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samedi 25 avril 2015

Des primaires à gauche, avec toute la gauche

Depuis sa création, Terra Nova a beaucoup réfléchi sur la mise en place de primaires à gauche pour les élections présidentielles. La primaire de 2011 organisée par le PS et le PRG fut un succès et une bonne partie de son organisation fut débattue sur la base du travail du think tank. Du coup, quand Terra Nova sort une nouvelle note sur le futur des primaires à gauche, elle attire l'intérêt. Surtout quand on sait que certains à gauche continuent d'espérer une primaire avant 2017 pour relancer la gauche. Terra Nova publie quatre propositions allant du périmètre des candidats possibles aux conditions de ces tenues.

Des primaires de toute la gauche
Je l'espérais en 2011 mais le PS ne fut accompagné que du PRG. Pourtant alors que les radicaux s'engageaient formellement avec les socialistes pour la présidentielle, les écologistes négociaient avec les socialistes un accord de législature avec un nombre de circonscriptions protégées pour leur garantir une place non négligeable à l'Assemblée Nationale. Je suis donc enthousiaste quand je lis que Terra Nova propose que ces primaires soient élargies le plus possible et que leurs résultats servent de "base de négociation des investitures". Le poids des différents partis de gauche, voire des différents courants, dépendrait de leur représentativité future. Lier primaire présidentielle et législative, ou primaire municipale et composition du conseil municipal donnerait encore plus de poids aux votes reçus par chaque candidat et éviterait l'écueil d'accords électoraux négociés dans le secret des QG politiques et souvent incompris des électeurs et même des militants.

Un nouveau type scrutin, préférentiel
La primaire citoyenne de 2011 était organisée sur un mode classique, le scrutin uninominal à deux tours, même mode de scrutin que l'élection présidentiel. Ce mode de scrutin avait pour principale qualité d'être bien connu des électeurs français, confrontés lors des primaires à un nouveau type d'élection. Comme lors de l'élection présidentiel, le vote ne pouvant se porter que sur une seule personne, il y a un risque qu'une candidature appréciée ne reçoive pas l'intégralité des suffrages de ses supporters car ces derniers peuvent préférer le choix du vote utile vers une candidature qui parait plus à même de gagner l'élection finale. Par exemple en 2011, certains sympathisants de Manuel Valls ou de Jean-Michel Baylet ont surement préféré voter pour François Hollande ou Martine Aubry pour leur capacité à gagner contre le candidat Sarkozy. Leur score se retrouve faussé et leur influence mal-estimée. 
Pour éviter cela, Terra Nova propose un scrutin au "jugement majoritaire". Les électeurs donnent leur jugement sur l'ensemble des candidats. Chaque candidat, chaque courant, pourrait ainsi avoir une estimation de leur influence chez les électeurs participant à la primaire, c'est-à-dire la population des sympathisants de gauche. Ce jugement majoritaire n'empêchera surement pas de placer en tête de son jugement celui que l'on juge le plus à même de gagner l'élection (avec le potentiel vote utile) mais permet de nuancer son choix en précisant qui sont les autres candidatures qui nous ont convaincu. 

Des primaires pour toute élection
Le PS avec succès le test de la primaire citoyenne préparatoire à l'élection présidentielle. Pour les municipales, une poignée de communes ont tenté l'expérience, avec plus ou moins de succès, comme à La Rochelle où tous les participants n'ont pas joué le jeu et se sont présentés malgré le résultat de la primaire. Terra Nova propose qu'une primaire soit possible à tous les échelons des élections sous réserve que la demande d'organisation soit acceptée par les conseils nationaux des partis participants. Des primaires locales, en respectant les deux propositions ci-dessus, permettraient de définir la composition d'un conseil municipal ou d'un conseil régional. Une primaire largement ouverte pour les futures échéances régionales doivent permettre de départager les querelles d'égo entre deux sortants (question qui doit surement se poser avec les dernières fusions de régions) mais aussi de mieux comprendre l'influence des écologistes, des communistes et des socialistes régionalement. Les électeurs sympathisants de gauche pouvant s'exprimer librement pour indiquer leurs préférences et donner leurs faveurs à des candidats bien implantés localement.

La primaire pour la présidentielle, c'est pas automatique
A gauche, certains veulent une primaire pour l'élection 2017 avec l'espoir qu'elle donne un nouveau souffle à la gauche et fasse émerger un successeur à François Hollande. Encore une fois, je suis d'accord avec Terra Nova. Cette primaire doit être systématique quand la gauche est dans l'opposition mais ne doit se tenir quand elle est au pouvoir que si le président sortant le décide. Si je n'imagine pas un président en activité se prêter à l'exercice d'une primaire interne, l'organisation d'une primaire ne peut se tenir qu'avec l'accord de ce dernier. Seul intérêt à une primaire incluant François Hollande avant l'échéance de 2017 serait une "primaire de coalition" (pour reprendre l'expression de Terra Nova) avec toutes les autres forces de gouvernement. Cette primaire permettrait d'éviter la dispersion des voix de gauche lors du premier tour de l'élection présidentiel et donc donnerait toutes les chances au candidat de gauche pour se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle.

