin d’être données comme acquises avant le scrutin. Saluons également la bonne santé de la Gauche dans sa diversité au delà des côtes de la France Métropolitaine. La Guadeloupe et la Guyane ont eu un second tour opposant deux listes de gauche, ce qui fait deux régions supplémentaires dans le décompte de la Gauche. On a donc 7 régions à gauche contre 8 pour la droite, c'est une très belle performance pour un parti au pouvoir !

La Gauche est la grande perdante
Obligée de se retirer au soir du premier tour dans 2 régions, maintenue contre l’avis de la direction nationale dans une 3ème région, la gauche a perdu ces régionales dès la fin du premier tour. C’est d’ailleurs les propos de Manuel Valls hier : « Ce soir : aucun soulagement, aucun triomphalisme. Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté. Loin de là. Je n’oublie pas les résultats du premier tour et des élections passées. » Lors du second tour, elle échoue de quelques voix en Normandie et en Ile-de-France. Dans cette dernière région, Valérie Pécresse gagne sur le même terrain que celui sur lequel elle avait subit une lourde défaite 5 ans plus tôt. Choix de candidats critiqués, fusion avec une certaine gauche qui appelle à la chute du PS, basses polémiques dans la dernière ligne droite, programmes peu mobilisateurs, le PS va devoir se ressaisir et réussir à se relancer dans une dynamique d’union de la gauche par conviction et non par dépit. Le gouvernement a surement aussi une part de responsabilité, ses derniers choix de politique de sécurité ont refroidi une partie de ses sympathisants et ont conforté une large partie de ses détracteurs, ce qui n’a pas aidé à porter un discours pour une région plus humaine comme le voulait Claude Bartolone.
Dernier problème, et non le moindre, les alliés historiques du PS (communistes et écologistes) ont subit également de grosses désillusions et n’ont pas réussi à constituer une force de gauche convaincante et force de propositions pour un électorat de gauche qui serait déstabilisé par la politique du gouvernement.

Après ce week-end, j’ai l’impression qu’on est plus proche du « tous perdants ». Comme le rappelait le dessinateur Vidberg dans un de ses dessins pour la soirée électorale du Monde, le seul vrai gagnant du week-end reste Laurent Fabius, président d’une COP21, qui aura réussi l’incroyable exploit d’obtenir un accord à 195 participants pour l’avenir de la planète. C’est surement le plus important.

lundi 7 décembre 2015

Face au FN, je choisirais l'abstention

Martine Aubry annonçait une « gueule de bois » pour le Nord-Pas de Calais-Picardie ce lundi matin. Elle ne s’est pas trompée. Cette gueule de bois n’est pas arrivée par surprise, j’ai même envie de dire qu’elle a été préparée minutieusement et depuis longtemps telle une grosse soirée préparée de longue date. Comme prévu, il y a eu peu de participants parmi le grand nombre d’invités, mais les calices ont été bus jusqu’à la lie, d’où le mal de crâne sévère pour les quelques participants. Mais tout le monde le sait, même après une belle gueule de bois carabinée, même si on se dit qu’on ne refera plus jamais cette bêtise, on y replonge. C’est bien connu, on oublie facilement la douleur, où alors on a tous un petit fond masochiste.

On peut se dire que certains ont poussé le bouchon un peu trop loin localement, que leur comportement ont décrédibilisé tout un groupe. Mais l’électeur de la Somme se sent-il vraiment revanchard d’un maire ou d’une Fédération PS qu’il ne connait pas dont il entend parler que lors des élections municipales ?
On peut se convaincre que ce n’est pas de notre faute et accuser son voisin, si on ne sait pas pourquoi, lui le sait surement. Après tout c’est un peu le programme des vainqueurs du jour, c’est la faute aux autres.
On peut se dire que c’est une politique de ville nationale qui a plongé dans le désœuvrement une région qui possède de nombreuses villes qui ont grandi à l’ombre des métropoles lilloise et parisienne. Cela veut-il dire que le Nord est voué à vivre sous le joug de l’extrême-droite pendant 30 années, le temps que de nouvelles politiques fassent enfin leurs effets ?
On peut se dire beaucoup de choses et dans la semaine, on risque de trouver de nombreux exemples qui seront autant de raisons qui auront poussé des électeurs à voter FN. Tout comme il y a 250 raisons de voter à gauche, il y a 250 raisons de voter FN.

