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samedi 15 août 2015

Pensées à tous les persécutés d'Orient

Pour ce 15 août, certaines églises françaises ont fait sonné leurs cloches en solidarité avec les Chrétiens d'Orient, persécutés dans leurs pays. Le principe est original. L'athéisation de le France semble avancer à marche forcée puisque les églises se sentent obligées de trouver une excuse pour faire sonner leurs cloches, ce qui est idiot puisqu'à longueur d'années, ces cloches sonnent et d'autant plus aujourd'hui, jour de l'Assomption.

Comme ça fait de nombreuses années que je n'ai pas écouté les prédications d'un prêtre dans une église, je n'ai pas tous les tenants et aboutissants de cette nouvelle journée de solidarité. Ce qui fait que je ne comprends pas pourquoi les chrétiens d'Occident ont décidé de choisir lesquels de leurs prochains ils aideront.

De ma perception de l'actualité, la vie en Orient n'est pas facile tous les jours. En Irak, les chiites sont régulièrement la cible d'attentats des sunnites de Daesh. En Syrie, toutes les communautés religieuses sont prises en étau entre le terrorisme de Daesh et la folie totalitaire d'el-Assad. Les chrétiens et leurs lieux de culte sont la cibles des terroristes, mais les alaouites sont promis à un avenir très sombres dès que la protection d'el-Assad aura pris fin. Les druzes du sud de la Syrie sont martyrisés par les djihadistes d'Al Qaeda et ont besoin de l'aide des Israéliens. Au Liban, c'est les chiites du Hezbollah qui terrorisent une partie de la population. En Israël, les arabes musulmans sont considérés comme des citoyens de seconde zone et des ultra-orthodoxes mettent le feu à des églises, dont celle célébrant le miracle de la multiplication des pains. Si on s'éloigne un peu plus vers l'est, en Birmanie, des bouddhistes mènent une guerre contre leurs concitoyens musulmans.

Je ne sais pas si le 15 août est le jour de la solidarité internationale, mais si on peut attirer le regard sur les situations critiques en Syrie, en Irak, en Cisjordanie pour toutes les populations alors cette journée servira peut être à quelque chose. Ayons donc une pensée particulière pour tous les chrétiens qui ont perdu une vie protégée par d'anciens dictateurs, ayons également une pensée pour les juifs de la région éduqués dans la peur de leurs voisins, ayons une pensée pour tous les musulmans, peu importe la branche de leur islam car le persécuteur devient si rapidement le persécuté et enfin ayons une pensée à tous les habitants de ces pays, croyants ou non, pratiquants ou non, qui vivent au quotidien dans la peur. Pensées aux habitants d'Orient, qui vivent tous dans des pays magnifiques et qui ne peuvent pas en profiter comme ils le devraient.

mardi 8 avril 2014

Père Frans, une des 150 000 victimes en Syrie


Le père Frans (à droite) célébrant une messe
à Homs en 2007
Il y a des nouvelles affreuses qui vous arrivent de bon matin et dont il est difficile de faire abstraction. Ce matin, le point info de 8h01 a une nouvelle fois évoqué le conflit syrien en une simple phrase. Inutile d’en faire plus que de rappeler inlassablement que ce conflit est sans fin et que quotidiennement des personnes y meurent. Pourtant cette phrase, prononcée rapidement entre 2 autres sujets m’a fait poussé un cri d’effroi. Quel était le sujet précédent ? Quel était le sujet suivant ? Aucune idée, le point info de 8h ce matin, débuté sous les excuses de Marc Voinchet pour cette minute de retard, s’est résumé en cette unique phrase.

« Le père Frans Van Der Lugt a été assassiné devant son domicile à Homs, en Syrie. »
J’avais eu la chance de rencontrer le père Frans lors de mes deux séjours syriens. Le prêtre animait la communauté chrétienne de Homs depuis de nombreuses années. Je l’avais tout d’abord rencontré pour le mariage de mon cousin. Si la religion n’est pas le domaine principal des préoccupations dans ma famille, le père Frans réussissait à nous atteindre avec ces mots. De la même façon, quand je l’ai revu quelques années plus tard, animant un de ces nombreux week-ends pour la jeunesse de Homs, il discutait librement, malgré la différence d’âge avec ses jeunes protégés, de la vie quotidienne, de l’avenir.

Depuis le début du conflit syrien, le père Frans avait décidé de rester à Homs. La Syrie était devenue son pays d’adoption et il ne voyait pas pourquoi il l’abandonnerait dès que la situation tournait au vinaigre ou, dans le cas présent, à l’état de siège. En début d’année 2014, peu de temps avant le 3ème anniversaire du conflit, il avait lancé un appel à l’aide à la communauté internationale. Homs mourrait du siège des forces d’Al Assad. La nourriture manquait à toute la population cloitrée dans la ville. Les nouveau-nés étaient difficilement alimentés. Le prêtre hollandais expliquait : "Notre ville est devenue une véritable jungle. Nous faisons de notre mieux pour agir fraternellement, de manière à ne pas nous retourner les uns contre les autres à cause de la faim." Il expliquait également les conséquences de cet enfermement forcé sur l’état psychologique des habitants : "Certains souffrent de troubles mentaux : névrose, crises de panique, épisodes psychotiques et schizophréniques, paranoïa. J'essaie de les aider, non pas en analysant leurs problèmes, car ils sont flagrants et il n'y a pas de solution ici, mais en les écoutant et en leur donnant le plus de nourriture possible."