De ces propositions, je retiens qu'une primaire à gauche n'a du sens que si elle s'ouvre au plus grand nombre de formations de gauche. C'était déjà mon souhait en 2011, ça devient de plus en plus primordial quand on voit qu'aux dernières départementales, la gauche s'est trop souvent retrouvée exclue du second tour laissant la place à des duels UMP-FN. Ces primaires ouvertes doivent être la base des accords électoraux et éviter de donner l'impression à une sur-représentation de certains partis partenaires du PS. Enfin, un scrutin au jugement majoritaire doit permettre de trouver une tête de liste qui plait au plus grand nombre et garantir normalement le plus large rassemblement lors de la campagne officielle.


Note de Terra Nova écrite par Alain Bergounioux, Anne-Lorraine Bujon, Michel Balinski, Rida Laraki, Thierry Pech : http://www.tnova.fr/note/primaires-et-si-c-tait-refaire

jeudi 2 avril 2015

Départementales, la vague bleu masculine

Le troisième tour des départementales a eu lieu ce jeudi. Sans surprise, les départements gagnés par la droite sont dirigés par la droite et ceux gagnés par la gauche (Lozère comprise) ont un président de gauche. Pour la première fois, c'est un collège électoral parfaitement paritaire qui a élu les présidents de départements puisque ce nouveau scrutin a permis de faire passer la proportion de femmes siégeant dans les assemblées départementales de 12% à 50%. Pourtant cette carte montre bien que la parité s'est cognée violemment sur ce qu'on appelle le plafond de verre :


En rose, ce ne sont pas les départements gérés par la gauche mais les départements qui ont élu une femme présidente ! Et encore, j'ai triché un petit peu en coloriant Paris où Anne Hidalgo est à la tête du département de fait par son élection à la tête de la Mairie de Paris.

Aujourd'hui, ce qui donne comme répartition par couleur politique :
  • 33% des départements gérés par des divers gauche (soit 1 département)
  • 19% des départements tenus par le PS (5 départements)
  • 12,5% des départements divers droite (1 département)
  • 8% des départements gérés par l'UDI (1 département)
  • 4,5% des départements gérés par l'UMP
Il y a encore du boulot...

mardi 31 mars 2015

2012 - 2015, que sont nos électeurs devenus ?

La Gauche a perdu les élections. La Gauche avec un G majuscule pour signifier que c'est la famille de gauche qui a perdu, le PS, le Front de Gauche. Si la gauche a perdu ces départementales, c'est qu'elle a perdu des électeurs. Comme à chaque élection, l'IFOP analyse l'électorat des forces politiques en présence. En reprenant leurs analyses au lendemain du 1er tour de l'élection présidentielle de 2012 et celle réalisée suite au 1er tour de l'élection départementale de 2015, on peut voir l'évolution de l'électorat. Quelles catégories sociaux-professionnelles ont boudé le PS, le Front de Gauche, quelles sont les catégories sociaux-professionnelles qui se sont trouvées plus d'affinités avec le Front National, voici les évolutions de l'électorat du Front de Gauche, du Parti Socialiste, de l'UMP et du Front National.

 

 

 


De ces résultats, on constate que si l'UMP se maintient globalement (à part chez les artisans et les commerçants), le Front de Gauche et le PS sont loin de leur niveau de 2012. On remarque d'ailleurs que l'électorat ouvrier a dangereusement fuit le Front de gauche : ils étaient 18% à voter pour Mélenchon en 2012, ils ne sont plus que 7% à voter pour les candidats Front de Gauche en 2015, soit une baisse de 11 points. Le PS voit une chute similaire chez les employés et chez les chômeurs. Dans ces deux catégories, l'UMP n'a pas vraiment gagné des électeurs, c'est le FN qui récolte directement les fruits du mécontentement.

J'allais oublié le premier parti de France, l'abstention. Heureusement que les retraités sont là, ce sont eux qui se mobilisent le plus pour voter.
 

On dit souvent que le PS a abandonné la classe ouvrière, et plus encore depuis 2012. Si l'on regarde la répartition de l'électorat socialiste, on ne voit quasiment pas de mouvement. Quand 12% du score de François Hollande était les voix des ouvriers, la proportion des ouvriers dans l'électorat PS en 2015 reste à 11%. 




L'ensemble des forces de Gauche ont perdu les départementales. Taper sur les socialistes n'a pas permis de rattraper les électeurs déçus du Hollandisme. Ca se voyait dès le soir des résultats, ça se confirme en regardant à la loupe ces résultats. Les ouvriers, comme les autres, ne vont pas plus à gauche quand ils ne sont pas satisfaits du socialisme de gouvernement.

Pour François Hollande, les résultats deviennent urgent. Si le chômage baisse, si les classes moyennes sentent qu'elles ont plus de pouvoir d'achat (et il a monté en 2014), alors elles seront rassurées sur l'action gouvernementale et arrêteront peut-être de se tourner vers l'extrême-droite.


sources IFOP :
Premier tour de l’élection présidentielle 2012: profil des électeurs et clés du scrutin (étude du 22 avril 2012)
Le profil des électeurs et les clefs du scrutin départemental (étude du 23 mars 2015)