C’est bien beau de se réveiller avec les cheveux qui poussent à l’envers, mais il faut continuer à vivre. Comment vivre dans cette région ? Je suis beau parleur de me poser la question, moi qui suis né dans le Nord et qui y possède toutes mes attaches familiales, moi qui ait grandi en Picardie et y ait vécu à peu près mes 10 premières années d’électeurs mais qui ait déserté cette région pour l’Ile-de-France, la région Capitale, mais comment faire quand on y vit, qu’on y milite, qu’on y contribue via le milieu associatif ou économique ?

Aujourd’hui le PS a décidé de se retirer de la course. Une « jospinade » en quelques sortes. « J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant » de l’élection régionale. C’est courageux. Le PS ne cherche pas à sauver des meubles. Pendant 5 ans, la région Nord-Pas de Calais-Picardie verra toutes ses décisions débattues entre le FN et la droite. C’est courageux car il faut du courage pour repartir de zéro. A la prochaine élection, il n’y aura plus de conseillers régionaux sortants, il n’y aura plus personne qui aura travaillé sur ces dossiers, préparé des contre-propositions, argumenté pour ou contre des axes, débattu sur la constitution d’un budget. Pendant 5 ans, le PS, comme toute la gauche, va devoir préparer de nouveaux cadres, de nouveaux candidats qui voudront conquérir cette région avec leur « niaque », avec toujours en arrière-pensée qu’ils pourront très bien aussi se retrouver sans aucun siège. On est loin de la période incroyable où la région s’offrait le luxe de balloter entre une direction Verte saupoudrée de rose et une direction Rose colorée de vert.

Je ne suis plus électeur de cette région, mais dans la fiction, je ne me déplacerais pas dimanche dans mon bureau de vote fictif mais sentimental. La majorité des habitants ont voulu une région FN, qu’il l’ait. Cette majorité est bien plus nombreuse que le nombre d’électeurs qui ont voté FN. Tout le monde était au courant de la victoire probable du FN dans cette région, toute personne qui n’a pas voté, que ce soit pour la droite ou pour la gauche, a voté pour le FN. Le FN a du coup gagné cette région dès le premier tour et je la lui laisserais. Je deviendrais un abstentionniste car je me suis juré de ne plus donner un blanc-seing à la droite dite républicaine. La dernière fois, c’était en 2002 et c’est cette droite qui a installé un Nicolas Sarkozy ministre de l’intérieur dès le lendemain du second tour.
Je ne me déplacerais pas même si c’est un droit chèrement acquis car je ne vois pas pourquoi utiliser un droit républicain pour une élection qui sacrera un parti qui ne l’est pas. Si au premier tour, on élimine et au second on choisit. Dans cette élection, il n’y a personne à choisir et le vote blanc ne peut être un choix puisqu’il n’amènera à aucun résultat.

Mon comportement fictif aurait pu changer si la droite et la gauche avait réussi à fusionner tout en expliquant les bases de cette fusion. Cette volonté de fusionner pour contrer le FN est très bien expliqué dans l’ouvrage d’Elsa Di Méo, socialiste à Fréjus, qui s’est battue contre le FN durant toute sa vie politique, qui a essayé d’organiser une fusion de listes entre la droite pourrie et la gauche pour contrer le FN et qui s’est retrouvée en larmes annonçant le retrait de sa liste pour ne pas apporter de la division face à un concurrent qui n’a jamais voulu d’union.