Lundi 7 février, le père Frans est mort abattu d’une balle dans la tête. Son nom rejoint les 150 000 victimes syriennes depuis 2011. C’est la première fois que je suis confronté à la mort d’une personne au sein d’un conflit. Toutes mes pensées vont vers ses proches et toutes les personnes qui l’ont côtoyé ne serait-ce qu’une journée.

mardi 18 mars 2014

Syrie, 3 ans de conflits, c'est trop !

En 3 ans, des jeunes parents voient leur enfant grandir, apprendre à marcher, découvrir le monde extérieur et entrer à l'école maternelle. En 36 mois, l'adolescent a le temps de découvrir la vie lycéenne et même de passer son bac. Trois années peuvent être le temps d'un jeune couple pour décider de se fiancer et de passer devant le maire. 3 ans, c'est la moitié du mandat municipal que de nombreux amis vont tenter d'exercer en se présentant devant les électeurs ce dimanche et dimanche prochain. Pourtant à 3 600 km de Paris, peu d'enfants auront découvert l'école maternelle pour leur troisième anniversaire, peu d'adolescents auront vécu 3 années lycéennes tranquilles, peu de couples auront débuté une nouvelle vie pleine d'espoir et d'amour et aucun adulte n'aura tenté sa chance dans une campagne électorale.

En 3 ans, la Syrie a sombré dans une guerre civile ignoble. Il y a trois ans, les Tunisiens disaient « dégage ! » à Ben Ali, les Egyptiens mettaient dehors Moubarak, les Lybiens avec l'aide d'armées occidentales liquidaient Khadafi. Dans ce climat exaltant de printemps arabe, on se prenait à rêver d'un jeu de dominos qui destituerait Bachar Al Assad, le président syrien successeur de son père. Dès le début des événements syriens, la peur de la fureur d'Al Assad dont le père n'avait pas hésité à massacrer les habitants de la ville de Hama dans les années 80 avait ressurgi. Les manifestations se finissaient dans des bains de sang et rapidement les places fortes de la rébellion se sont transformées en villes assiégées où les snipers et les chars règnent en maîtres.

En 3 ans, aucune force occidentale n'est venue soutenir le régime d'Al Assad et encore moins l'Armée Syrienne Libre. Certes des voix se sont élevées pour réclamer la fin des combats, le départ de la famille Al Assad du pouvoir, l'arrêt des ventes d'armes. Des organisations humanitaires ont demandé de respecter les médecins, les chirurgiens, tous les personnels soignants qui étaient pris pour cible par les militaires du régime. Des journalistes sont morts en essayant de couvrir les événements, d'autres furent grièvement blessés, enfin certains, dont Edouard Elias, Didier François, Nicolas Hénin et Pierre Torres sont retenus en otages par des rebelles.

En 3 ans, l'attrait pour les révolutions arabes a baissé. L'urgence médiatique n'aime pas ces conflits qui s'éternisent. Aujourd'hui, on préfère s'inquiéter de ces jeunes Français qui s'enrôlent au près de rebelles islamistes extrémistes pour mener une « guerre sainte » contre des adversaires dont ils ne connaissent rien, ni la culture, ni la religion, que de s'alarmer pour les Syriens. Pourtant il doit y avoir environ 146 000 Syriens morts depuis le début du conflit. On estime à 2,5 millions de Syriens qui ont fuit à l'étranger. En tout, l'ONU annonce que 9 millions de Syriens ont du quitter leur domicile.

Cela fait 3 ans que la Syrie est en guerre civile. Aujourd'hui des rebelles « civils » s'affrontent à des rebelles « religieux », tous combattants l'armée régulière du pays. Ces trois années ont détruit la Syrie. Son patrimoine est en passe de devenir un champ de ruine, sa nation est déjà en ruine, la haine ayant remplacé la patrie. Quel que soit le résultat de ce conflit, des séquelles risquent de pourrir la vie syrienne pendant de très nombreuses années. Pourtant, il faut que tout cela cesse, que les combats s'arrêtent le plus tôt pour commencer au plus tôt la reconstruction du pays et de sa nation. Après 3 ans, il faut vraiment que ça cesse. Khalas !



Ce billet a été écrit et publié pour "l'édito des blogueurs" sur Mediavox.fr 

lundi 30 décembre 2013

Abécédaire de l'année 2013 - suite et fin

La dernière page de ma rétrospective de l'année avant de se préparer à tourner la page de 2013 au profit de 2014. De la Syrie à Zlatan Ibrahimovic, voici les 8 dernières lettres d'une année 2013 riche d'actualités à commenter.



S comme Syrie : Cela va bientôt faire 3 ans que la Syrie est en guerre civile entre une partie de la population qui souhaite la fin du régime autoritaire de la famille El-Assad et les soutiens au pouvoir actuel. Pire d'année en année le conflit devient de plus en plus inhumain. L'année 2013 aura été marquée par l'utilisation avérée d'armes chimiques sur les populations civiles dans diverses villes du pays. On a longtemps cru à une internationalisation du conflit avec l'envoi de forces américaines et européennes en représailles mais une solution pacifique de recensement puis de destruction de ces armes chimiques a été trouvé. Pendant ce temps, ce sont toujours des dizaines de milliers de Syriens qui fuient leur pays et d'autres dizaines de milliers qui y meurent.

