Affichage des articles dont le libellé est primaires. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est primaires. Afficher tous les articles

mardi 31 janvier 2017

Exercer son droit de retrait, vraiment ?

https://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=JDJ/JDJ_289/JDJ_289_0033/fullJDJ_idPAS_D_ISBN_pu2009-09s_sa06_art06_img001.jpgBenoît Hamon est sorti victorieux et assez largement d’ailleurs de la primaire citoyenne. Primaire qui fut elle-même une belle victoire avec plus de 2 millions de participants lors du second tour. Comme il fallait s’y attendre les déçus du scrutin commence à regarder ailleurs, vers cette ligne d’horizon ni de gauche ni de droite que représente Macron. Quand il s’agit d’électeurs, on peut les comprendre. On peut être sûr que si l’inverse s’était produit, une partie de l’électorat de Benoit Hamon se serait tournée vers les offres plus à gauche que Manuel Valls et le PS. Il est donc normal de voir un report d’une partie de l’électorat de Manuel Valls se dire intéressé par Emmanuel Macron.

En tant que militant socialiste, j’ai un peu plus de mal avec les élus PS qui annoncent haut et fort leur ralliement à Macron. Ils critiquent un programme non viable de Benoît Hamon pour rejoindre un candidat qui ne cesse de repousser la date de présentation de son propre programme. Si le programme arrive à respecter les souhaits des déçus de la primaire LR et de celle du PS tout en faisant rêver une majorité de Français, alors je ne pourrais que m’incliner devant le talent de cet homme (sans pour autant le soutenir, faut pas déconner non plus).

Mais aujourd’hui c’est avec ma casquette de syndicaliste que je bouillonne. Deux députés PS se sont offert une tribune dans Le Monde pour expliquer qu’ils revendiquent « haut et fort un droit de retrait de la campagne présidentielle car les conditions de notre soutien à la candidature de Benoît Hamon ne sont pas réunies. » Dans leur argumentation, ces deux députés considèrent qu’un soutien au projet de Benoît Hamon « serait contraire à la culture socialiste qui, historiquement, s’est construite autour de l’amélioration des conditions de travail et du temps du travailleur. »

Léger problème, si l’on s’appuie sur les conditions de travail et la culture socialiste, peut-être est-il nécessaire de faire attention aux mots qu’on emploie. Le « droit de retrait » n’est pas une expression comme une autre pouvant être utilisée à la légère. C’est un véritable droit défini par la loi :

Lorsqu’un salarié non mandaté exerce son droit de retrait, la loi lui demande seulement d’avoir « un motif raisonnable de penser » que la situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Elle n’exige pas une cause réelle de danger, l’apparence et la bonne foi suffisent. Ainsi le juge contrôle uniquement le caractère raisonnable du motif et non la réalité du danger.

Pour ces députés, il y aurait donc un danger grave et imminent pour leur santé ou pour leur vie. Il va falloir détailler un peu plus que ce qui est écrit dans la tribune pour faire comprendre aux Français dans la globalité (ou a minima aux militants socialistes) en quoi Benoît Hamon ou son programme représenterait une telle menace. 

mardi 24 janvier 2017

Hamon président ?

Je n'ai pas écrit sur le premier tour de la primaire de la gauche, un peu par manque de temps, aussi par manque d'envie après le forfait de François Hollande. J'aurais pu écrire pour vanter les mérites de mon candidat de substitution, Vincent Peillon, qui m'a convaincu dans sa capacité de rassembler le PS et au delà car bien moins clivant que ses adversaires issus du PS. Son projet de New Deal européen, de relance écologique via l'UE, était intéressant et méritait d'être débattu dans une primaire pré-présidentielle. Ni son programme, ni ses propos ne comportaient de verrues repoussantes du genre "l'existence de 2 gauches irréconciliables" (au contraire même), "49-3 citoyen", ou "non respect des traités européens". Son ton apaisant (mais doctoral) le plaçait dans la droite ligne de François Hollande et de sa présidence apaisée (qui ne le fut pas tant que ça, notamment sur la fin, mais pas tant de sa faute que de celle d'agitateurs professionnels). Il a fini avec 6% quand on aurait pu espérer qu'il dépasse la barre des 10 pour peser sur le programme final.

Et maintenant, que vais-je faire (comme dirait la chanson) ? Étonnement, le choix fut plus simple. J'ai toujours encouragé une large union de la gauche à chaque élection. Je fus heureux de voir les communistes parisiens rejoindre la liste menée par Anne Hidalgo dès le premier tour des municipales 2014. Je ne me vois donc pas soutenir un candidat qui prône deux gauches irréconciliables. Il y a aussi une question de cohérence. On ne peux pas brandir le 49-3 avant même le début du débat parlementaire puis promettre quelques mois plus tard d'y mettre fin. On ne peut pas vouloir rassembler la gauche en promettant de défiscaliser de nouveau les heures supplémentaires, une des mesures phares du sarkozysme. De plus en écoutant le discours de Manuel Valls hier soir, j'ai été surpris par la violence des propos augurant mal un rassemblement post primaire.

