jeudi 16 avril 2015

L'engagement citoyen ne passe pas que par une obligation de vote

Claude Bartolone a remis à François Hollande son rapport « Libérer l'engagement des Français et refonder le lien civique ». Ce rapport a fait un peu parler de lui pour une proposition, rendre le vote obligatoire en France. N'étant pas particulièrement favorable à cette mesure, j'ai tout de même lu le rapport pour voir si tout était du même acabit ou non. La surprise fut agréable, les thèmes sont variés, les propositions sont multiples et concrètes et certaines ont retenu mon attention.

Commençons par LA mesure phare du rapport, le vote obligatoire. On ressort régulièrement cette proposition, comme étant la seule possibilité qui semble émerger pour lutter contre l'abstention. Certes, si on oblige sous peine de sanction financière les citoyens à venir voter, le taux de participation devrait nettement s'élever. Mais à quel prix ? On veut lutter contre la montée des extrémisme et je m'offusque quand je vois 20 listes candidates aux élections européennes, dont la plupart n'ont même pas les moyens humains (je ne parle pas de l'aspect financier) pour faire campagne. En rendant le vote obligatoire, on s'oriente vers une multiplication des voix vers ces partis extrémistes ou farfelus. Si vous ne vous déplacez pas pour voter, c'est souvent car vous n'êtes pas convaincus par les propositions des principaux partis. En changeant le droit de vote en un devoir, vous allez surement venir voter, mais non convaincu par les principaux partis, vous allez utiliser ce bulletin de vote qu'on vous force à utiliser pour vous amuser et donner votre voix vers un parti farfelu, quand ce n'est pas pour un parti raciste ou anti-démocratique. Avec ce nombre de voix inespéré, ces partis loufoques non préparés au pouvoir vont débarqués dans les assemblées locales, nationales ou européennes et vont réussir à vous dégouter toujours plus de la vie politique. A mon avis il faudrait plutôt réfléchir sur comment construire de nouveaux projets, enthousiasmant pour la population et réalisable pour les exécutants, afin de redonner foi en l'action politique.

Au delà du vote obligatoire, Bartolone et son équipe de parlementaires ont voulu redonner de l'élan à l'action associative. Là je ne peux qu'applaudir et encourager leurs propositions. Par exemple, ils proposent de créer en seconde un stage associatif sur le modèle du stage de découverte en entreprise en classe de 3ème. C'est une excellente idée pour découvrir le monde qui nous entoure. Dans mon cursus d'études supérieures, j'ai du réaliser un stage d'un an (au rythme d'une journée par semaine) non pas dans un milieu associatif mais dans le milieu dit humanitaire. Pendant un an, j'ai essayé d'améliorer le quotidien d'enfants souffrant de cancers et hospitalisés sur de longues durées en leur apportant une assistance en informatique pour qu'ils puissent découvrir les outils, pour qu'ils puissent s'amuser sur des jeux vidéos comme tout autre enfant de leur âge. Ce stage m'a permis d'avoir un autre regard sur le monde qui m'entourait et je suis persuadé que si l'on montre aux jeunes adolescents ce qu'est la vie associative et comment simplement un peu de leur temps libre peut aider le quotidien d'autres, cela peut donner un sérieux coup de pouce à la vie associative.

Toujours pour encourager la vie associative et le vivre ensemble, le rapport propose la création d'un "crédit temps engagement" pour concilier vie professionnelle et activité bénévole associative. Encore une fois, vu de ma fenêtre, cela m'arrangerait énormément, que ce soit pour les activités militantes ou pour m'engager plus sérieusement dans d'autres associations et arrêter de n'être qu'un "adhérent de chéquier" faute de temps.