T comme Taubira : Comme une évidence, c'est ma personnalité de l'année. Ses interventions lors des débats sur le mariage pour tous furent toutes grandioses tout comme son travail et ses explications sur la réforme pénale tant attendue. Dès sa nomination au poste de Garde des Sceaux, elle fut dans le viseur de cette droite aux relents racistes, mais tout s'est amplifié avec les attaques du Printemps Français et de la Manif pour tous. Pour son comportement face à ses attaques, pour son utilité à faire tomber les masques racistes et pour tout le travail abattu et pour celui à venir, bravo madame Taubira !

U comme Ukraine : A deux reprises en cette fin d'année l'Ukraine aura réussi à se placer sous les feux des projecteurs. Tout d'abord en football avec une rencontre d'anthologie entre l'équipe de France et l'équipe d'Ukraine en match de barrage pour la qualification pour le mondial brésilien de l'année prochaine. Cette rencontre semble avoir remonté la côte de popularité des Bleus au près des Français, à eux de confirmer l'année prochaine. Autre grande actu ukrainienne, le mécontentement de dizaines de milliers d'habitants de Kiev contre leur président et sa politique pro-russe et pour une politique plus orientée vers l'Union Européenne. Alors qu'il y ait de forts risques que l'élection européenne de 2014 soit boudée par les Français, il est beau de voir que cette Union est encore attirante et représente l'avenir et l'espoir pour certains.

V comme Valls : La comparaison est fréquente avec Nicolas Sarkozy et la tentation de qualifier Manuel Valls d'omni-ministre en référence à l'omni-président est forte. Surtout que si le ministre de l'Intérieur avait assez bien réussi ses débuts dans un poste toujours difficile pour les sympathisants de gauche, il a cumulé les faux-pas cette année avec, entre autre, ses propos sur l'intégration des Roms et sa distance affichée avec la politique menée par la ministre de la Justice. Il reste tout de même que Manuel Valls est bien un social-démocrate et nous sommes encore loin des politiques menées par Hortefeux, Besson et Guéant.

W comme William : Indirectement, lui et sa femme auront marqué l'actualité mondiale avec la naissance du nouvel héritier à la couronne du Royaume Uni. Cette naissance aura montré la certaine inutilité ou le difficile métier (selon le point de vue) des chaines d'information en continue qui auront du meubler des heures et des heures de direct devant la maternité en attendant l'arrivée du royal enfant.

X comme Xi Jinping : C'est le nouvel homme fort chinois de puis le mois de mars. Il n'y avait pas de suspens à l'arrivée de Xi Jinping à la présidence de la république populaire de Chine puisqu'il était le précédent président de la commission militaire du Parti Communiste Chinois. Pour le moment, Xi Jinping est loin d'être le président réformateur et plus démocratique qu'appellent les différentes organisations de défense des droits de l'Homme. Le Prix Nobel de la Paix 2010 est toujours emprisonné et sa femme toujours assignée à résidence, les idées contraires au régimes sont toujours censurées, on a même vu une tentative de camouflage pour cacher un attentat qui a eu lieu sur la place Tiananmen.

Y comme Yvelines : Les Yvelines ont encore brulé cet été durant 3 nuits d'émeutes suite à une interpellation musclée d'une femme voilée. Même si la ville de Trappes a considérablement changé et bien évolué depuis les années 80, elle montre qu'il existe toujours une incroyable tension entre la population et la police. On attendait du gouvernement une politique qui permettrait de changer l'image des forces de l'ordre en rétablissant une police de proximité, en agissant réellement contre les contrôles au faciès et autres traces de racisme. Ces émeutes ont montré qu'il y a encore du chemin à parcourir.

Z comme Zlatan : Comment ne pas finir cet abécédaire sans saluer ce joueur hors norme qui a donné l'impression d'être le seul artisan du titre de champions de France du Paris-Saint-Germain. En quelque mois, il a réussi avec l'aide des Guignols de l'Info à avoir un verbe à son nom, « zlataner ». Le géant suédois semble survoler le championnat de France et les supporters parisiens peuvent remercier les pétro-dollars qataris pour un si beau cadeau.

mercredi 18 septembre 2013

Frappes en Syrie, souvenons nous de la Serbie

Ancien ministère de la Défense détruit par l'OTAN
Début septembre, je suis parti durant deux semaines visiter la Serbie. Quand je quittais la France, les gouvernements français et américains réfléchissaient sérieusement à la réalisation de frappes aériennes contre la Syrie en représailles des attaques au gaz sarin probablement réalisées par l'armée syrienne.

En visitant la Serbie, j'ai souvent rencontré des traces des attaques de l'OTAN contre le régime autoritaire de Slobodan Milošević en 1999. A l'époque, l'armée serbe était en guerre au Kosovo contre les indépendantistes albanais. Après l'échec des différentes tentatives de négociation qui se sont tenues à Rambouillet, l'OTAN décide d'entamer des frappes aériennes sans l'accord de la Russie (alors partenaire de l'OTAN). L'objectif initial de ces frappes était de viser durant quelques jours la ville de Belgrade afin de forcer le gouvernement serbe à participer de nouveau à des négociations de sortie de conflit. Au final, l'OTAN aura bombardé la Serbie durant 2 mois (du 24 mars au 8 juin 1999), aura tué entre 488 personnes (d'après l'ONG Human Right Watch) et 5 700 (d'après l'état Yougoslave, donc Serbe) et aura causé de nombreux dommages matériels dans tout le pays.

