jeudi 21 février 2013

La Gauche Populaire sort son manifeste

La gauche est depuis longtemps (toujours ?) un terreau propice à la création de courants, de groupes de réflexion, de think tanks. Un des derniers courants en date est la Gauche Populaire. Créé en 2011, je l’ai d’abord vu comme un courant se voulant l’antithèse de la Droite Populaire. Là où la Droite Pop essaye de créer des ponts entre UMP et extrême-droite, la Gauche Pop essaye de la combattre.

D’après eux, la social-démocratie au PS a fait place à un « social libéralisme » qui lui a fait oublier d’où il vient, qui il protège et comment il doit agir. D’après les membres fondateurs de la Gauche Pop, « la principale conséquence de cette nouvelle hégémonie idéologique était la rupture politique avec les catégories populaires au profit des minorités (« jeunes », « femmes », « immigrés », « LGBT », « précaires »…). La coalition de toutes ces minorités devait, selon ses concepteurs, former « un peuple de substitution » en lieu et place des antiquités du siècle passé : le peuple, les classes sociales et la nation ». C’est donc ce « social libéralisme » qui serait la cause principale de la montée du Front National… 

Partant de ce constat, et après près de deux ans de réflexion, 23 députés de la Gauche Populaire ont présenté leur manifeste, qui se résumé en 5 points :

  • Rendre du pouvoir d’achat aux catégories populaires : en appliquant une grande réforme fiscale redistributive fondée sur la progressivité de la CSG et en s’appuyant sur des principes écologiques pour réduire la facture énergétique et de transports des ménages.
  • Lutter contre l’exclusion en favorisant l’insertion par l’emploi : en confiant le pilotage de la politique de l’emploi aux régions pour garantir une gestion plus souple et politiquement plus responsable ;en réorientant, sans remettre en cause le droit à la formation continue, une partie des dépenses allouées à la formation professionnelle au bénéfice des chômeurs, sous la forme de contrats d’activités se substituant, sur la base du volontariat, à l’indemnisation passive du chômage ; et en créant un complément de revenu pour les travailleurs précaires qui figurerait directement sur la fiche de paie et constituerait ainsi une forme de reconnaissance d’un « droit à un salaire décent ».
  • Protéger les salariés de France dans la mondialisation : en introduisant la possibilité pour l’Etat de détenir une minorité de blocage dans le capital des entreprises considérées comme stratégiques, en instaurant l’obligation d’un accord préalable du Parlement en cas de cessions d’actifs stratégiques à des groupes étrangers, en permettant le portage public temporaire de certaines entreprises appartenant à des secteurs stratégiques, et en mettant en place un label « France Qualité Plus» pour valoriser la production française respectueuse de normes sociales et environnementales exigeantes.
  • Refaire de l’école républicaine l’ascenseur social qu’elle a cessé d’être : en finir avec la “machine à trier” qui aggrave les inégalités d’origine en créant un véritable dispositif public de soutien scolaire dispensé par des enseignants mieux payés et présents plus longtemps dans les classes, en élargissant les droits d’accès automatiques aux filières d’excellence à tous les lycées, et en développant des synergies formations-emplois en fonction des débouchés.
  • Réinventer une laïcité ferme et inscrite dans le réel : se réapproprier et faire vivre le compromis historique de 1905, aujourd’hui confronté à la montée en puissance de religions offrant des identités de secours et au développement d’intégrismes, en inscrivant dans la Constitution la neutralité des services publics et des agents.

Je dois l’avouer, dès le départ, il y avait quelque chose qui clochait dans leur présentation des problèmes du PS à la sauce social-libéral. D’après eux, le PS se trompe de cible, délaisse les ouvriers (et la lutte des classes) pour des minorités, et quelles minorités : les femmes (elles apprécieront), les jeunes (les 31% de Français ayant moins de 25 ans apprécieront), les immigrés, les LGBT, les précaires. Le constat n’est pas totalement faux, les conclusions un peu plus. 

Le premier des points qui m’étonne dans leur présentation initiale (en dehors de considérer les femmes et les jeunes comme minorités) est la critique d’une politique orientée vers les précaires. Pour moi, les précaires du XXIème siècle sont les équivalents des ouvriers du XXème. Aujourd’hui, ce n’est plus en se battant uniquement pour les ouvriers que l’on va vaincre la précarité. La précarité aujourd’hui existe dans tous les domaines, de l’étudiant à l’informaticien en intérim en passant par le chômeur. En revanche, je ne suis même pas persuadé de la persistance aujourd’hui d’une notion de « classe ouvrière » parmi les ouvriers. 

La Gauche Populaire se veut les derniers défenseurs au PS des classes populaires et moyennes sans que je ne voie vraiment une explication de qui se cache derrière ces entités. En ciblant à voix hautes les catégories populaires, la Gauche Pop reprend les mêmes travers que la droite sarkozyste ou l’extrême-droite frontiste. S’adresser à des ensembles vagues de personnes où une majorité de la population se croit englobé.  C’est typiquement le cas du 1er point, « rendre du pouvoir d’achat aux catégories populaires ». Une grande majorité voit ou croit que son voisin est plus riche et donc se visualise comme cœur de cible du manifeste. 

La Gauche populaire semble reprendre aussi les travers du Sarkozysme dans sa vision du chômage. Qu’entendent-ils par leur « contrat d’activité qui se substituerait sur la base du volontariat à l’indemnisation passive du chômage » à part un retour de « l’assistanat ce cancer de la société », une nouvelle confrontation entre « ceux qui travaillent dur » et les « oisifs » ? Je ne peux qu’être d’accord sur leur « lutte contre l’exclusion par l’emploi » et la « protection des salariés face à la mondialisation », mais ce n’est pas en continuant de monter des catégories de gens contre d’autres que l’on trouvera une solution.

Alors que l’on a un président élu, entre autre, sur une opposition de style et de manière de travailler par rapport à son prédécesseur, j’ai l’impression que ce courant est l’illustration de la victoire du sarkozysme dans les esprits. Pendant 5 ans, nous avons eu un président qui jouait avec une nouvelle lutte des classes en aidant les plus riches, en montant certaines catégories contre d’autres. Aujourd’hui, la Gauche Populaire semble proposait exactement la même chose en venant au secours de l’autre camp. Pourtant la solution devrait être de réussir le vivre ensemble en faisant en sorte que toutes les composantes de la population trouvent leur compte, que ce soit en respectant l’égalité entre les sexes, que ce soit en offrant les mêmes droits sans prise en compte de la sexualité, mais aussi en respectant ceux qui emploient, ceux qui sont employés et ceux qui aimeraient être employé ou employeur…

Je n’étais pas convaincu par la Gauche Populaire à sa création, je ne le suis pas plus après la sortie de leur manifeste, mais le plus inquiétant pour eux, c’est que même chez les membres fondateurs, il y a une désolidarisation (lire les blogs de Gaël Brustier, ou de l’abeille et l’architecte pour en savoir plus).

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