Mon choix se tourne donc vers Benoît Hamon. Sa mesure phare du revenu universel permet de déplacer le débat loin des questions sur l'identité française ou sur la sécurité. Dans sa longue interview accordée à Libération, il revient longuement sur cette mesure et sur sa vision pour une mise en place progressive. Comme tout bon candidat socialiste, il est pour donner le droit de vote aux citoyens étrangers résidant en France pour les élections locales ou pour limiter le nombre de mandats dans le temps. Son discours écologiste proche de Yannick Jadot, le candidat écologiste, peut aussi permettre un rapprochement, voire un contrat de gouvernement qui pourrait être plus adapté à la politique du candidat socialiste que celui signé en 2011 entre le PS et EELV. Il peut aussi convaincre une partie des électeurs de Jean-Luc Bennahmias ou de François de Rugy. Enfin dernier point qui ne peut que me conforter dans ce choix, Benoît Hamon est pour la reconnaissance de la Palestine, comme il le dit dans son programme, "la coexistence de deux États est la seule solution qui permettra d’assurer la sécurité et l’intégration de l’État d’Israël dans la région et de réouvrir le processus de paix." Cerise sur le gâteau, les goûts musicaux du candidat présentés dans Rolling Stone. Quand on dit avoir été fan de Saxon, Motörhead, Status Quo et avoir pogoté sur PiL en boîte de nuit, on marque automatiquement des points chez moi.

J'espère donc que la dynamique qui a porté Benoît Hamon en tête de ce premier tour des primaires citoyennes continuera cette semaine et le mènera à être désigné candidat du Parti Socialiste pour cette élection présidentielle.

dimanche 25 septembre 2016

Pourquoi je ne voterai pas à la primaire de droite

Règlements de compte à OK primaire, via le HuffPost
Ce week-end, Juan de SarkoFrance a publié sa 490ème chronique hebdomadaire résumant la semaine politique. Il interpelle ce qui est surement la principale part de son électorat dès le titre : "Pourquoi les antisarkozystes devraient voter à la primaire de droite." Son billet commence par une image où l'on peut lire "Ivres, les socialistes oublient de détester Sarko".

Oui entre 2007 et 2012, j'ai détesté Sarkozy. Je l'ai détesté pour toute sa présidence, pour toute les politiques qu'il a menées ainsi que pour les façons dont il les a menées. Nicolas Sarkozy a cassé la représentation du Président de la République, il a cassé l'honneur de l'institution. Sous prétexte de redynamiser la France, de sortir du confort du politiquement correct, il s'est comporté comme un monstre politique qui a tué le respect de la fonction présidentielle, voire même le respect des membres du gouvernement en les rétrogradant au rôle de sous-fifres. Toutes ces attaques, on en paye encore le prix aujourd'hui et on risque d'en subir les conséquences encore longtemps.

Pourtant, le retour de Sarkozy en politique ne doit pas être l'alpha et l'omega de l'opposition politique. Quand il est revenu pour prendre d'assaut l'UMP, je ne me suis pas engagé à droite pour lutter contre lui et essayer de faire élire un Bruno Le Maire qui n'a de point positif que son calme affiché. 
De la même façon, sa présence sur la ligne de départ à la primaire de la droite ne va pas me faire me lever contre lui. 

Premier point et non des moindres, voter à la primaire de la droite implique de s'engager sur la phrase:
Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France.
Je partage peut-être des valeurs républicaines avec la droite et le centre. Je crois en les institutions de la République, son parlement indépendant, sa justice libre, son éducation pour tous et sa liberté de pensée garantie entre autre par la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat. Je ne suis pas sur que tous les candidats à la primaire partagent les mêmes valeurs, notamment pas Nicolas Sarkozy qui arrive à qualifier notre constitution et la déclaration des droits de l'Homme en vulgaires "arguties juridiques". 
Je refuse de m'engager pour l'alternance, encore moins pour réussir le redressement de la France, surtout quand je me dis que la France a déjà fait un sacré bout de chemin depuis le début de l'année 2012 en terme de redressement. On peut prendre pour exemple le nombre de force de l'ordre qui a bien été redressé après la baisse du nombre de policiers et gendarmes entre 2007 et 2012. On peut aussi prendre en exemple l'éducation dont le budget, le nombre d'employés (enseignants et accompagnants) et le respect à l'institution a été largement redressé après 5 années de mépris sous l'ancien quinquennat.

Deuxième point, il est également présent dans le billet de SarkoFrance, les programmes des opposants à Sarkozy à la primaire sont tous "à droite, très à droite". Le comparatif réalisé par l'AFP est sans appel. Je veux bien voter contre Nicolas Sarkozy mais pour qui ? Le candidat qui pourrait avoir ma sympathie est Jean-Frédéric Poisson, candidat représentant le parti Chrétien-Démocrate de Christine Boutin. Ce candidat a toute ma sympathie car, comme Jean-Michel Baylet lors de la primaire de la gauche en 2011, il est le (seul) symbole de l'ouverture de cette primaire à l'extérieur des murs du grand parti organisateur. Ce candidat semble être conscient de ses limites, la preuve il est le seul à avoir mis 2016 dans le nom de son site internet et non 2017 comme l'on fait NKM, Juppé, Fillon et Sarkozy. Je ne voterais pas, voire jamais, pour un des 4 candidats cités à l'instant. Je ne me vois pas voter pour Jean-François Copé qui réussit à incarner les travers du sarkozysme tout en étant un opposant à Sarkozy.

Contrairement à Juan, ce n'est pas parce que "Juppé incarne, comme d'autres, une certaine idée de la République qui fait défaut à droite", que ça mérite tous les blancs-seings du monde. Non le combat ne reprend pas aux primaires de la droite. Le combat contre les idées de cette droite n'a et n'aura jamais de fin. Le combat contre Sarkozy et ses rejetons politiques n'a pas fini en mai 2012 puisque quand un Sarkozy s'éloigne un peu du devant de la scène politique, un Copé ou un Wauquiez prend la place.