Symbole des frappes de l'OTAN en centre-ville de Belgrade
Si le conflit a pris fin suite à l'arrêt des bombardements de l'OTAN et si le peuple serbe a dégagé Slobodan Milošević, aujourd'hui encore les bombardements de l'OTAN sont montrés dans tout le pays comme une injustice flagrante dont ont été victimes les Serbes. A Belgrade, l'ancien ministère de la guerre, situé en plein centre-ville et entouré de bâtiments sans le moindre accroc, est laissé dans l'état que l'on laissé les bombardements de l'OTAN. A Novi Sad, 2ème ville du pays et capitale de la Voïvodine, région riche par son agriculture et ses nombreuses industries, les piliers d'un pont détruit n'ont jamais été enlevés et une chronologie agrémentée de photos avant/après rappelle à tous les visiteurs de la forteresse Petrovaradin tous les dommages matériels et humains qu'ont provoqué les bombardements. A Niš, troisième ville du pays, on vous explique gentiment au détour d'une visite que tel endroit a réussi à être conservé tel quel jusqu'aux bombardements de l'OTAN et qu'il a fallu alors reconstruire.

L'enseignement de cet exercice de mémoire que nous imposent les serbes quand on visite leur pays est que malgré toutes les bonnes volontés pouvant accompagner une action militaire (en Serbie l'accélération du processus de paix, en Syrie la dissuasion d'emploi d'armes chimiques), les premières personnes qui en souffrent sont les civils. Ces civils n'ont rien demandé à personne pour la grande majeure partie d'entre eux, à Novi Sad et en Voïvodine la cohabitation entre les différentes minorités semble même extrêmement bien se passer. C'est d'ailleurs en ce sens que s'exprimait Novak Djokovic début septembre quand il appelait Barack Obama à ne pas reproduire les erreurs de ses prédécesseurs. En revanche, il reste ensuite dans l'esprit des habitants un sentiment d'injustice, parfois de revanche et souvent de défiance envers les pays voisins et les institutions responsables. 

Si la Serbie est profondément européenne (par la géographie comme par son histoire), ces ressentiments négatifs ne semblent pas les empêcher de se tourner vers l'Europe et l'Union Européenne, mais peut-on penser que cela se passera de la même façon en Syrie ? Bombarder un pays pour l'exemple et ne gagner que l'incompréhension des habitants sur place, n'est ce pas la meilleure des façons de provoquer un esprit de revanche et d'antagonisme vers l'occident et donc de nouveaux problèmes en perspectives ? 

Aujourd'hui, l'option militaire est pour le moment mise de côté. Il semble que nous ayons assisté à un bel exemple de l'adage romain "Si tu veux la paix, prépare la guerre". Espérons que ce soit effectivement le cas et que l'on ne reproduise pas les mêmes erreurs que dans le passé.

jeudi 29 août 2013

Il fallait aller en Syrie

Il fallait y aller, il était de notre devoir d'intervenir en Syrie. Non pas en tant que colonialiste, non pas en tant que peuple détenant la vérité et donneur de leçon, non pas en tant qu'accélérateur de l'histoire, mais en tant que protecteur. Le 11 septembre 2011, je souhaitais un joyeux anniversaire à Bachar al Assad en lui demandant de dégager en espérant que son départ mettrait fin aux massacres en Syrie qui avaient déjà fait 2 200 morts.

Quelques semaines plus tard, le 9 décembre 2011 et alors que je m'inquiétais du sort de la blogueuse Razan Ghazzawi, le compteur avait largement eu le temps de tourner et indiquait déjà 4 000 décès dont des centaines d'enfants.
Le 23 février 2012, la ville de Homs et d'autres vivaient de véritables sièges organisés par l'armée syrienne où des pluies d'obus s'abattaient sur la ville, sans discerner combattants rebelles ou citoyens sans endroit où s'exiler. Ma conclusion de l'époque était alarmiste : "Il semble tragiquement évident que si personne n'agit, Bachar Al Assad va rayer de la carte des pans entiers de son pays."

Le 16 avril 2012, je participais à la première vague blanche pour la Syrie, pour dire "STOP" aux massacres en Syrie. Cette action organisée par la FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme) et la LDH (Ligue des Droits de l'Homme), organisation que je ne classerais pas parmi les plus grands impérialistes de ce monde, voulait alerter les Français qu'il devenait urgent d'agir autrement qu'en envoyant des observateurs pour garantir la sécurité des Syriens.

Le 30 juillet 2012, c'était autour de Médecins du Monde de demander que des pays interviennent au moins pour garantir l'accès au soin des civils et le travail et la sécurité des ONG médicales sur place. Il faut dire que ces hôpitaux de fortune étaient souvent pris pour cible puisque l'armée d'état avait décidé que ce n'était que des caches pour "terroristes islamistes".

Le 9 août 2012, on apprenait que la France envoyait du matériel et des hommes pour venir en aide aux réfugiés présents de l'autre côté des frontières syriennes. Ces premières actions françaises entamées par notre nouveau gouvernement socialiste me redonnait de l'espoir, de l'espoir dans une action pacifique pour essayer si ce n'est pas de résoudre le conflit, au moins d'aider les innocentes victimes civiles. J'espérais que ces premières actions allaient démontrer l'inutilité de partir en guerre et que l'on pouvait encore croire en des solutions non violentes.