Je suis désolé d’en arriver à cette conclusion, mais aujourd’hui je ne vois pas d’autres alternatives. Sans liste de gauche au second tour, avec un FN à plus de 40% au premier tour, je ne vois qu’une seule solution, leur laisser les clefs. Oui, ils se serviront d’une région à la bonne tenue économique pour en faire un étendard pour les élections à venir, tout comme ils ont réussi à utiliser leur inexpérience et leur incompétence comme programme pour les élections passées. Non ce n’est pas de la lâcheté, ce n’est pas un renoncement, c’est un nouveau départ pour permettre l’éclosion de nouveaux militants et de nouvelles idées. Si ce n’est pas le cas, alors la gauche dans sa diversité sera morte dans le Nord, mais mourra aussi à terme dans le reste du pays.

vendredi 25 septembre 2015

Discours de vérité du FN, ou quand la vérité est ailleurs


Jeudi soir au Grand Journal, Maitena Biraben, qui m'avait habitué à des interviews de qualité dans son Supplément politique, a provoqué la surprise, pour ne pas dire la colère, en insistant sur un soit-disant discours de vérité que tiendrait le FN à la différence des autres principaux partis. Hélas, la présentatrice n'a pas donné d'indices permettant d'identifier quels étaient les éléments de vérité du discours FN. Certes, le FN cherche à se donner l'image d'un parti qui "parle vrai", comprendre par là qu'il ne parle pas le langage technocratique des élites de l'ENA mais qu'il parle un langage qui serait celui du "vrai peuple". Mais entre "parler vrai" et "discours de vérité", il y a un fossé plus qu'une nuance, surtout au FN.


Commençons par la une de l'actualité, la question des migrants et des demandeurs d'asile en Europe. Sur ce sujet, le discours du FN est simple : "Il faut mettre en place une politique dissuasive d’immigration, couper toutes les pompes aspirantes, faire ce que fait l’Australie, le Danemark, c’est-à-dire lancer un signal : nous ne vous accueillerons pas." Il est pourtant loin de la vérité, ce qui permet aux dirigeants du FN de se faire régulièrement épinglés par la rubrique Désintox de Libé.



L'Australie aurait coupé toutes les pompes aspirantes? Le pays est le 3eme à accueillir le plus de migrants par rapport à sa population. En 2013, ils ont acueillis autant de migrants que la France pour une population 3 fois plus petite (et c'est en France que l'on va vous parler de théorie du grand remplacement...).



Pour Marine Le Pen, les réfugiés seraient à 99% des hommes et seraient plus des migrants économiques que de véritables réfugiés ? Sur le sexe des migrants, ils seraient environ 60% à être des hommes, le reste étant donc femmes et enfants. De plus, près de 2/3 des arrivants sont considérés de faits comme des réfugiés car ils proviennent de Syrie ou d'Afghanistan. La vérité du FN est loin, très loin de la réalité du terrain.



La présidente du FN accuse aussi la commission européenne d'organiser l'accueil de 50 millions d'immigrés d'ici 2060. Si la commission européenne n'a pas un tel pouvoir, elle a simplement estimé que l'Union Européenne aurait sa population active qui aurait diminué de tant. Au FN, le discours de vérité s'apparente souvent à de simples et grossiers raccourcis. 
Dans la même veine des raccourcis grossiers, Florian Philippot accuse le gouvernement de mettre à disposition 77 000 logements sociaux aux migrants nouvellement arrivés alors que des milliers de Français sont sur liste d'attente. La réalité est bien ailleurs ! La présidente du Haut comité au logement des personnes défavorisés a juste proposé "de mobiliser une partie du parc social laissé vacant pour loger les réfugiés. […] 77 310 logements sociaux sont aujourd’hui en attente de locataires, notamment dans les secteurs où la demande est faible".