Pour améliorer la participation citoyenne à la vie de la cité, pour insuffler un nouveau souffle aux principales échéances électorales, Claude Bartolone propose également de rapprocher la date de cloture des listes électorales de la date de l'élection à 45 jours, plutôt que cette date symbolique du 31 décembre. Cela permet aux têtes en l'air de penser à s'inscrire sur les listes électorales après le début d'une campagne. Par exemple, cette année à Lyon et à Paris, la seule échéance électorale est l'élection régionale du mois de décembre. Toute personne ayant déménagé durant l'année 2015 ou tous ceux qui n'ont pas jugé utile de s'inscrire car pas au courant qu'une élection aurait lieu en 2015 ne pourront pas corriger leur erreur. Pire, imaginons une année sans élections de prévue mais avec une élection surprise suite à la disparition du président de la République ou suite à une dissolution de l'Assemblée Nationale. Les personnes pas assez prévoyantes se verraient aujourd'hui interdite d'exercer leur doit de vote. Tous ces cas ne seraient qu'une histoire drôle d'un temps révolu si on rapprochait la date de fin d'inscription possible sur les listes du jour du premier tour de l'élection.

Enfin, le rapport propose qu'afin d'inciter les réseaux d'universités populaires à se structurer, le monde universitaire soit plus impliqué en missionnant les enseignants chercheurs de participer aux activités de ces universités populaires afin de partager avec le plus grand nombre leurs savoirs et leurs avancés.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, voici ce rapport sur l'engagement citoyen et l'appartenance républicaine. Espérons que certaines de ces mesures voient le jour avant 2017.

mardi 14 avril 2015

A la santé de Marisol !

Nous ne verrons surement pas Marisol Touraine s’allumer un bon gros cigare ou s’enivrer au champagne devant les caméras pour célébrer le vote en 1ère lecture de sa loi santé à l’Assemblée Nationale. C'est pourtant  un grand cap qu’elle vient de réussir à passer avec succès. Ce mardi après-midi, 311 députés ont voté pour ce projet de loi presque aussi fourre-tout que la loi Macron (à croire que ce côté fourre-tout n’était qu’une fausse excuse utilisée par les frondeurs). Qu'y a-t-il dans cette loi en plus en plus que la généralisation du tiers-payant pour tous les Français ?

Lutte contre le tabagism
Les paquets de cigarettes vont être neutres. Impossible de choisir un paquet de Marlboro un soir de Ligue des Champions pour être aux couleurs de Monaco. Les buralistes vendeurs de cancer de poumon étaient bien sur contre. Ils ne vont surement pas aimer non plus l’interdiction qui leur est faite de s’installer à proximité d’établissements scolaires (comme des vulgaires sex-shops).
Si j’ai bien compris certains articles, les cigarettes menthol devraient être interdites, de même que les cigarettes à pastille de gout.
Les vapoteurs se retrouvent reléguer au rang de simple fumeur, ils devront sortir de leur bureau pour aller fumer.

Lutte contre l’anorexi
L’apologie de la maigreur excessive va devenir passible d’un an de prison. Pour arrêter de rêver devant des femmes irréelles, la mention « Photographie retouchée » devient obligatoire sur les photos de mannequins où leur apparence corporelle a été modifiée. D’ailleurs les mannequins ne pourront pas exercer leur métier si leur indice de masse corporel est inférieur à un seuil à définir.
A l’opposé, pour lutter contre l’obésité et la malbouffe, les fontaines à soda qui commençaient à fleurir dans les cafétérias sont à présent interdites.

Salle de shoot
Bertrand Delanoë voulait lancer l’expérimentation des salles de consommation à moindres risques à Paris il y a quelques années. La loi santé va enfin autoriser l’expérience.

Dons d’organes
Par défaut, vous êtes à présent donneur d’organe. Vos proches ne pourront plus s’opposer à ce don mais seront tout de même informé. Si vous ne voulez absolument qu’une partie de votre anatomie puisse sauver une vie, vous devez vous inscrire dans le registre national des refus.

Accès à l’IVG
Une excellente nouvelle puisqu’elle fait hurler les abrutis réacs d’Alliance Vita, toujours prompts à prier dans la rue contre l’avortement, le délai de réflexion d’une semaine entre les 2 rendez-vous pré-IVG obligatoires est supprimé. Les femmes font encore un pas vers l’entière disposition de leur corps.

Séropositifs mais beau devant la mort
Les soins funéraires vont être possibles sur les personnes séropositives. Historiquement le VIH était sur la liste des maladies contagieuses, d’où l’interdiction de soins funéraires. Le VIH étant transmissible mais pas contagieux, cette discrimination après la mort n’a pas lieu d’être. En revanche, si vous souffrez d’Ebola, alors vous n’aurez pas le droit à ces soins funéraires.