Je participe et participerai au combat contre la droite et l'extrême-droite, mais ça ne passera pas par cette primaire.

lundi 22 août 2016

Tout pour la France, rien pour les Français ?

C'est avec une énorme surprise que j'ai appris cet après-midi que Nicolas Sarkozy se déclarait candidat à la primaire de la droite. La principale surprise est que Nicolas Sarkozy n'était pas encore candidat. J'étais persuadé qu'il avait fait acte de candidature depuis longtemps, sinon comment expliquez ces annonces de soutiens que l'on peut lire ou entendre dans tous les médias ? Voici quelques exemples :

L'autre grande surprise, Nicolas Sarkozy aurait écrit un livre "lui-même" comme le précise l'article du Point qui semble avoir du mal à y croire également. J'imagine que ce livre est nettement plus rythmé et passionnant que la Princesse de Clèves. Surtout que maintenant il doit avoir pris la main. C'est tout de même son deuxième livre depuis le début de l'année, après "la France pour la vie". Ce dernier semblait déjà être une véritable pépite littéraire et surtout politique. A l'occasion de sa sortie, Libération avait dénombré et démontré 12 intox dont une magnifique soi-disant campagne entre George W. Bush et Barack Obama qui n'a bien sur jamais eu lieu.

Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy veut éviter tout mal entendu. Vu qu'il était surement persuadé d'être en campagne depuis plus de 6 mois, il a préféré mettre les points sur les i en rappelant :
J'ai décidé d'être candidat à l'élection présidentielle de 2017. La France exige qu'on lui donne tout. 
La suite du livre semble être un grand classique du Sarkozysme si on en croit les grandes lignes présentées par Le Point:
  • Abrogation de l'ISF, proposition qui ravira toutes les familles de classe moyenne
  • Suppression des 35 heures, un classique peut être un peu trop vu et entendu pour être crédible
  • Réduction des RTT, là j'avoue être perplexe mais il faudrait lire le passage dans le livre car je ne comprends pas comment ces RTT arriveraient à survivre à la fin des 35 heures
  • Réforme du droit du sol avec l'invention d'une "présomption de nationalité française". C'est surement ma proposition préférée. Nicolas Sarkozy n'arrête pas de dire qu'il a changé mais son fond de commerce n'a pas bougé depuis 2007. La lutte contre l'étranger sera toujours au coeur de sa politique.
  • Privatisation de la fonction du maintien de l'ordre en autorisant les sociétés autoroutières d'appliquer le Code de la route ou en privatisant le gardiennage des lieux publics.
  • Abrogation de Schengen, comme il l'expliquait déjà lors de la campagne de 2012.

La bonne nouvelle de cette annonce, elle est à chercher du côté de Mediapart qui a déjà ressorti ces meilleurs dossiers :

Pour finir, vous vous demandez pourquoi un 't' rouge sur le titre de "Tout pour la France" ? C'est un hommage à une pochette rouge de France Gall, son 33 tours de "Tout pour la musique". 33 tours qui avait d'ailleurs en face B : "Resiste". Vas-y Nicolas, prouve que tu existes !

mardi 12 janvier 2016

Une primaire pour les rassembler tous ?

L’initiative a été lancée hier dans Libé. Des hommes et femmes de différents horizons appellent à l’organisation d’une grande primaire de la gauche pour désigner le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 2017. Il faut lire leur argumentaire, il est très bien. Je le trouve juste dans les constats sur la nécessité de revivifier la politique, de permettre l’émergence de nouvelles idées et de nouveaux visages. En plus étant un grand partisan de la primaire de 2011, où déjà à l’époque je regrettais que les camarades écolos et communistes ne veuillent pas se joindre à nous, je serais mal placé pour ne pas saluer l’initiative, mais… car oui, il y a plein demais.

Mais la situation n’est pas la même qu’en 2011. En 2011, la France a un président de droite depuis 1995 (ce qui signifie que les plus jeunes électeurs n’ont pas de souvenir d’un président de gauche). En 2011, ça faisait 9 ans (depuis 2002) que la gauche n’avait pas été aux manettes d’un gouvernement. A l’époque, il était nécessaire d’ouvrir le plus possible le mode de désignation du candidat de façon à obtenir un candidat (ou une candidate) fédérant le plus sur son nom pour battre Nicolas Sarkozy ou tout autre prétendant à sa succession. L’opération fut un énorme succès tant l’attente était forte. A présent, nous avons un président en place, certes contesté, mais en place et au boulot jusque mi 2017. Déjà que l’on voit venir les critiques sur sa façon de concilier son action de président et de candidat pendant la campagne de 2017 (pas la peine de faire les surpris, on a fait le même coup à Sarkozy en 2012), on ne va pas ajouter une année de campagne supplémentaire au candidat Hollande.

Mais le calendrier est trop juste. La primaire de 2011 fut un succès car elle a commencé a être préparée bien en amont. Ce n’est pas en janvier 2011 que le PS a commencé à réfléchir aux modalités du scrutin. Ici, on ne connait rien des modalités, des conditions de candidatures, des conditions de scrutin. Tout devrait être organisé en quelques mois et au moindre faux pas c’est le fiasco pour ces primaires, la campagne présidentielle commencerait très mal et l’image serait ternie pour des prochaines tentatives. Bref, c’est la cata assurée pour de nombreuses élections.