Le 25 février 2013, l'espoir estival s'en était allé. A l'occasion de la mort du reporter français Olivier Voisin, je reconnaissais que la longueur du conflit et l'inaction de l'ONU ou de la Ligue Arabe faisait que ce conflit sombrait dans l'oubli.
Quelques jours plus tard, à l'occasion de la vague blanche du 15 mars, je me faisais officiellement à l'idée que tout était trop tard. Après 2 ans de conflit, comment revenir à une situation normale ? Comment croire que le pays va pouvoir renaitre de ses cendres alors que la population est toujours autant divisée ? Comment imaginer même la réorganisation du pays sans vengeances, meurtres et autres représailles ?

Aujourd'hui, Américains, Français Anglais et surement d'autres se préparent à intervenir militairement. Il leur aura fallu 2 ans et demi et 110 000 morts pour se convaincre que ce qu'il se passait en Syrie était inadmissible. François Hollande veut intervenir pour punir le gouvernement d'Al Assad d'avoir utilisé des armes chimiques et ainsi de dissuader tout autre pays du globe d'utiliser ce type d'arme. Barack Obama a quant à lui annonçait qu'il ne s'engagerait pas là bas pour renverser Bachar Al Assad. Nous nous orientons donc vers une guerre sans d'autres objectifs que de dire : "tuez-vous mais élégamment s'il vous plaît !"
Pour rendre un peu plus intenable cette posture de donneur de leçons, Rosaelle nous rappelle que pour être crédible dans le combat contre les armes chimiques, il aurait peut être fallu agir contre tous ceux qui ont utilisé dernièrement des munitions au phosphore...

Il fallait y aller, il était de notre devoir d'intervenir, mais n'est-il pas trop tard pour que cette action servent à quelque chose ? N'y a-t-il pas d'autres moyens que d'entrer en guerre pour protéger des civils ? D'ailleurs, en allant bombarder la Syrie, combien de nouvelles victimes innocentes allons nous ajouter au macabre décompte ?

mercredi 27 mars 2013

"Il était une fois les révolutions", un livre de @Jujusete

Il y a quelques mois, Ju nous a livré son deuxième livre : "Il était une fois les révolutions". Julie Gommes de son vrai nom n'est pas que blogueuse, elle est aussi surtout journaliste. Au début de l'année 2011, elle enseigne dans une école de journalisme au Caire alors que la Place Tahrir est noire de manifestants. Sans le savoir, elle va être au cœur de l'histoire méditerranéenne et la vivra en Egypte, en Syrie et en Tunisie.

En Égypte, quand l'armée verra son matériel de journaliste (appareil photo, dictaphone), elle l'a prendra pour une espionne ("Quand j'étais espion"). Elle y verra le comportement de l'ambassade française avec les expatriés français ("le crâne ouvert", "Allô ?").

Ca bouge en Syrie, comme il n'était pas facile de savoir ce qu'il s'y passait réellement, Ju cache son matériel et part en tant que "touriste" ("Welcome to S…"). A l'époque Ju hésite entre les termes de "Révolte", "Révolution", "Insurrection" et "Guerre Civile" ("Une guerre civile ?"). Encore une fois, elle découvrira le langage diplomatique si particulier à l'ambassade française ("A l'ambassade").

Ju passera également en Tunisie, elle observera l'évolution avant / après la révolution ("Deux amoureux"). C'est aussi de là-bas qu'elle a écrit le texte qui m'a le plus touché sur une déclaration de vol à Tunis ("Au commissariat, du sang sur les murs").

Enfin, Ju nous présentera ce monde de l'ombre, des hactivistes qui se battent avec leurs armes pour faire d'internet un véritable lieu de liberté et de dialogue pour ceux qui ne peuvent pas parler à voix haute dans leur pays ("Quand les frontières n'existent plus").

"Il était une fois les révolutions" est un petit livre au grand cœur. Ju nous y montre des révolutions arabes humaines. La révolution égyptienne n'était pas qu'un nombre de jours successifs où la Place Tahrir fut occupée. La Syrie n'est pas qu'un nombre d'obus ou un nombre jour de siège. La Tunisie n'était pas que des personnes à bout qui se sont immolées par le feu. Ju nous décrit dans 43 petites histoires son quotidien, ses rencontres, ses joies et ses peurs, bref Ju nous livre un très beau livre d'histoires, Histoire du 21ème siècle et histoires personnelles. Bravo Ju pour ce bel ouvrage !

jeudi 14 mars 2013

15 mars : 2ans de conflit #StopSyria

Ce 15 mars 2013 est le triste anniversaire de la guerre civile en Syrie. Il y a 2 ans, on parlait contestation et rébellion d’une petite bourgade syrienne, Deraa. Depuis, la situation a empiré. La contestation a gagné le reste de la Syrie. Depuis la ville de Homs vit sous les tirs des rebelles et de l’armée. Certains quartiers sont rasés, quasiment tous portent des traces de tirs, d’obus. Ensuite, la ville d’Alep, 2ème plus grande ville du pays a été le théâtre de cette guerre civile, sans que le regard de Sauron Bachar ne se détourne et laisse respirer les habitants de Homs.