Don du sang pour tous
C’est grâce à un amendement socialiste que cette discrimination prend fin. A présent, « Nul ne peut être exclu du don de sang en raison de son orientation sexuelle. » Ca va tout de même mieux quand c’est écrit noir sur blanc dans la loi et dans le code de la santé publique.

Merci Marisol Touraine pour toutes ces avancées ! Merci aux 311 députés qui ont fait en sorte que cette loi passe avec succès le premier écueil malgré les fortes oppositions des médecins et des buralistes.

lundi 13 avril 2015

Un congrès, 4 motions, quel intérêt ?

Le Parti Socialiste est pleinement entré en phase de congrès. Cela signifie qu'après la phase des contributions générales et thématiques, les signataires de ces contributions se sont retrouvés dans ce que le jargon socialiste appelle des motions. Début février, c'était 27 contributions générales qui étaient publiées et recherchaient les signatures de militants socialistes pour avoir un aperçu du poids des idées qu'elles contenaient. Ce week-end, les 27 contributions se sont transformées en 4 motions. Cela signifie-t-il que le Parti Socialiste est sur le point d'imploser ? Bien sur que non !

Au PS, les congrès vivent au rythme des motions. Ces motions peuvent représenter un courant d'idées ou une union de plusieurs courants. Une motion peut rassembler de nombreux ténors socialistes comme aucun nom connu du grand public. Dans la pratique, depuis quelques congrès, seuls les premiers signataires des 2 motions arrivées en tête lors du vote sur les motions peuvent concourir au poste de Premier Secrétaire du parti. Mais l'enjeu d'un congrès, l'enjeu du processus des motions est plus grand qu'un simple premier tour avant l'élection du Premier Secrétaire.

Un congrès socialiste permet à tous les militants de débattre sur l'orientation de leur parti. Quelles orientations pour l'animation militante du parti, quel rôle doit avoir le parti quand il est au pouvoir, quel programme veut-on pour les années à venir, tous ces sujets sont soumis à discussion. Ces sujets sont repris dans les textes des motions de congrès. Pour ce congrès 2015 qui aura lieu à Poitiers, ce sont donc 4 motions qui vont animer les discussions de congrès. Paradoxalement, alors que le PS paraît plus divisé qu'en 2012, il n'y a que 4 motions quand il y en avait 5 en 2012. 

Comme à chaque congrès, la question de l'orientation générale du PS sera au centre des débats. Le PS doit-il pencher plus à gauche et se rapprocher de la ligne de Mélenchon au Front de Gauche ou doit-il continuer sa ligne réformiste telle que portée par le gouvernement, cap qui pourrait rassembler à gauche certains écolos, les radicaux et d'autres mouvements progressistes ? Doit-il être plus innovant, plus écologique, presque plus utopique ou doit-il revoir principalement son organisation militante et travailler à une politique plus participative ? Ce sont, très schématiquement, les quatre grands axes qui devraient être débattus. Certes entre l'aile gauche et l'aile droite, autrement dit entre les frondeurs et les soutiens au gouvernement, le fossé parait assez grand et ne sera pas comblé lors d'un congrès. Ces diverses sensibilités ne sont pas nouvelles et sont même historiques au Parti Socialiste. Au début du XXème siècle, ce débat se traduisait par les socialistes sont-ils un parti de gouvernement et de pouvoir ou un parti révolutionnaire. Dans les années 70, la question portait sur une ouverture vers le centre ou vers les communistes. Ce sont ces débats qui font avancer le parti, qui ont fait qu'une union de la gauche et un programme commun furent possibles en 1974. Ce sont ces débats qui ont fait qu'en 2012, un accord de gouvernement a été signé avec Europe Ecologie - Les Verts. Ce sont aussi ces débats qui ont permis à la Primaire Citoyenne de voir le jour en 2011, primaire qui inspire à présent l'UMP dans sa tentative de reconquête de l'exécutif national.