Mais la volonté de faire émerger de nouveaux visages est déjà foutue. Dans le Libé d’hier, un tour d’horizon des prétendants est brossé. On retrouve Cécile Duflot pour Europe Ecologie – Les Verts, Pierre Laurent pour le Parti Communiste, la question se pose pour Jean-Luc Mélenchon, puis quelques socialistes ouvertement en désaccord avec la ligne présidentielle Benoit Hamon et Arnaud Montebourg. C’est ça l’éclosion de nouvelles personnalités ? La possibilité d’une candidature issue de la société civile ou du monde associatif est évoquée pour donner plus de consistance à une primaire vraiment ouverte. Qui va croire que cette personnalité aura assez de crédit pour gagner les voix d’une majorité de Français le soir du 1er tour de l’élection présidentielle, quand ces mêmes Français restent convaincus que Ségolène Royal n’avait pas la « carrure » d’une présidente de la République ou que Jean-Michel Baylet en 2011 a porté une candidature atypique mais pas vraiment sérieuse ?

Pourtant il faut faire quelque chose pour donner un élan et du contenu à la future campagne de François Hollande. On pourrait imaginer cette primaire sans François Hollande mais avec un porte-parole, son futur directeur de campagne par exemple, qui participerait au débat et se ferait le porte-voix d’un président trop occupé à sa tâche que les Français lui ont confié pour 5 années et non 3,5. Cette possibilité ne résout en rien la contestation sur le calendrier et les modalités d’organisation alors mettons là de côté.

Autre possibilité, ne pas organiser une grande primaire de la gauche et des écologistes mais un grande consultation nationale de la gauche et des écologistes pour construire un programme commun visant à alimenter le programme du candidat Hollande (ou le candidat de la gauche et des écologistes s’il ne se présente pas au final). Si on veut redonner de la consistance au débat politique, alors concentrons-le sur les idées et non sur les personnes. Si on veut pouvoir piocher dans les idées issues des Français, du monde associatif ou syndical, alors construisons un programme qui reprend certaines de leurs propositions. Bien sur, on m’objectera qu’à quoi bon construire un programme si celui-ci n’est pas suivi. La réponse est simple, quel que soit le candidat désigné, il y a peu de chance qu’il suive 100% de son programme. De plus, on peut critiquer certains choix de Hollande sur les questions sécuritaires qui n’étaient pas dans son programme mais une très large majorité de ses 60 propositions ont été mises en œuvre. 
L'avantage de cette grande consultation nationale serait aussi d'ouvrir un débat à gauche dans la même période que les primaires à droite (qui eux ont bien besoin d'une consultation pour définir un chef de file). Ainsi les chaînes d'infos ne seraient pas trop embêtées et pourraient essayer de respecter les temps de paroles des différents partis, tout en offrant des débats et des conférences idéologiques et programmatiques et pas uniquement des querelles d'égos. 

Cette fois-ci, je passe mon tour. Je ne soutiens pas l’initiative d’une primaire de toute la gauche pour désigner le candidat de 2017. En revanche je suis convaincu que les moyens exprimés pour ouvrir le débat doivent être mis en œuvre pour la construction du futur programme. Il faut aussi développer dès à présent ce concept pour que ce concept ne soit pas une idée en l’air mais que son principe soit bien ancré dans les esprits afin qu’une primaire ouverte à toute la gauche, aux écologistes, au monde associatif et au monde syndical puisse être possible en 2022 quand François Hollande ne pourra plus se représenter.

samedi 25 avril 2015

Des primaires à gauche, avec toute la gauche

Depuis sa création, Terra Nova a beaucoup réfléchi sur la mise en place de primaires à gauche pour les élections présidentielles. La primaire de 2011 organisée par le PS et le PRG fut un succès et une bonne partie de son organisation fut débattue sur la base du travail du think tank. Du coup, quand Terra Nova sort une nouvelle note sur le futur des primaires à gauche, elle attire l'intérêt. Surtout quand on sait que certains à gauche continuent d'espérer une primaire avant 2017 pour relancer la gauche. Terra Nova publie quatre propositions allant du périmètre des candidats possibles aux conditions de ces tenues.

Des primaires de toute la gauche
Je l'espérais en 2011 mais le PS ne fut accompagné que du PRG. Pourtant alors que les radicaux s'engageaient formellement avec les socialistes pour la présidentielle, les écologistes négociaient avec les socialistes un accord de législature avec un nombre de circonscriptions protégées pour leur garantir une place non négligeable à l'Assemblée Nationale. Je suis donc enthousiaste quand je lis que Terra Nova propose que ces primaires soient élargies le plus possible et que leurs résultats servent de "base de négociation des investitures". Le poids des différents partis de gauche, voire des différents courants, dépendrait de leur représentativité future. Lier primaire présidentielle et législative, ou primaire municipale et composition du conseil municipal donnerait encore plus de poids aux votes reçus par chaque candidat et éviterait l'écueil d'accords électoraux négociés dans le secret des QG politiques et souvent incompris des électeurs et même des militants.