Le FN ne découvre pas le mensonge avec cet épisode d'afflux massif de migrants. Florian Philippot a déjà été corrigé il y a quelques mois par un chercheur en gouvernance mondiale des migrations. Le résumé en 9 points et autant de mensonges (http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/961301-florian-philippot-a-slt-les-9-mensonges-du-fn-sur-l-immigration-enfin-devoiles.html) :
1. Les immigrés "nous envahissent" ? Faux, ils sont nécessaires à notre démographie et juste en nombre suffisant. Ils étaient 267.000 en 2011 pour 200.000 Français qui quittent notre territoire chaque année.
2. Les immigrés n’ont "jamais été aussi nombreux" ? Faux, ils étaient 7% de la population en 1981, ils ne sont plus que 6% aujourd’hui.
3. Les expulsions "ont ralenti" sous François Hollande ? Faux, il y a eu 38.000 reconduites à la frontière en 2012 avec Manuel Valls et 8000 chaque année seulement sous François Mitterrand.
4. Les immigrés "servent le grand patronat" ? Faux, les immigrés économiques ne représentent que 10% de l’ensemble et ne pèsent pas sur les salaires.
5. Les "salaires baissent" à cause des immigrés ? Faux, ils augmentent de +0,27% grâce à eux.
6. La prochaine immigration sera "asiatique" ? Faux, d’une part parce que les frontières de ces pays sont fermées au Nord et au Sud, d’autre part parce que les Asiatiques n’ont pas les moyens d’immigrer.
7. La France "championne d’Europe" de l’immigration légale ? Faux, le Royaume-Uni a accueilli en 2011 550.000 immigrés, l’Allemagne 500.000, l’Italie 385.000 et la France, 267.000.
8. Les immigrés "prennent le travail des Français" ? Faux, 60.000 sont des étudiants, 90.000 sont des épouses ou des enfants qui viennent dans le cadre du regroupement familial, 20.000 sont des réfugiés humanitaires et 20.000 des réfugiés économiques.
9. Peut-on ramener le nombre des immigrés de 200.000 à 10.000 comme le prétend le FN ? Impossible, il faudrait que la France sorte de l’Europe et rompe tous les accords internationaux. Dans ce cas, la France serait tellement isolée que les Français non plus ne pourraient plus émigrer.



Le FN ne limite pas son discours au refus de voir des étrangers vivre en France. Il a tout un pan de programme pseudo-économique avec pour axe central, la sortie de l'euro. Sur ce point aussi, mensonges et approximations sont légions. 
Par exemple, le FN veut revenir au Franc et avoir le contrôle de sa monnaie pour pouvoir la dévaluer et rendre les entreprises françaises plus compétitives. Preuve par les faits du mensonge, quand en mars 2015, l'euro a perdu 20% de sa valeur sur un an face au dollar, l'économie française n'est pas repartie sur les chapeaux de roue. Coupable aussi de mensonge par omission, le FN ne prend jamais en compte dans son discours les réactions des autres pays européens en cas de sortie de la France de la zone euro. Des analystes estiment que si l'on arriverait à être plus compétitif par rapport à l'Allemagne, on serait mis en difficultés par l'Italie ou l'Espagne... Ces économistes rappellent également "qu’une dépréciation du taux de change est toujours une taxe sur les consommateurs (qui paient plus cher les produits importés) et une subvention aux entreprises exportatrices et qu’elle se traduit donc par une baisse des salaires réels des travailleurs". La vie rêvée des Français déjà en difficulté économiquement parlant.



Autre mensonge, repris par Maitena Biraben jeudi soir, le FN serait le 1er parti de France depuis les départementales du début d'année (http://www.liberation.fr/politiques/2015/03/23/departementales-le-festival-d-intox-du-front-national_1226931). Certes, le FN l'a clamé haut et fort, mais ça n'en fait pas une réalité pour autant. Oui en se basant sur les résultats des binômes composés à 100% de FN, de PS ou d'UMP, le FN arrive en tête. Mais c'est oublié que dans nombres de cantons, les candidats UMP se sont associés à l'UDI ou à d'autres divers droite et les candidats PS se sont présentés aux côtés de candidats d'autres partis de gauche. Les chiffres utilisés par le FN sont donc vrais mais leur interprétation est une nouvelle fois mensongère.



Ceci n'est qu'un aperçu collecté rapidement pour voir avec de nombreux exemples que le FN ne tient pas de discours de vérité au Français et qu'au contraire, il leur ment éhontément. Pour mieux comprendre leur façon d'agir, le politologue Thomas Guénolé a classé en 7 catégories les techniques de mensonges du FN :

  1. manipuler les chiffres
  2. confondre une corrélation avec une causalité
  3. l'amalgame
  4. le sous-entendu
  5. l'usurpation de la rhétorique républicaine
  6. prétendre ne plus être d'extrême droite
  7. la frappe ciblée.