Les idées portées par les 4 motions de ce congrès vont devoir être analysées et débattues sereinement car des conclusions de ce congrès vont ressortir les orientations du PS pour les prochaines élections régionales et pour les élections présidentielles et législatives de 2017. Il sera donc dommage de réduire les questions soulevées par ce congrès en de simples conflits de personnes. C'est un risque qui existe, qui est la solution de facilité quand on veut parler du congrès sans s'attarder au contenu des débats. C'est un risque d'autant plus fort que chaque motion (ou presque) aurait bien voulu voir dans ses soutiens certains grands noms partis dans une motion concurrente (Martine Aubry ou Gérard Collomb par exemple).

Dans le mois qui vient, je présenterai les 4 textes de motion et expliquerai surtout pourquoi je soutiens la motion de Jean-Christophe Cambadélis et sa volonté de grande fédération de gauche unitaire, qu'il nomme Alliance Populaire, qui a pour but de réunir à nouveaux les radicaux de gauche, les écologistes, le Front Démocrate (qui posait ce week end les fondations de sa maison commune des progressistes) mais aussi les associations et les syndicats qui veulent faire avancer le pays dès les prochaines échéances électorales.

jeudi 9 avril 2015

L'enfer c'est eux

Eux ont refusé les mêmes droits au citoyens homosexuels qu'aux citoyens hétérosexuels.
Eux se battent pour que l'avortement ne soit pas un droit accordé aux femmes.
Eux voient des complots et des dictatures socialistes dans tout fait d'actualité.
Eux sont les premiers à hurler contre un gouvernement qui ne fêterait pas assez Pâques par rapport à l'Aïd El Kebir ou Noël par rapport à Hannouka.
Eux considèrent qu'une femme née en Guyane ne peut être garde des sceaux tout en regrettant que l'Algérie ne soit plus sous le joug français.
Eux sont prêts à réclamer la peine de mort contre tout présumé coupable d'acte contre leur famille.

Eux n'hésitent pas à se réjouir de la mort d'un homme car il était socialiste. Eux, qui sont entrés dans une soi-disant résistance en mai 2012, ont a priori ouvert le champagne car un homme politique s'est tué quand on l'accusé de malversations. 

Eux célèbrent la mort d'un homme car il voulait une égalité dans l'exercice de cultes religieux, quand eux demandaient l'exclusivité du droit aux prières de rues.

Eux sont des raclures de la pire espèce, qui réclame le droit de cracher sur une tombe même pas refermée d'un républicain attaché aux valeurs républicaines, valeurs que nous ne pourront jamais partager avec eux.

Eux sont tous ceux qui, dès l'annonce de la mort de Jean Germain, ont publiés leurs billets et tweets de bonheur. Eux sont ceux qui ne méritent que le mépris, qu'ils soient politiciens, associatifs, blogueurs, ou simples citoyens. Eux je les conchie.

mardi 7 avril 2015

Une nouvelle maison commune écologiste

Place du Colonel Fabien, version écolo ?
l y a comme une odeur de brulé dans la maison écologiste, ou du moins un dégagement de fumée inquiétant. Aux dernières départementales, Europe Ecologie – Les Verts ont parfois fait liste commune avec Jean-Luc Mélenchon contre le PS (à l’image d’une Cécile Duflot de plus en plus proche du Front de Gauche), parfois liste commune avec le PS (à l’image d’un Jean-Vincent Placé, toujours proche du gouvernement socialiste). Aux départementales, la diversité des situations locales permet de nuancer les décisions d’alliances, même si elles n’aident pas à la lisibilité du score écologiste. En revanche, les dissensions au niveau national sont de plus en plus visibles.

En début de week-end, les écologistes d’Europe Ecologie – Les Verts tendance soutien gouvernemental ont rencontré les écologistes qui ont fait le choix de l’autonomie face au grand EELV, soit Génération Ecologie, le Mouvement des écologistes indépendants, Cap 21 et également le petit dernier des mouvements progressistes et écologistes, le Front Démocrate. Leur point commun, se retrouver pour réfléchir à la construction d’une nouvelle maison commune. A première vue moins associative que l’Europe Ecologie Les Verts à leurs débuts, cette maison commune se veut rassembleuse de toutes les tendances de l’écologie et s’annonce comme étant soutenue par de nombreuses ONG.