Un nouveau type scrutin, préférentiel
La primaire citoyenne de 2011 était organisée sur un mode classique, le scrutin uninominal à deux tours, même mode de scrutin que l'élection présidentiel. Ce mode de scrutin avait pour principale qualité d'être bien connu des électeurs français, confrontés lors des primaires à un nouveau type d'élection. Comme lors de l'élection présidentiel, le vote ne pouvant se porter que sur une seule personne, il y a un risque qu'une candidature appréciée ne reçoive pas l'intégralité des suffrages de ses supporters car ces derniers peuvent préférer le choix du vote utile vers une candidature qui parait plus à même de gagner l'élection finale. Par exemple en 2011, certains sympathisants de Manuel Valls ou de Jean-Michel Baylet ont surement préféré voter pour François Hollande ou Martine Aubry pour leur capacité à gagner contre le candidat Sarkozy. Leur score se retrouve faussé et leur influence mal-estimée. 
Pour éviter cela, Terra Nova propose un scrutin au "jugement majoritaire". Les électeurs donnent leur jugement sur l'ensemble des candidats. Chaque candidat, chaque courant, pourrait ainsi avoir une estimation de leur influence chez les électeurs participant à la primaire, c'est-à-dire la population des sympathisants de gauche. Ce jugement majoritaire n'empêchera surement pas de placer en tête de son jugement celui que l'on juge le plus à même de gagner l'élection (avec le potentiel vote utile) mais permet de nuancer son choix en précisant qui sont les autres candidatures qui nous ont convaincu. 

Des primaires pour toute élection
Le PS avec succès le test de la primaire citoyenne préparatoire à l'élection présidentielle. Pour les municipales, une poignée de communes ont tenté l'expérience, avec plus ou moins de succès, comme à La Rochelle où tous les participants n'ont pas joué le jeu et se sont présentés malgré le résultat de la primaire. Terra Nova propose qu'une primaire soit possible à tous les échelons des élections sous réserve que la demande d'organisation soit acceptée par les conseils nationaux des partis participants. Des primaires locales, en respectant les deux propositions ci-dessus, permettraient de définir la composition d'un conseil municipal ou d'un conseil régional. Une primaire largement ouverte pour les futures échéances régionales doivent permettre de départager les querelles d'égo entre deux sortants (question qui doit surement se poser avec les dernières fusions de régions) mais aussi de mieux comprendre l'influence des écologistes, des communistes et des socialistes régionalement. Les électeurs sympathisants de gauche pouvant s'exprimer librement pour indiquer leurs préférences et donner leurs faveurs à des candidats bien implantés localement.

La primaire pour la présidentielle, c'est pas automatique
A gauche, certains veulent une primaire pour l'élection 2017 avec l'espoir qu'elle donne un nouveau souffle à la gauche et fasse émerger un successeur à François Hollande. Encore une fois, je suis d'accord avec Terra Nova. Cette primaire doit être systématique quand la gauche est dans l'opposition mais ne doit se tenir quand elle est au pouvoir que si le président sortant le décide. Si je n'imagine pas un président en activité se prêter à l'exercice d'une primaire interne, l'organisation d'une primaire ne peut se tenir qu'avec l'accord de ce dernier. Seul intérêt à une primaire incluant François Hollande avant l'échéance de 2017 serait une "primaire de coalition" (pour reprendre l'expression de Terra Nova) avec toutes les autres forces de gouvernement. Cette primaire permettrait d'éviter la dispersion des voix de gauche lors du premier tour de l'élection présidentiel et donc donnerait toutes les chances au candidat de gauche pour se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle.

De ces propositions, je retiens qu'une primaire à gauche n'a du sens que si elle s'ouvre au plus grand nombre de formations de gauche. C'était déjà mon souhait en 2011, ça devient de plus en plus primordial quand on voit qu'aux dernières départementales, la gauche s'est trop souvent retrouvée exclue du second tour laissant la place à des duels UMP-FN. Ces primaires ouvertes doivent être la base des accords électoraux et éviter de donner l'impression à une sur-représentation de certains partis partenaires du PS. Enfin, un scrutin au jugement majoritaire doit permettre de trouver une tête de liste qui plait au plus grand nombre et garantir normalement le plus large rassemblement lors de la campagne officielle.


Note de Terra Nova écrite par Alain Bergounioux, Anne-Lorraine Bujon, Michel Balinski, Rida Laraki, Thierry Pech : http://www.tnova.fr/note/primaires-et-si-c-tait-refaire

mercredi 20 août 2014

Juppé attaque pour contrer Sarkozy

La prochaine élection présidentielle se déroulera dans un peu moins de trois ans. François Hollande n’a pas encore atteint la moitié de son quinquennat. L’UMP est en train de préparer une élection interne pour choisir son futur dirigeant après la démission de Jean-François Copé. Toutes ces questions temporelles ne semblent pas embarrasser Alain Juppé puisqu’il a décidé que le moment était choisi de déclarer sa candidature à la future primaire UMP pour désigner le futur candidat UMP à l’élection présidentielle.

Alain Juppé, du haut de ses 69 ans, n’est pas un perdreau de l’année. Il sait très bien que cette annonce ne respecte pas un rythme naturel, qu’ainsi il se met en pleine lumière alors que ses silences et rares apparitions lui avaient procuré un statut de "sage" au près des sympathisants de droite. Mais à deux ans d’une hypothétique primaire et à trois ans de la date fatidique, le temps presse. Dans les deux semaines à venir, Nicolas Sarkozy va annoncer très officiellement son retour. La seule question qui se pose (et encore) est va-t-il daigner s’abaisser à se présenter pour prendre la tête de l’UMP ou va-t-il soutenir un sous fifre candidat qui aura la charge de préparer son retour pour 2017.

