lundi 11 février 2013

Peillon ne réforme pas la contestation

Peillon durant la campagne présidentielle
Vincent Peillon découvre depuis le début de l'année les joies et privilèges d'être ministre de l'Education Nationale, c'est à dire d'être le ministre qui a toutes ses chances de voir le corps enseignant descendre dans la rue pour manifester son mécontentement envers la réforme en cours. Ce mardi, on annonce 80% des professeurs d'école en grève et de nombreux parents mécontents de ces nouveaux aménagements.

Cette réaction est assez surprenante quand on regarde ce qu'il s'est dit quelques années plus tôt. Cette première réforme de Vincent Peillon, qui s'inscrit dans un cadre bien plus vaste qui devrait toucher tous les niveaux d'enseignement, n'est qu'une correction de la réforme Darcos mise en place en 2008. A l'époque, de nombreuses personnes s'interroger sur le bien fondé de cette nouvelle coupure dans l'emploi du temps des enfants et de la surcharge de savoir à absorber dans une période réduite. 

En 2008, Luc Ferry, ancien ministre connu pour avoir été rémunéré à rien faire, critiquait la réforme en insistant sur le fait qu'elle allait augmenter l'échec scolaire : "Ce n'est pas en supprimant des heures que ça va s'arranger. Qu'on soit obligés de le faire pour des raisons budgétaires je veux bien, mais ce n'est pas comme ça que ça ira mieux, ce n'est pas vrai. On ne peut pas soutenir raisonnablement qu'en supprimant des heures, les élèves vont apprendre plus de choses."

En 2009 le président de la FCPE, Jean-Jacques Hazan, expliquait que "la semaine de 4 jours, imposée par le ministre (de l'Education Xavier, ndlr) Darcos, densifie la journée de travail et est beaucoup trop fatigante pour les enfants. On a concentré 872 heures sur moins de 136 jours alors que dans toute l'Europe, il y a plus de jours de classe avec des journées moins chargées". 

En 2011, à l'Université d'été du PS, nous pouvions entendre dans un atelier nommé "un nouveau contrat entre les enseignants et la Nation" qu'il était nécessaire de réfléchir sur le temps scolaire, soit (propos tenu soit par un représentant de l'UNSA, soit de la FSU, soit de SGEN/CFDT) :
  • revoir les planning au primaire et au collège,
  • réfléchir à l'augmentation du nombre de jours à l'école en contrepartie de la baisse du nombre d'heures quotidienne à l'école).
Vincent Peillon veut donc alléger légèrement le temps quotidien d'enseignement dispensé aux élèves pour leur permettre d'accéder à d'autres activités, ce qui semble aller dans le sens des réclamations demandées depuis 4 ans par divers acteurs de l'enseignement. J'entends les craintes des professeurs sur l'organisation de cette réforme. Aujourd'hui, on ne connaît pas le personnel qui s'occupera des enfants dans le temps libéré le midi ou en fin d'après-midi, on ne sait pas précisément où ces activités se dérouleront (même si la salle de classe me parait indiquée...). Si je suis d'accord pour que ces craintes soient exprimées et doivent être incluses dans la mise en place de la réforme, elles ne sont pas suffisantes pour demander son report ou son annulation. Si certaines communes se sentent aptes à mettre en place la réforme, pourquoi les retarder d'un an ?

J'ai aussi entendu la crainte de voir se développer une école à deux vitesses en fonction de la santé financière des communes. Encore une fois, je pense que l'on peut faire confiance en nos représentants municipaux pour tout mettre en œuvre pour l'éducation de leurs plus jeunes concitoyens. Et la mise en place de la réforme dès 2013 pourra servir de critère pour le renouvellement des mandats municipaux en 2014 selon le degré de satisfaction des moyens alloués. 

Lors de cet atelier à La Rochelle durant l'université d'été 2011, les 3 syndicalistes étaient d'accords pour dire que l'école devait être réformée du primaire jusqu'à l'enseignement supérieur mais que cette réforme devait avoir un sens global et surtout qu'elle devait être accompagnée par une réforme parallèle sur le statut et la considération des professeurs. Vincent Peillon peut se vanter d'être un des rares ministres à avoir le droit d'embaucher. Il a déjà mis en place une nouvelle formation des futurs enseignants. Je pense que l'on peut considérer qu'il n'oublie pas le corps enseignant dans ses réformes et qu'il s'attaque bien aux deux chantiers en parallèle. Dans ce cas, ces mouvements de grèves actuels sont-ils vraiment nécessaires ? Ce gouvernement semble plus à l'écoute et plus ouvert que nombre de ses prédécesseurs, n'y a-t-il pas d'autres solutions pour se faire entendre et modeler un peu la réforme en cours ?

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