Les habitués du commentaire politique ont vite fait de railler cette future maison comme le simple objet de l’ambition d’un Jean-Vincent Placé soucieux d’accéder à un nouveau poste de pouvoir, lui qui en moins de 20 ans est passé de conseiller municipal PRG à Caen à sénateur EELV de l’Essonne. Pourtant cette maison commune est bien plus prometteuse que la simple carrière d’un apparatchik. En claquant la porte du gouvernement en réaction primaire à la nomination de Manuel Valls, ce avant même qu’il ait esquissé la moindre politique qui sortirait du cap défini par François Hollande, les Verts se sont tirés une balle dans le pied entrant dans une opposition de soutien ou dans un soutien en opposition, idéal pour faire tourner la tête de leurs électeurs. En quittant le gouvernement, ils n’ont pas réussi à redorer leur blason de force de gauche indépendante, pire, ils ont abandonné toute chance d’influer sur deux thèmes qui leurs sont chers, l’environnement et le logement. La loi de transition énergétique se fait (et se défait au Sénat) sans eux et ils laissent la place à une ministre peu adepte de l’écologie punitive. La loi Duflot est elle remplacé par la loi Pinel avec effet rétroactif, histoire de ne pas garder la moindre trace du passage de la cheffe de file des écolos tendance « vrauche ».

En fuyant le navire gouvernemental, Europe Ecologie Les Verts pensaient surement éviter un naufrage de la gauche de gouvernement et rebondir avec une gauche plus radicale. Cette gauche n’arrivant pas à récupérer les déçus du socialisme, une nouvelle union écologique plus progressiste que gauchiste veut se mettre en place. Je ne peux que saluer leur tentative d’une maison commune. J’appelle régulièrement à la réunion des écolos tendance vraie gauche comme tendance centriste avec les socialistes et toutes les autres composantes d’une gauche plus moderne. C’est ce qu’il se passe dans mon 4ème arrondissement parisien où une élue en dissidence de l’UDI parisienne a rejoint l’équipe socialiste, communiste et écologiste aux dernières municipales. C’est également ce qu’espère Jean-Christophe Cambadélis quand il dit dans sa contribution pour le futur congrès PS qu’ « il faut créer les conditions d’une fédération unitaire, regrouper toutes celles et tous ceux qui militent pour l’unité de la gauche et des écologistes et qui partagent le combat que nous menons. »

La fondation de cette maison commune peut être une des clefs du succès de la gauche, pour mener à bien l’action du gouvernement pour les deux dernières années, pour garder à gauche une majorité des régions à la fin de l’année et surtout pour préparer au mieux les échéances de 2017.

jeudi 2 avril 2015

Départementales, la vague bleu masculine

Le troisième tour des départementales a eu lieu ce jeudi. Sans surprise, les départements gagnés par la droite sont dirigés par la droite et ceux gagnés par la gauche (Lozère comprise) ont un président de gauche. Pour la première fois, c'est un collège électoral parfaitement paritaire qui a élu les présidents de départements puisque ce nouveau scrutin a permis de faire passer la proportion de femmes siégeant dans les assemblées départementales de 12% à 50%. Pourtant cette carte montre bien que la parité s'est cognée violemment sur ce qu'on appelle le plafond de verre :


En rose, ce ne sont pas les départements gérés par la gauche mais les départements qui ont élu une femme présidente ! Et encore, j'ai triché un petit peu en coloriant Paris où Anne Hidalgo est à la tête du département de fait par son élection à la tête de la Mairie de Paris.

Aujourd'hui, ce qui donne comme répartition par couleur politique :
  • 33% des départements gérés par des divers gauche (soit 1 département)
  • 19% des départements tenus par le PS (5 départements)
  • 12,5% des départements divers droite (1 département)
  • 8% des départements gérés par l'UDI (1 département)
  • 4,5% des départements gérés par l'UMP
Il y a encore du boulot...

L’homosexualité est-elle transmissible par le sang ?

Le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) a été questionné sur "la contre-indication permanente du don de sang pour tout homme déclarant avoir eu une ou des relation(s) sexuelle(s) avec un ou plusieurs homme(s)". Le 31 mars, ils ont répondu : "le CCNE dans sa majorité recommande que – dans l’attente des résultats des recherches et des évolutions demandées – les contre-indications actuelles soient maintenues."