Ce 15 mars marque donc les 2 ans d’un printemps syrien qui s’est rapidement transformé en guerre civile qui refuse de dire son nom. Le gouvernement d’Al Assad fils persiste à se déclarer en légitime défense face à des forces terroristes étrangères. Les rebelles sont trop disparates pour former un gouvernement, entre laïcs militants de plus de démocratie et djihadistes se battant pour aboutir à une nouvelle république religieuse, comme c’est hélas le cas dans les voisins qui en ont déjà fini avec leur printemps.

Plus le temps passe, plus la solution de ce conflit et surtout l’avenir du pays est incertain. Comment ne pas soutenir ces syriens qui souhaitent plus de liberté et plus de démocratie dans un pays où il n’est pas étonnant d’avoir des agents des services secrets dans une classe de cours, où héberger un étranger rencontré par le site couchsurfing provoque une convocation au poste de police locale pour l’hébergeur, où l’ambassade française recommande aux journalistes freelance de ne pas photographier, de ne pas enregistrer de son, bref de ne pas travailler ?
Mais plus le temps passe, plus on a des retours des autres pays du printemps arabe. Aujourd’hui, on a vu les Frères Musulmans à la tête de l’Egypte, on voit les premières conséquences d’Ennahdha en Tunisie. Sur ce dernier, la révolution a été totale, on me racontait dernièrement une anecdote : « Sous Ben Ali, on pouvait s’embrasser dans la rue mais il était interdit d’y prier ; aujourd’hui c’est l’inverse. »
Enfin, plus le temps passe, plus il sera difficile de créer les conditions d’un vivre-ensemble. Chaque famille aura été victime de cette guerre, que ce soit en étant obligé de s’exiler à l’étranger ou au moins loin de sa ville (comme l’ont fait de nombreux Homsis), ou en ayant eu un proche tué au combat ou pire un membre de sa famille victime d’un tir de sniper (peu importe le coté).

Comme l’an dernier, mobilisons nous pour dire stop au conflit. Rassemblons nous sous cette vague blanche et espérons que cette vague soit la dernière. Pour que le 15 mars 2014 ne soit pas sous le signe de la Syrie, je vais reprendre les mots de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme :

Vendredi 15 Mars de 19h à 19h30h où que vous soyez, nous vous invitons à manifester pour dire “Stop” aux massacres en Syrie.
Sortez dans la rue, organisez des rassemblements, munis d'un tissu ou d’une feuille blanche siglé d’un STOP pour faire savoir au peuple syrien qu’il n’est pas seul.
Postez vos photos à l’adresse http://www.vagueblanchepourlasyrie.org/category/postez-votre-photo/ ou participez en tweetant avec le hashtag #SyriaStop
Propagez “Une vague blanche pour la Syrie” à travers le monde.
A Paris, rendez-vous place du Panthéon, à 19h précises.

lundi 25 février 2013

Dernières nouvelles de Syrie

Azaz, Syrie, le 15 août 2012 (Olivier Voisin)
Les combats durent toujours en Syrie, et ce depuis 2 ans à présent. L'actualité syrienne semble glissé tout doucement dans l'oubli, l'actualité n'aimant pas parler trop longtemps d'un même sujet. D'ailleurs même ce blog n'évoque plus si souvent ce conflit. Il aura fallu la mort d'un nouveau journaliste français pour évoquer de nouveau ce sujet. Olivier Voisin était photoreporter. Il avait fixé sur papier photos des scènes en Afrique, aux USA et donc depuis quelques mois en en Syrie.

Le 20 février, il a envoyé un mail à une journaliste italienne. Le lendemain, Olivier Voisin était blessé par un éclat d'obus, quelques jours plus tard, après quelques péripéties, il réussissait à atteindre la Turquie, où il est décédé ce week-end. Voici donc son dernier mail, son dernier témoignage :