Certes, le FN n'est pas le seul parti qui ment à ses électeurs ni le seul parti qui ne tient pas toutes ses promesses une fois élu, mais ce n'est pas une raison pour le dediaboliser à outrance et le faire passer pour le chevalier blanc de la politique. 



Au FN, la vérité est ailleurs, loin de leurs discours ou de leur programme. En reprenant leurs éléments de langage, Maitena Biraben a commis une faute grossière qui montre à quel point le FN est en phase de réussir sa première phase de conquête du pouvoir : ancrer son discours dans le subconcient des Français. 


lundi 6 juillet 2015

Dis mon nom Cochonne !

"Truie Lepeniste", ces deux mots vont couter un euro de dommages et intérêts et 200€ d'amende avec sursis à Politeeks, leftblog emblématique, auteur de l'ancien mais excellent intox2007 et taulier de l'actuel politeeks.info.

Pour la justice, la truie lepeniste serait madame Le Pen et non son parti uniquement construit sur la marque Le Pen. C'est une vision. Avouons qu'il est difficile de parler du FN sans parler des Le Pen. Avouons aussi que Marine Le Pen peut avoir des airs de cochonne, il suffit pour s'en rendre compte de faire une rapide recherche sur Google Images :



Pour certains auteurs latins, le cochon est "le plus stupide des animaux", capable de dévorer ses petits. Quand on voit le triste spectacle entre Le Pen père et Le Pen fille, on peut légitimement se poser la question de savoir si le FN ne peut pas être comparer à une femelle cherchant à tuer sa descendance...

Mais arrêtons-nous là. La "truie lepeniste" est une insulte envers la personnalité politique de premier plan qui défend surement le plus la filière porcine et veut "interdire l'interdiction de porc". Marine Le Pen n'est donc pas une truie.

En attaquant un simple blogueur qui possède sur son blog une page dédiée aux appels à dons car "les temps sont très durs", celle qui n'est pas une truie montre qu'elle n'hésite pas à attaquer les plus démunis, comme si une expression dans un billet de blog pouvait avoir plus de conséquences que l'hyper-présence médiatique qu'à la présidente du FN et toute sa clique.

La stratégie du FN est simple, ils aboient sur tout ce qui bouge. Depuis 2011, d'après les décomptes de Libé, le FN aurait déposé au moins 30 plaintes ! Ce qui fait dire au politologue Jean-Yves Camus : «C’est un numéro parfaitement réglé où chacun est dans son rôle. C’est même un numéro un peu trop rodé : la judiciarisation laisse de côté le combat sur le fond. Ce n’est pas dans les prétoires que peut se régler la question du FN.» 

 Ca permet aussi au FN de faire parler plus de lui sans devoir parler de sa base programmatique. Pour les électeurs, ça peut donner un aperçu de ce que peut être le FN au pouvoir. La liberté d'expression sera assurée dans les salles d'audiences des tribunaux. Ailleurs, dans les chroniques d'humoristes (plaintes contre Mathieu Madénian, contre Nicolas Bedos, contre Laurent Ruquier), dans les billets de blogs, le langage et la pensée devront être surveillés, seront surement auto-censurés de peur de s'exposer à des représailles judiciaires. Raisons de plus pour lutter contre ce parti, rappeler que son idéologie est à l'opposé de ma vision de la politique mais aussi à l'opposé de toute idée de vivre ensemble car la haine de l'autre ne peut pas faire un programme, ni même une ligne directrice.

mardi 5 mai 2015

L'écran de fumée du FN

Oh la belle preuve de dédiabolisation du parti ! Jean-Marie Le Pen qui n'avait pas eu le droit de parole lors du traditionnel rassemblement du 1er mai vient de se voir suspendre du FN sans être (encore) officiellement destitué de son poste de président d'honneur. Belle initiative de Marine Le Pen qui cherche toujours à montrer que son parti n'a plus rien à voir avec le parti de son père.