En se déclarant candidat à la primaire, il impose au futur patron de l’UMP l’organisation de cette primaire. Il empêche Nicolas Sarkozy de se présenter comme le seul recours possible de la droite pour sauver la France. En 2007, Juppé avait accepté de se coucher devant un Nicolas Sarkozy qui s’était rendu seul maitre à bord de l’UMP. Il ne veut pas se faire avoir dix ans plus tard. Avec cette candidature, Alain Juppé essaye de se positionner au dessus des querelles internes de partis. S’il a accepté de participer au triumvirat, c’est uniquement pour « remettre de l’ordre dans la maison UMP ». En revanche hors de question de jouer le chef de file de l’opposition pendant 3 ans.

Dans sa déclaration de candidature, Alain Juppé se montre sévère envers tous ses camarades qui sont restés sur la ligne Sarko-Buisson. Il souhaite une ouverture large vers le centre et l’abandon de l’idéologie de repli sur soi du FN. Son ouverture au centre est sa première condition à une victoire de la droite.
Sa deuxième condition est plus bancale. Il part du postulat que la situation de la France en 2017 sera la même qu’actuellement en août 2014. Pour cela il veut que la France renoue avec la croissance, tout comme le gouvernement actuel. D’après lui, le "facteur déclenchant sera le retour de la confiance des acteurs économiques, investisseurs et producteurs, consommateurs et exportateurs. Et la confiance se construit sur l’apaisement des tensions inutiles, sur la visibilité et la stabilité des politiques publiques, sur le dialogue dans le respect entre les partenaires". Il exprime ainsi l’exacte ligne du gouvernement Hollande-Valls : maintenir le cap politique actuel, travailler avec les partenaires sociaux pour réformer (ANI, formation professionnelle, les futurs seuils sociaux).

Alain Juppé a décidé de partir tôt pour avoir, au moins pour quelques jours, l’avantage sur Sarkozy, Wauquiez ou Fillon. Absence d’idées nouvelles ou peur de se faire piller son programme, l’annonce de Juppé n’est qu’une déclaration remplie de critiques mais sans contenu. Ses opposants, qu’ils soient de son parti ou de gauche, n’ont donc pour le moment que des arguments fallacieux comme son âge ou son passé judiciaire pour l’attaquer. Sur ce dernier point, il a payé pour ce qu’il a été condamné. C’est le but des peines et du principe de réinsertion. Une fois la peine purgée, on redevient un citoyen comme les autres. Critiquer son retour est un non sens, spécialement pour les sympathisants de gauche. Au même titre, je pense qu’on aurait tort de résumer Alain Juppé à un homme qui aura 72 ans en 2017 (et donc 77 ans à la fin du prochain quinquennat). Il me semble plus apte à diriger que de nombreux quinquas de l’UMP aux dents longues mais sans ligne directrice.

C’est justement de sa fidélité à sa pensée politique qu’il faudra se méfier du candidat Juppé. Il prône l’apaisement et le dialogue dans le respect alors qu’il a réussit à faire descendre plus d’un million de manifestants quand il était Premier Ministre. C’est cette politique libérale qu’il faudra suivre et contrer. Quand François Fillon parle ouvertement de réforme à la Thatcher, Alain Juppé se tait mais n’en pense pas moins.

Le duel Alain Juppé / Nicolas Sarkozy, n’est pas un conflit de génération mais deux visions distinctes de ce que doit être la droite française.

mardi 4 juin 2013

Mon édito pour Mediavox : "Primaires ouvertes, paris perdus"

image extraite du blog
parisperdu
Il y a quelques jours, l’UMP organisait ses premières primaires ouvertes pour désigner leur candidat ou candidate aux prochaines municipales de 2014. Des élections étaient organisées dans les deux plus grandes villes françaises, Paris et Lyon. Pour ces deux villes l’enjeu est le même pour l’UMP, regagner les clefs des deux mairies historiquement à droite mais passées sous le contrôle de la gauche depuis 2001.

Si l’enjeu est le même, la méthode employée diffère largement et au final les résultats aussi, seules les conclusions sont identiques. A Paris, l’UMP s’est encore une fois donnée en spectacle. Des candidats se sont traités de menteur en débat télévisé, d’autres ont formulé ouvertement des soupçons de fraudes une semaine avant l’ouverture du vote enfin certains ont demandé la suspension du vote moins de 12 heures après son ouverture. Comment en sont-ils arrivés là ? En voulant jouer les apprentis sorciers de la démocratie, l’UMP a tenu à organiser un vote exclusivement électronique, au mépris des conseils d’experts sur le sujet tels que la CNIL. A Lyon, l’UMP locale a été plus discrète, moins novatrice, mais un peu plus efficace. Avec des bureaux de vote traditionnels, des urnes et des bulletins classiques et une unique journée de vote, aucun accroc ne semble avoir émaillé le scrutin.

Malgré ces différences d’organisation, plusieurs conclusions ressortent de ces scrutins. La première est purement technique...
 

Vous pouvez lire la suite de ce billet sur Mediavox.fr

samedi 1 juin 2013

Primaire UMP à Paris, échec à tous les étages

La primaire de l'UMP pour la désignation du ou de la candidate à la mairie de Paris est ouverte depuis vendredi matin. Le scrutin se terminera lundi soir. Cette primaire locale ouverte à tous les citoyens se voulait le pendant à droite de la primaire citoyenne organisée par le PS et le PRG à l'automne 2011 pour choisir leur candidat à l'élection présidentielle.