Syrie, 20 février 2013
Enfin j'ai réussi par passer! Après m'être fait refusé le passage à la frontière par les autorités turques, il a fallu passer la frontière illégalement de nouveau. Un passage pas très loin mais à travers le no man's land avec quelques mines à gauche et droite et le paiement de 3 soldats. Me voilà tout seul à passer par le lit d'une rivière avec à peu prêt deux kilomètres à faire tout en se cachant pour ne pas se faire remarquer par les miradores. Putain, j'ai eu la trouille de me faire pincer et de faire le mauvais pas. Et puis d'un coup le copain syrien qui m'attend et que je retrouve comme une libération. Le sac et surtout les appareils photos faisaient à la fin 10000kg sur les épaules.
La Voiture est là avec les mecs de la section de combat que je rejoins au nord de la ville de Hamah, deux heures de route nous attendent et on arrive tous feux éteints pour ne pas se faire voir. Les mecs m'accueillent formidablement bien ! et sont impressionnés par le passage tout seul de la frontière plus tôt.
Les premiers tirs d'artillerie se font entendre au loin. J'apprends que les forces loyalistes tiennent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est représentée plutôt par les démarcations entre alawites et sunnites. Alors les forces d'Assad bombardent à l'aveugle et ils restent très puissants. Par chance les avions n'attaquent plus tant le temps est pourri!
Les conditions de vie ici sont plus que précaires. C'est un peu dure. La bonne nouvelle, je pense que je vais perdre un peu de ventre mais au retour je vais avoir besoin de 10 douches pour redevenir un peu présentable!
Aujourd'hui je suis tombé sur des familles qui viennent de Hamah et qui ont perdues leur maison. Ils vivent sous terre ou dans des grottes. Ils ont tout perdu. Du coup ça relativise de suite les conditions de vie que j'ai au sein de cette compagnie.
Je fais les photos et je suis même pas sûr que l'afp les prennent.
Il fait très froid la nuit. Heureusement que je me suis acheté un collant de femme en Turquie du coup c'est pour moi un peu plus supportable.
L'artillerie tire toutes les 20 minutes à peu prêt et le sol tremble souvent.
Le problème j'ai la sensation qu'ils tirent à l'aveugle et ont quand même des canons assez puissants pour couvrir une vingtaine de kilomètres.
Il y a peu de combats directs. Les mecs ont besoin d'à peu prêt 20000 us $ pour tenir en munitions entre 2 à 4 heures de baston. Du coup ils se battent peu. Ils font rien du coup la journée. Je me demande comment ils peuvent gagner cette guerre. Ca confirme ce que je sentais. La guerre va durer très longtemps. Alors le chef du chef vient parfois en rajouter une couche, apporte un mouton pour manger, les mecs vont alors couper du bois dans la forêt aux alentours. Il apporte aussi des cartouches entières de cigarettes et le soir fait prier tout son monde ! Certains sont très jeunes. Ils ont perdu déjà une vingtaines de leurs camarades, d'autres sont blessés mais sont quand même présents et je pense surtout à Abou Ziad, qui a perdu un oeil et c'est lui qui confectionne les roquettes maison pour les balancer durant les combats. Il est brave et courageux. Toujours devant, toujours le premier à tout, pour aider, pour couper le bois, donner des cigarettes, se lever. Avec quelques mots d'arabes on essaie de se parler. Evidemment les discussions tournent souvent sur la religion mais eux ne se considèrent pas salafistes. Entre nous si c'était le cas je serais plus vivant. J'aime être avec lui. Quand les autres me demandent des trucs -évidemment avec le matériel apporté- c'est toujours lui qui les "disputent" et de me foutre la paix!
Par rapport à Alep j'ai la sensation sensible que c'est moins lourd que pendant l'été. Cet été c'était du très lourd même si les vieux collègues disent que c'est rien en comparaison de la Tchétchinie. Certainement parce que j'étais plus proche des combats et que la mêlée était journalière. Ici encore un fois ça coûte tellement cher pour eux qu'ils ne se battent que de temps en temps. On est loin aussi de la Libye où ils avaient des munitions en vois tu en voilà. Et là on beaucoup plus sur de combats de campagne, rien à voir avec du combats de ville.
Alep vient d'être déclarée la semaine dernière la ville la plus détruite depuis la seconde guerre mondiale depuis Stalingrad.
Le commandant me demande quand la France va leur fournir une aide militaire? J'en sais rien! J'ai honte car ça fait depuis deux ans qu'on ne sait pas. On me dit que personne les aide et de quoi l'occident a peur. J'ai pas envie de lui répondre. On a peur de l'extrémisme qui se nourrit sans cesse du manque d'éducation intellectuelle de ces personnes qui considèrent que le coran sera le seul livre à lire... quoi faire? et puis merde je ne suis pas un homme de pouvoir ou politique. Je ne suis que le petit Olivier, qui crève la dalle avec eux et qui les emmerde car les combats directs se font attendre. Le problème, c'est ce que demande l'afp. Moins j'en fais, moins je gagne aussi et ce que je gagne c'est déjà pas fabuleux et plus les jours passent c'est autant de photos qu'on me demande de faire que je ne fais pas.
Et puis c'est vrai suis accro à cette cam' de merde. Aucune autre drogue sera aussi puissante que l'adrénaline qui d'un coup fait jaillir en nous des sensations incroyables, notamment celle de vouloir vivre.
Ce soir ça fera 3 jours que suis arrivé. Et comme à chaque fois j'oublie comme un idiot d'emporter un livre avec moi du coup, j'ai pas grand chose à faire le soir. Développer les photos prenant à peu prêt 2 h en moyenne et comme il n'y pas internet et que la conversion reste limitée je me retrouve comme un couillon.
La plupart des gars sont gentils avec moi et essaient de rendre mon séjour parmi eux le plus agréable possible. Ils posent 1000 questions sur Paris et la France et ne comprennent toujours pas comment je peux être français. Je dis alors que mon Père est français et ma Mère coréenne. Cela dit c'est pas la première fois que ça m'arrive! Dans tous les pays du sud on me prend pour un "chinois" même si dire que l'on est coréen est toujours mieux perçu! Comme à chaque fois imaginent ils comment vivons nous chez nous? et ce même avant la guerre? J'ai toujours du mal quand on me demande des photos de moi à Paris car le décalage est tellement fort. C'est comme ce que disait un vieil ami sur l'un de ses voyages dans les pays de l'est dès le début de l'après mur, les gens en Lituanie avaient du mal à comprendre que l'on puisse avoir des pauvres chez nous qui meurent de froid l'hivers.
Ne pas montrer ces photos (faudrait il aussi en avoir dans le laptop !) me permet de vivre le moment présent et non celui d'avant ou celui d'après.
Ce qui manque c'est un peu d'alcool! Si Dieu est sympa, ce serait bien que la prochaine guerre soit ailleurs qu'un pays arabe ou musulman! :-) que l'on puisse parler aux femmes aussi. Les mecs me demandent si j'ai pas des photos pornos aussi. Ca c'est rigolo... et triste en même temps car ce sera certainement pas après la guerre qu'ils en auront plus, avec ces crétins de moralistes religieux.
La violence est forte. La haine est très forte. Comment peut on entretenir une telle haine ? une telle envie d'aller tuer? J'ai vu des vidéos des habitants de Homs tabassés par les soldats loyalistes, j'ai jamais vu une telle violence et du sang de partout avec des hommes qui pleurent comme des enfants... et les coups qui continuent de tomber que ce soit les pieds, les mains, ou que ce soient les coups de canne qui fait jaillir le sang. Pourtant j'en ai déjà vu pas mal de ce monde de merde. Ces vidéos par leur violence si elles sont confirmées un jour par des témoignages, vu que l'on voit les visages des soldats, c'est le tribunal international. Nous occidentaux croyons ou bien sommes nous éduqués dans cette idée du droit, qu'il est possible de juger des hommes par des hommes. Mais comment le faire avec des gens qui ne croient qu'en la justice divine. L'après sera sanglant aussi, si toutefois cet après arrive. La question de la réconciliation est importante aussi pour nous par notre culture chrétienne. Je me répète mais en Pologne ou en Tchécoslovaquie après la chute du mur, j'y découvre très jeune cette idée de réconciliation dans des pays chrétiens qui souffraient également de persécutions dans des pays communistes. Mais la comparaison s'arrète là. "Cette confiance du coeur" dont nous parlait le Frère Roger de Taizé qui aura tant marqué mes amis et moi, encore aujourd'hui.
Plus que jamais c'est bien la prière des paras qui me vient à l'esprit à chaque moment de doute :"Mon Dieu, donne moi ce que les autres ne veulent pas, donne moi la bagarre et la tourmente, je Te le demande ce soir car demain je n'en aurais plus le courage".
Olivier
ps : désolé pour fautes d'orthographes et de grammaire mais pas le temps de relire !