Il faut dire que le passif du père était un peu encombrant. Sur un blog hébergé par Mediapart, on peut retrouver la liste des condamnations de Jean-Marie Le Pen : 
  • 1960, condamné pour menaces de mort proférées à l'encontre d'un commissaire de Police.
  • 1964, condamné pour coups et blessures volontaires.
  • 1969, condamné pour coups et blessures volontaires.
  • 1971, condamné pour apologie de crime de guerre.
  • 1986, condamné pour antisémitisme insidieux.
  • 1986, condamné pour apologie de crimes de guerre dont la déportation.
  • 1987, condamné pour provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale.
  • 1991, condamné pour  trouble manifestement illicite à l'ordre public.
  • 1991, condamné pour banalisation de crimes contre l'humanité et consentement à l'horrible.
  • 1992, condamné pour diffamation.
  • 1993, condamné pour injure publique.
  • 1995, condamné pour oublis de plus-value boursière et sous-estimation de loyer.
  • 1996, condamné pour avoir tenu des propos ayant gravement porté atteinte au président du tribunal d'Auch.
  • 1997, condamné pour avoir injurié l'association Ras l'front (mouvement anti-FN) de « mouvement de tueurs de flics ».
  • 1997, condamné pour avoir injurié le président de SOS-Racisme.
  • 1997, condamné pour banalisation de crimes contre l'humanité et consentement à l’horrible.
  • 1998, condamné pour injures publiques et violences sur personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions.
  • 1998, condamné pour avoir présenté une tête en carton à l'effigie de Catherine Trautmann.
  • 1998, condamné pour avoir déclaré « Je crois à l'inégalité des races ».
  • 1999, condamné pour incitation à la haine raciale et apologie de crime de guerre.
  • 2002, condamné pour avoir reproduit sans autorisation un reportage de treize photographies prises par l’AFP.
  • 2004, condamné pour provocation à la haine raciale.
  • 2005, condamné pour incitation à la haine raciale.
  • 2008, condamné pour complicité d'apologie de crimes de guerre et contestation de crime contre l'humanité.
Marine Le Pen va avoir du boulot pour redonner à son parti une nouvelle virginité, surtout que les mauvaises habitudes au FN ne sont pas l'apanage du père. La présidente du FN peut cacher le vieux raciste mais elle aussi est cernée par les affaires.

Financement de la présidentielle et des législatives 2012
Marine Le Pen est soupçonnée d'avoir fait embauché par Riwal (boite de communication d'un ancien du GUD) deux de ses conseillers pendant la campagne présidentielle. La même entreprise Riwal est soupçonnée de fraudes pour obtenir plus de remboursements de la part de l'Etat, ceci en magouillant avec le micro-parti de Marine Le Pen.

Des cadres du FN déguisés en assistants parlementaires 
Le Parlement Européen s'inquiète que les assistants parlementaires de tous les députés européens FN soient des membres haut placé dans l'organigramme du Front National et que le parti extrémiste détourne les fonds alloués au travail parlementaire pour rémunérer des emplois frontistes. L'arnaque s'élèverait déjà à 7,5 millions d'euros

Le FN réinvente les emprunts russes
Le FN a emprunté 9 millions d'euros à une banque russe et 2 millions d'euros à des fonds russes via une banque chypriote. D'après Mediapart, des preuves indiqueraient que ces prêts font suite à des accords passés directement avec le gouvernement russe.

Le FN et Marine Le Pen peuvent essayer d'allumer les contre-feux qu'ils veulent pour faire croire que leur parti a fait peau neuve, ils peuvent clamer haut et fort que seul l'ancien président est un boulet qui ne représente plus rien, ils peuvent essayer d'ignorer leurs candidats toujours plus nombreux à se faire prendre dans des poses ou avec des propos nauséabonds, mais ils n'arriveront pas à changer leur ADN.

A Béziers, Robert Ménard a fait de la nostalgie de l'Algérie Française son fond de commerce entre mots croisés sur le thème dans le journal municipal et changement de nom de la rue du "19 mars 1962" au profit d'un défenseur de l'Algérie Française membre de la tentative de putsch contre le Général de Gaulle.

