mardi 31 mars 2015

Le retour des Veilleurs

Le projet de loi Santé de Marisol Touraine va être débattu à partir de ce mardi à l’Assemblée Nationale. De façon très auto-centrée, les médecins (généralistes ou spécialisés) se focalisent sur la généralisation du tiers-payant. Garantir à tous l’accès au soin, même en fin de mois quand les finances sont au rouge, c’est un principe qui heurte les médecins contestataires. Autre crainte des médecins en colère, la gestion des parcours de santé des patients par les Agences Régionales de santé (ARS), bras armé de l’Etat décentralisé au détriment de la liberté des médecins (de travailler uniquement par copinage ?).

Pour protester contre ce projet de loi, ou plus précisément contre les deux mesures ci-dessus, un groupuscule syndical non reconnu par l’intégralité de leurs pairs, l’UFML, appelle à remettre au goût du jour le principe des Veilleurs mis en place lors des débats sur le mariage pour tous. Ca donne une idée de l’idéologie qui se cache derrière ces contestataires.
Sur leur site, l’UFML appelle à se relayer jour et nuit « pour informer la population des dangers de cette loi, pour lui permettre d’accéder au consentement éclairé refusé par le gouvernement ». « Jour et nuit [ils] veilleron[t] la médecine de France, ce corps malade, que les fossoyeurs voudraient au petit matin tuer d’un vote ! » Ils le rappellent, ce sont des rebelles prêts à tout : « Nous n’avons pas vocation à obéir, médecins, soignants ; l’avenir du système sanitaire doit être modelé par l’esprit et les valeurs de la médecine, il n’est d’autre possibilité. Pour avoir en conscience rejeté cela, le gouvernement aura dès le 30 mars rendez-vous avec le peuple des soignants. »

Ces nouveaux veilleurs iront très loin. Non contents de veiller nuit et jour devant l’Assemblée Nationale pour rappeler aux députés (la majorité surement non élue grâce à leur voix), ils planifient également des vacances grèves à l’étranger. Le médecin UFML est malin. Il veut bien veiller devant l’Assemblée Nationale mais uniquement si ça ne remet pas en cause sa semaine de vacances sur les pistes de Megève. Ils ont lancé le plus sérieusement du monde une grève avec départ à l’étranger, deuxième quinzaine d’avril, en plein durant les vacances scolaire. Pas bête le doc !

Comme nos veilleurs prévoient d’être disponibles jusqu’aux vacances de printemps, nous pouvons leur rendre visite et leur poser la question sur ce qu’ils pensent :
  • Du paquet de cigarettes neutre, comme les Anglais, les Irlandais et les Australiens l’ont déjà mis en place, mesure recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé,
  • Des actions de groupes ouvertes aux patients victimes de traitements médicaux, ouvrant la possibilité aux victimes d’affaires comme celle du Mediator d’aller en justice,
  • De l’ouverture de salles de consommation de drogue à moindre risque, permettant aux toxicomanes précarisés non pas d’obtenir de la rogue facilement mais de consommer dans des endroits sains, sous surveillance et non plus à la sauvette dans des lieux publics.
  • De la fin du délai de réflexion d’une semaine entre les deux consultations obligatoires avant un IVG
  • Le droit à l’oubli pour que les personnes guéries d’un cancer ne soient plus soumises à des surprimes de la part des contrats d’assurances.

Le projet de loi Santé s’annonce comme un nouveau marathon parlementaire avec ses 57 articles et ses 2 000 amendements. Bienvenue aux nouveaux veilleurs, en espérant qu’ils aient autant de réussite que leurs illustres prédécesseurs.

Une défaite bienfaitrice

Les dirigeants de gauche réunis à La Rochelle
On ne va pas se cacher derrière de fausses excuses, le week-end dernier la gauche a perdu. Le PS a perdu près de la moitié des départements qu'il dirigeait un an après avoir perdu un grand nombre de villes. Dans la foulée du Parti Socialiste, le Parti Communiste a continué la destruction de son influence locale en perdant un des deux derniers départements rouge. Europe Ecologie - Les Verts est sur au bord de l'implosion. Le parti est partagé entre ceux qui persistent à être proche du PS, localement ou nationalement, et ceux qui se laissent séduire par la critique véhémente du Front de Gauche. EELV voulait rééditer l'exploit des municipales en se posant comme force alternative à gauche, ils ont sombré dans l'anonymat d'une stratégie illisible. Enfin le Front de Gauche, notre Syriza à nous, devait montrer le chemin de cette nouvelle gauche, véritable et authentique, qui gagne et redonne espoir aux électeurs. Avec 10% lors du premier tour, le Front de Mélenchon est une nouvelle fois arrivé loin derrière le FN, sans réussir à réunir sur son nom les déçus du Hollandisme gouvernemental. Certes le FN n'a pas réussi son pari de gagner un département, mais a réussi de faire entrer une centaine de conseillers départementaux dans les différents départements et cette progression n'est surement pas la dernière, surtout si la gauche continue à se déchirer devant ses électeurs.

La Gauche gagne quand elle est réunit, elle perd quand elle se disperse. Le problème est que la Gauche n'a jamais réussi à rester longtemps unie. Ce problème peut devenir une opportunité puisque la dernière union de la gauche née en mai 2012 s'est terminée en mars 2014. Après une année, des défaites aux municipales, aux européennes et aux départementales, l'heure doit être au rassemblement pour préparer les régionales de fin d'année et surtout les conditions du rassemblement pour 2017.