De nombreuses discussions se sont tenues pour déterminer la meilleure organisation possible. Un consensus s'est formé au début de l'année 2013 sur un calendrier assez simple : course aux parrainages pour les prétendants / campagne électorale en parallèle de la phase d'inscription sur les listes électorales propres à la primaire / vote sur internet. Bref, tout semblait en place pour que cette campagne et ce vote se déroulent dans les meilleures conditions. Suite à l'élection de François Hollande, Laurent Binet, qui l'avait suivi du début des primaires jusqu'au soir du second tour de l'élection présidentielle, avait publié son récit de campagne avec un titre qui résumait sa pensée, "Rien ne se passe comme prévu". Dans un registre totalement différent, pour cette primaire à droite aussi, rien ne se passe comme prévu.

La course aux parrainages devait permettre d'éviter les candidatures farfelues. Au final, 6 candidats ont réussi à rassembler les signatures demandées, ce qui est un nombre tout à fait honorable pour une élection, surtout que parmi ces 6 candidats se trouvaient 2 anciennes ministres (Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet), un maire d'arrondissement (Jean-François Legaret), un président-délégué d'un parti allié à l'UMP (Franck Margain, du Parti Chrétien Démocrate), un conseil d'arrondissement (Pierre-Yves Bournazel) et un entrepreneur (Chenva Tieu). Premier accroc, malgré ses signatures, Rachida Dati retire rapidement sa candidature en mettant en cause l'organisation des primaires : "Que l'UMP désigne NKM et commençons la campagne municipale maintenant ! Elle a déjà été choisie par les médias et le système, la réalité est celle-là, même si je le regrette pour les autres candidats." Deuxième accroc, le candidat Chenva Tieu est déclaré inéligible pendant un an suite à sa campagne menée lors des dernières élections législatives, il se retire donc de la course.

La phase d'inscription sur les listes est ouverte le 22 avril et doit se clôturer le 28 mai au soir, quelques jours avant l'ouverture du scrutin. L'inscription se fait uniquement via internet et coute 3€. Toute personne inscrite sur les listes électorales parisiennes peut s'inscrire. Nouvel accroc, les inscriptions sont loin de répondre aux attentes des organisateurs. Au 28 mai, moins de 20 000 électeurs se sont inscrits. En guise de comparaison, c'est à peu près le nombre de votants au niveau nationale à la primaire ouverte d'Europe Ecologie Les Verts en 2011. Le PS avait mobilisé plus de 160 000 électeurs uniquement à Paris pour déterminer son candidat à l'élection présidentielle. Dernier chiffre, mais pas le moindre, l'UMP compterait en 2013 environ 30 000 adhérents parisiens. Il y a donc au moins 1/3 des adhérents parisiens qui n'ont pas souhaité participer à ce vote. Ce chiffre de l'abstention dans les rangs de l'UMP est fort probablement plus élevé encore puisque l'inscription est ouverte à tous. Conséquence, un autre point noir s'ajoute au tableau. La direction de l'UMP choisit en plein milieu de la campagne des primaires de modifier les règles et d'autoriser les inscriptions jusqu'à la fin du 1er tour, ceci sans avoir l'accord de 3 des 4 candidats, ce qui alimentera des premiers soupçons de fraude en interne.

La campagne électorale devait se dérouler dans une bonne ambiance. Les candidats s'étaient engager "à se respecter mutuellement et à ne pas tenir de propos offensants ou risquant d’amoindrir leurs chances de victoire à l’élection municipale parisienne." Si les candidats ont globalement joué le jeu (à part une menteuse à destination de NKM et d'autres petits pics), le principal accroc risquant d'amoindrir les chances de victoire finale est venu de Guillaume Peltier qui s'est invité dans la campagne parisienne pour appeler à faire front contre la favorite Nathalie Kosciusko-Morizet à cause de son absence de prise de positions lors du débat sur le mariage pour tous.

La tenue du vote se devait d'être exemplaire après la mauvaise image montrée lors de la primaire interne de l'automne 2012 pour la désignation du chef de l'UMP. L'UMP a donc fait appel à un prestataire externe, filiale de La Poste pour gérer le système de vote. Le vote électronique semble avoir été privilégié pour 2 raisons :
  • le temps de préparation : fin janvier, un élu UMP du 4ème arrondissement, Vincent Roger, expliquait "les socialistes ont mis un an pour organiser leur primaire présidentielle en 2011 à Paris ; il y avait 203 bureaux de vote. Ça ne s’improvise pas."
  • le coût : le site de la primaire UMP rappelle que l'organisation a couté 225 000€ au PS uniquement pour la mise à disposition des locaux.
De plus, l'UMP garantit que toute l'organisation du vote est réalisée en accord avec les recommandations de la CNIL... Pas de chance, la CNIL déconseille explicitement de recourir au vote électronique pour des élections politiques, comme le rappelait encore cette semaine Elooooody. Autre faute à pas de chance, le coût de l'organisation du vote devrait être aux alentours de 150 000€, donc pas si loin du coût de la primaire socialiste. Mais à 3€ le prix fixe pour l'inscription, il faudrait au moins 50 000 inscrits pour commencer à rentrer dans les frais. Il en manque donc 30 000...
Mais le pire reste à venir. Depuis l'ouverture du vote en ligne, des journalistes de Métro et du Nouvel Obs ont donné raison à la CNIL. Ils ont montré preuve à l'appui qu'il était facilement possible d'inscrire des personnes contre leur consentement puis de voter à leur place. Déjà que des soupçons de fraude occupaient l'esprit des "petits candidats", il ne leur en a pas fallu plus pour demander l'arrêt du scrutin.