Et voici 2 autres de ses photos :
Syrie, Août 2012 (Olivier Voisin)

Alep, Syrie, janvier 2013 (Olivier Voisin)

lundi 8 octobre 2012

Message d'espoir depuis Alep

Entrée de la citadelle d'Alep
Ça fait plus d'un an que je m'inquiète du sort de la ville de Homs et voilà plusieurs semaines (mois ?) que je suis avec inquiétude l'évolution des combats dans la ville d'Alep. Bombardements, attentats, combats de rue, rien n'est épargné à Alep et son si beau centre historique, comme rien n'a été épargné aux autres villes syriennes.

La semaine dernière j'ai reçu un très beau message d'une professeure au lycée français d'Alep. Avec son accord, je vous le partage tel que je l'ai reçu :

En 1997, l’école française a été rouverte à Alep après presque  40 ans de fermeture. Cela a été fait grâce aux gros efforts de beaucoup de parents, pour assurer une culture française à leurs enfants accompagnée de leur culture arabe, et également bien sûr sous la direction et le soutien de la prestigieuse Mission Laïque Française.
J’ai été parmi les premiers recrutés, pour enseigner dans cette école, qui est devenu après le Lycée Français d’Alep. Et depuis, chaque  Septembre, les élèves, le personnel administratif : Syrien, arabe et français certainement entamaient leur année scolaire.
Comme c’était touchant, le jour de la rentrée scolaire ,de revoir les élèves, grands et petits, portant leur cartable ,la joie et l’excitation sur leur visage, sans oublier les larmes qui coulaient le long des joues de quelques petits, larmes que j’essuyais rapidement avec amour et tendresse.
Le mois de Septembre 2012 s’est écoulé, mais le Lycée Français d’Alep n’est ni fermé, ni ouvert, la plupart des élèves ne sont pas rentrés, et sont dispersés dans les pays arabes et étrangers, où ils sont (étrangers), attendant avec nostalgie le retour dans leur célèbre ville et dans l’enceinte de leur école. Même les élèves restés à Alep n’ont pas fait de rentrée dans d’autres écoles, fermées elles aussi.
Septembre 2012 a survolé Alep, tout noir de fumée, d’incendie, de destruction, de mort, de tristesse et de dévastation.
La joie s’est éteinte dans les yeux des élèves, dans les miens aussi.
Mes précieux élèves : Là où vous êtes à Alep ou ailleurs ; vos beaux yeux innocents, votre esprit intelligent me manquent.
Je vous informe que je n’ai pas quitté Alep, que je vous attends et que j’attends aussi notre belle école.
Mes chers élèves et collègues : Je prie pour que notre pays  et notre belle ville d’Alep retrouvent la  paix et la sécurité, et que nous réintégrerons bientôt notre établissement.
Prière de partager ce message et de le diffuser à tout ceux qui connaissent des (anciens et actuels) : Elèves, collègues et membre de la direction du Lycée et de la MLF.

Siba Sayed Sommakia
(Enseignante au Lycée Français d’Alep).

Je remercie Siba pour ces nouvelles et ce message extrêmement touchant et j'espère de tout coeur que prochainement tous les jeunes Syriens pourront reprendre une vie normale et retourner en cours. 

Je profite de ce message pour répondre à l'appel de Rosaelle et de son billet optimiste. Je vais donc taguer Juju avec une pensée pour son ami syrien, Melclalex qui m'a fait découvrir Razan Ghazzawi l'an dernier, et Un dessin par jour qui arrive toujours à parler d'actualité avec humour.