A Hayange, la première opposante au maire FN était numéro 2 de la liste aux municipales. A peine élue et elle s'est retirée du parti et a dénoncé le maire, Fabien Engelmann, qui a été condamné en première instance à un an d’inéligibilité pour fraude pour avoir maquillé ses comptes de campagne.

A Paris, lors du meeting du 1er mai, le député européen et frontiste historique, Bruno Gollnisch, a été filmé en train d'essayer de frapper à coup de parapluie des journalistes de Canal+, sous le regard incrédule du service de sécurité du FN pourtant pas réputé pour être des tendres.

La suspension de Jean-Marie Le Pen n'est qu'un écran de fumée. Les actes du FN restent identiques, les propos du FN n'ont pas changé et surtout le programme politique du FN n'a pas changé entre 2002 et aujourd'hui, la préférence nationale, la fermeture des frontières et le retour de la peine de mort en sont toujours des points centraux.

mardi 31 mars 2015

2012 - 2015, que sont nos électeurs devenus ?

La Gauche a perdu les élections. La Gauche avec un G majuscule pour signifier que c'est la famille de gauche qui a perdu, le PS, le Front de Gauche. Si la gauche a perdu ces départementales, c'est qu'elle a perdu des électeurs. Comme à chaque élection, l'IFOP analyse l'électorat des forces politiques en présence. En reprenant leurs analyses au lendemain du 1er tour de l'élection présidentielle de 2012 et celle réalisée suite au 1er tour de l'élection départementale de 2015, on peut voir l'évolution de l'électorat. Quelles catégories sociaux-professionnelles ont boudé le PS, le Front de Gauche, quelles sont les catégories sociaux-professionnelles qui se sont trouvées plus d'affinités avec le Front National, voici les évolutions de l'électorat du Front de Gauche, du Parti Socialiste, de l'UMP et du Front National.

 

 

 


De ces résultats, on constate que si l'UMP se maintient globalement (à part chez les artisans et les commerçants), le Front de Gauche et le PS sont loin de leur niveau de 2012. On remarque d'ailleurs que l'électorat ouvrier a dangereusement fuit le Front de gauche : ils étaient 18% à voter pour Mélenchon en 2012, ils ne sont plus que 7% à voter pour les candidats Front de Gauche en 2015, soit une baisse de 11 points. Le PS voit une chute similaire chez les employés et chez les chômeurs. Dans ces deux catégories, l'UMP n'a pas vraiment gagné des électeurs, c'est le FN qui récolte directement les fruits du mécontentement.

J'allais oublié le premier parti de France, l'abstention. Heureusement que les retraités sont là, ce sont eux qui se mobilisent le plus pour voter.
 

On dit souvent que le PS a abandonné la classe ouvrière, et plus encore depuis 2012. Si l'on regarde la répartition de l'électorat socialiste, on ne voit quasiment pas de mouvement. Quand 12% du score de François Hollande était les voix des ouvriers, la proportion des ouvriers dans l'électorat PS en 2015 reste à 11%. 




L'ensemble des forces de Gauche ont perdu les départementales. Taper sur les socialistes n'a pas permis de rattraper les électeurs déçus du Hollandisme. Ca se voyait dès le soir des résultats, ça se confirme en regardant à la loupe ces résultats. Les ouvriers, comme les autres, ne vont pas plus à gauche quand ils ne sont pas satisfaits du socialisme de gouvernement.

Pour François Hollande, les résultats deviennent urgent. Si le chômage baisse, si les classes moyennes sentent qu'elles ont plus de pouvoir d'achat (et il a monté en 2014), alors elles seront rassurées sur l'action gouvernementale et arrêteront peut-être de se tourner vers l'extrême-droite.


sources IFOP :
Premier tour de l’élection présidentielle 2012: profil des électeurs et clés du scrutin (étude du 22 avril 2012)
Le profil des électeurs et les clefs du scrutin départemental (étude du 23 mars 2015)