Après avoir longuement critiqué la primaire socialiste en 2011, j'imagine que les dirigeants UMP n'ont pas voulu perdre la face en reprenant la recette qui fut un succès. Pourtant, le contact humain est primordial. Je suis convaincu qu'une des raisons du succès de la primaire de l'automne 2011 fut le grand nombre et la grande visibilité des bureaux de vote. Les sympathisants, mais aussi les curieux, ont pu venir observer le déroulement avant de se décider de participer ou pas. De plus la présence de militants pour expliquer le déroulement a aussi permis de rassurer les plus inquiets mais aussi d'expliquer correctement le fonctionnement. Ces explications ont été très utiles à la partie la plus agée de l'électorat qui n'est pas obligatoirement la plus à l'aise avec l'informatique et encore moins avec les paiements sur le web.

Cette primaire avait toutes les cartes en main pour en faire un succès : des candidatures diverses et variées avec deux prétendantes de stature nationale (puisque anciennes ministres), une volonté théoriquement légitime de changement pour les sympathisants de droite après 12 ans de gauche à l'Hôtel de Ville, des retours d'expériences récents à Paris ou dans d'autres grandes villes européennes et un soit disant peuple qui gronde et qui veut mettre à mal le gouvernement socialiste en place. Au final, la faible participation qui se profile semble indiquer une certaine satisfaction de l'action des socialistes à la tête de la ville de Paris, cette participation semble aussi ne pas avoir réussi à capitaliser sur les dizaines de milliers de Parisiens qui se mobilisaient contre la loi Taubira et l'UMP montre une nouvelle fois une image d'un parti qui agit à vue, sans retenir les leçons du passé et sans trop réfléchir à la mise en application de leurs idées. Heureusement pour eux, les municipales auront lieu dans 10 mois, le ou la candidate désignée aura le temps d'essayer de gommer ce mauvais début de campagne.

mardi 5 février 2013

Des primaires à Paris, oui mais quand ?

La préparation de l'élection municipale à Paris avance. Il y a deux mois, j'évoquais l'officialisation de la tenue de primaires pour le candidat socialiste. Déjà à l'époque, il y avait des discussions au sein de la fédération parisienne entre un vote des sympathisants avant les vacances d'été ou à l'automne (comme pour la primaire de 2011). Si le calendrier printanier semble toujours privilégié par la direction socialiste, le think tank Terra Nova a publié la semaine dernière une nouvelle note sur les primaires pour les municipales où ils encouragent la tenue de primaire à l'automne, en proposant d'ailleurs les mêmes dates que pour l'élection présidentielle il y a 2 ans, c'est à dire les 6 et 13 octobre. 

Outre des contraintes matérielles (dont la mise à disposition des listes électorales), une primaire automnale aurait le mérite de permettre aux différents candidats d'avoir le temps de se présenter et de se faire connaître des sympathisants (et des autres électeurs également). En effet, en organisant une primaire à la fin du printemps, c'est à dire dans 3 ou 4 mois, l'élection risquerait fort de se gagner grâce à une "prime de notoriété" et non sur un véritable débat de projets. 

De plus, si la gauche parisienne veut partir souder à l'élection municipale, il faudra prévoir du temps pour correctement s'organiser avec les différents partis souhaitant participer à la primaire. Il semblerait que le PRG soit de nouveau intéressé par le processus. Qui à Paris connaît un Radical de gauche, connaît ses idées et ses ambitions pour Paris et le Grand Paris ? Les écologistes font partis de la majorité municipale depuis 2001 et auront aussi à défendre leur bilan et leur projet pour l'avenir. S'ils participent à cette primaire, comment garantir un débat de bonne tenue avec une élection dans 4 mois ?

Enfin, il y a la désignation des candidats. Le rapport de Terra Nova propose un principe de parrainage citoyen pour éviter les candidatures farfelues à la primaire. Ce parrainage pourrait demander de recueillir 1% du corps électoral parisien, soit 12 500 signatures environ. On peut imaginer un autre mode de désignation réalisé par la base militante des partis organisateurs. Dans ce cas il faudrait atteindre un certains seuil de soutien militants. Dans tous les cas, cette pré-campagne et cette collecte de parrainage semble être une étape essentielle et donc à prendre en compte dans le calendrier général.

Il ne faut pas oublier que si la primaire citoyenne de 2011 a été un grand succès à Paris, c'est aussi car il y a eu énormément de réunions de préparation durant 2 ans aussi bien au niveau national qu'au niveau municipal pour réussir que tout soit irréprochable de bout en bout.

Un dernier argument pour la route, même si ce n'est pas le plus important, l'UMP a acté aujourd'hui une organisation de primaire à droite et donc ouverte à tous pour les municipales de 2014. Il semblerait que le mode de fonctionnement soit très similaire à la primaire de 2011 (charte de valeurs, contribution symbolique) et qui se tiendrait avant l'été. Autant ne pas surcharger l'emploi du temps politique des Parisiens et donc attendons l'automne. Seul bémol, le choix du candidat UMP risque d'influer sur le choix du candidat de gauche, et ce n'est pas toujours bon signe...