Cela fait 5 jours que l'armée française est en action dans le nord du Mali. Jusqu'à ce mercredi, il s'agissait de la seule force armée étrangère à se battre sur le territoire malien. Si le déclenchement des hostilités par la France a pu sembler être décidé à l'improviste, cela fait de nombreux mois que la situation inquiète la diplomatie française. Petit flashback :
Le 21 mars 2012, un putsch militaire destitue le président malien Amadou Toumani Touré. L'ONU et la Cédéao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest) condamne ce coup d'état. Pendant que le capitaine de l'armée Amadou Sanogo prend le pouvoir, des touaregs aidés par des groupes islamistes, eux aussi en conflit avec l'état malien, prennent le contrôle de la moitié nord du Mali. L'ONG Human Rights Watch évoque des crimes de guerre perpétrés par les rebelles dans la région.
Le 10 avril, sous la pression de la Cédéao, le capitaine Sanogo cède son pouvoir au président de l'assemblée nationale malienne, Dioncounda Traoré.
En juillet, alors que la situation au Mali s'aggrave, une solution est recherchée sans la France mais avec les voisins africains pour essayer de remettre en ordre le sud du pays après les putschs ratés avant d'envisager une action contre le nord séparatiste. La discussion est prônée et une solution envisagée est la séparation entre le nord et le sud.
En septembre, Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, soutient la demande de résolution du Mali à l'ONU. En revanche, il est opposé à l'envoi de troupes françaises mais milite pour une intervention menée uniquement par les pays d'Afrique de l'Ouest.
En octobre, l'ONU a voté une résolution pour une action militaire au Mali. La ligne française est toujours de ne pas envoyer de troupes au sol mais d'aider les pays africains et surtout le Mali à renforcer le pouvoir démocratique.
Fin novembre, le premier ministre malien Cheick Modibo Diarra est à Paris pour présenter la feuille de route d'un processus pacifique. Il est prévu de mettre en avant les discussions au sein de l'assemblée nationale malienne et d'ouvrir en parallèle des discussions entre les touaregs et les représentants de l'état malien.
Le 17 décembre, Laurent Fabius a fait un point avec le ministre des Affaires étrangères malien. Toujours à l'ordre du jour une solution démocratique avec la constitution d'un nouveau gouvernement, l'ouverture de discussions avec les touaregs indépendantistes et le rappel du besoin d'avoir une armée contrôlée par le pouvoir civil (et non l'inverse).
Le 20 décembre, l'ONU vote une résolution "autorisant pour une période initiale d’un an" le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) "afin de rétablir la souveraineté malienne sur l’ensemble du territoire". Cette résolution demande la mise en place des négociations crédibles avec les séparatistes exceptés les 2 organisations terroristes (AQMI et MUJAO). Suite à cette résolution, le premier ministre malien Diango Cissoko a réalisé une tournée dans les pays d'Afrique de l'ouest afin de mettre en place le plus rapidement possible cette force armée africaine.
Le 10 janvier, alors que les combats s'intensifient dans le centre du Mali et donc élargissent la zone de rébellion jusque là confinée au nord du pays, le président malien appelle solennellement à l'aide la France.
Le 11 janvier, François Hollande s'adresse aux Français pour annoncer que l'armée française avait commencé à agir au Mali.
Depuis, une certaine unanimité s'est faite autour de cette décision à l'exception de quelques irréductibles, principalement à gauche du PS. Si la principale critique est un retour de l'impérialisme français, j'espère que ce résumé des précédents mois a pu montré que nous en sommes loin. Je n'ai pas l'impression que nous entrions dans une phase identique à la celle de la guerre en Afghanistan. Surtout qu'aujourd'hui François Hollande a rappelé que les militaires français n'avaient pas pour mission de rester plus de 4 mois. Si par malheur la mission française n'était pas terminée au bout de ces 4 mois, la suite des opérations sera débattu au parlement français. En attendant, on annonce l'arrivée de 2000 militaires africains d'ici 10 jours ainsi que l'aide des touaregs séparatistes pour combattre les terroristes islamistes.
Je ne crois pas à une guerre contre le terrorisme mais je crois à cette mission militaire ciblée contre des groupes terroristes. Je suis de nature pacifiste mais tant que nous maintiendrons une armée de métier dans notre pays, je préfère qu'elle soit utilisée pour venir en aide aux pays qui en ont besoin et qui le demandent expressément. Pour le moment donc, je soutiens pleinement cette action militaire française.