Il aura fallu 38 pages à ce conseil d’éthique pour essayer d’expliquer avec toutes les précautions possibles qu’un homme ayant eu UNE relation sexuelle protégée avec un autre homme est un danger pour la société à vie, contrairement à un homme qui aurait couché sans protection avec de multiples partenaires féminins dans sa jeunesse. Le CCNE rappelle qu’aujourd’hui il y a deux types de contre-indications, les contre-indications temporaires et les permanentes. Les cas de contre-indications temporaires sont :
  • la personne a eu des rapports sexuels avec plus d’un (ou d’une) partenaire durant les 4 derniers mois (multi-partenariat);
  • la personne a eu un rapport sexuel non protégé avec un (ou une) partenaire occasionnel(le);
  • la personne a eu des rapports sexuels non protégés avec un nouveau partenaire régulier (ou une nouvelle partenaire régulière) depuis moins de 2 mois;
  • le (ou la) partenaire sexuel(le) de la personne a eu plus d’un (ou d’une) partenaire sexuel(le) durant les 4 derniers mois;
  • le (ou la) partenaire sexuel(le) de la personne a une sérologie positive pour le VIH, ou pour d’autres virus ou rétrovirus transmissibles par voie sexuelle et sanguine.
Dans ces différents cas, la personne ne peut pas donner son sang dans les 4 mois qui suivent le dernier rapport à risque.

Pour les contre-indications permanentes, c’est plus simple :
  • d’une part, les hommes déclarant avoir eu, au cours de leur existence, un ou des rapport(s) sexuel(s) avec un homme ou plusieurs homme(s) ;
  • d’autre part, les personnes déclarant avoir utilisé par voie parentérale des drogues ou des substances dopantes (en dehors de toute prescription médicale).

Durant 38 pages, le CCNE explique qu’il faudrait plus d’études scientifiques, sur un plus grand nombre de patients, pour avoir des données statistiques fiables et qu’il faudrait revoir les questionnaires préalables à chaque don pour mieux circonscrire les situations à risque. Le CCNE rappelle pourtant que le risque principal se situe dans une fenêtre de 12 jours après une contamination, 12 jours durant lesquels l’infection est indétectable.

Grâce aux éclairages du CCNE, on peut alors se poser la question de l’intérêt d’être banni à vie des dons du sang pour avoir couché une fois avec un homme sans même que l’on pose la question si ce rapport était protégé ou non.

J’ai plusieurs explications sur l’avis du CCNE :
  • Les préservatifs sont réalisés pour un fonctionnement hétérosexuel et ne protège pas les hommes homosexuels;
  • L’homosexualité est transmissible par le sang et du coup ce serait dommage de rendre gay un homme qui a eu besoin de se faire transfuser;
  • Les homosexuels étant contre-nature, leur métabolisme est lui aussi contre nature et donc cette période silencieuse de 12 jours en moyenne ne peut pas être appliqué dans leur cas et par précaution il vaut mieux considérer que la fenêtre silencieuse est à l’échelle de leur vie;
  • Le CCNE est constitué de gros partousards pire qu’un DSK en chaleur et on préféré protégé leurs intérêts;
  • Le CCNE est au solde d’un lobby anti-LGBT et demande aux génies de Jeune Nation de pondre leurs rapports.


Au final, je remercie le CCNE d’avoir une nouvelle fois montré son côté rétrograde. Eloooody rappelait dans son billet sur le sujet que cela faisait 33 ans que François Mitterrand dépénalisait l’homosexualité, que cela faisait 15 ans que l’OMS retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales mais qu’il faudra encore de nombreuses années avant de considérer qu’une relation homosexuelle protégée est aussi sure qu’une relation hétérosexuelle protégée et qu’une relation non protégée est toute aussi dangereuse si elle est de nature hétérosexuelle ou homosexuelle.

Heureusement, la ministre de la Santé Marisol Touraine n’a demandé qu’un avis consultatif au CCNE. On peut donc toujours espérer et insister auprès d’elle pour qu’elle range ce rapport bien profond au fond d’un placard et qu’elle lève cette contre-indication permanente.