Malgré les défaites, l'union ne se réalisera pas d'elle même. Chacun devra mettre de l'eau dans son vin. Le PS tendance gouvernement devra trouver les mesures et les concessions permettant le retour dans le rang des frondeurs, des écolos. Ces deux derniers devront aussi accepter quelques concessions, par exemple arrêter son délit de sale gueule qui leur font détester Valls et Macron plus que de raison. L'ouverture doit aussi ne pas oublier les derniers soutiens du gouvernement, Corinne Lepage, Jean-Luc Bennahmias, personnalités capables de montrer qu'être centriste n'est pas obligatoirement synonyme d'être électeur de Nicolas Sarkozy ou d'Alain Juppé.

C'est l'objectif des rencontres de Solférino initiées par Jean-Christophe Cambadélis. Ce lundi, il a discuté avec Europe Ecologie - Les Verts, doivent venir des rencontres avec le Parti Radical de Gauche, le Front Démocrate et surement les communistes. L'important est de réussir à se retrouver sur un socle commun qui rassemble les différentes valeurs de gauche des différents partis. L'union ne se fera surement pas sur le détail d'une réforme économique mais des signaux forts peuvent rassembler, que ce soit autour d'un "choc démocratique" (comme l'appelle de ses voeux Thierry Mandon), ou autour d'un choc écologique (la fermeture de Fessenheim, une transition énergétique boostée).

Cette union de la gauche ne pourra voir le jour que si les différentes composantes veulent jouer le jeu. L'union de gouvernement est toujours plus difficile à vivre que l'union dans l'opposition. L'union ne vaudra le jeu que s'il est joué jusqu'au bout par chacun des protagonistes. Cela veut dire qu'il devra y avoir une certaine exigence et une certaine rigueur tout le long des mandats gagnés unis. Les socialistes n'accepteront plus de céder des places à des écologistes qui les lâcheront publiquement une fois élu et les partenaires des socialistes auront plus tendance à lâcher du lest sur certains points si les principaux points d'accords sont mis en place le plus tôt possible.

La Gauche a perdu plusieurs batailles, souvent en se battant avec elle-même. Elle ne gagnera que si elle fait preuve de de sagesse, de consensus et de dialogue. J'espère que les défaites et les crises gouvernementales passées seront les signaux nécessaires à un retour de cette Gauche unie. La Gauche unie peut trouver les idées neuves pour le renouveau de la France, encore faut-il que chacun s'écoute. 

Après tout, entre Gauche ruinée et Gauche réunie, il n'y a que quelques ajustements à faire.

mercredi 25 mars 2015

Faut-il se désister pour faire front face au Front ?

Dimanche soir, 328 triangulaires et une quadrangulaire sortaient des urnes. Mardi soir, après le dépôt des candidatures pour le second tour, 288 cantons verront s’affronter 3 binômes. On note donc 41 désistements d’entre-deux tours, le plus souvent dans la volonté de faire front contre le Front National. Le plus souvent, car dans le canton du Vaucluse qui a réussit le triste exploit de qualifier 2 formations d’extrême-droite (la Ligue du Sud et le FN), c’est le FN qui s’est désisté.  Le FN s’étant qualifié pour 297 triangulaires le soir du second tour, j’imagine que dimanche, nous aurons donc environ 257 triangulaires impliquant un binôme Front National.

Mais est-il judicieux de se désister en cas de triangulaire ? Je me souviens des législatives de 1997 qui furent si favorables à la gauche qu’elles amenèrent Lionel Jospin à Matignon, les triangulaires avaient été très majoritairement favorables à la gauche et absolument pas au FN. Autre époque, autre situation de l’extrême droite en France aujourd’hui, mais peut-on vraiment compter sur le front républicain des électeurs ? On le voit, de plus en plus de Français sont attirés par les sirènes  du FN. Par désespoir, dépit, colère et parfois même par adhésion, les électeurs se tournent vers le FN. Par désespoir, dépit et colère, certains électeurs peuvent franchir le pas d’un vote FN au 2ème tour en suivant l’adage, au 1er tour on choisit, au 2nd on élimine. En cas de duel UMP-FN, PS-FN ou FdG-FN, le candidat non FN peut donner des boutons aux électeurs les poussant alors à voter FN ou à s’abstenir. Dans les deux cas, ils font le jeu du parti d’extrême-droite.

Avec les manifestations contre le mariage pour tous, on a pu voir ici ou là des s’affinités entre des sympathisants de droite et d’extrême-droite. A n’en pas douter, si ces électeurs se retrouvent face à un duel gauche – extrême droite, leur choix se portera surement sur le binôme représentant les Le Pen. A l’opposé du spectre politique, on l’a vu également dans l’Ain où un candidat EELV appelle à voter contre le binôme UMP alors qu’il est opposé à un binôme FN. On pouvait penser à une époque que l’électeur de gauche était moins tenté par le vote FN que l’électeur de droite. Le transfert des votes ouvriers d’après les sondages nous ont appris le contraire, mais surtout on peut aussi penser que vu les affinités grandissantes entre la droite classique et l’extrême-droite, l’électeur de gauche préfère s’abstenir que de choisir entre les deux binômes.

Il y a aussi la situation mathématique au soir du 1er tour. Si le FN n’est pas en tête le soir du premier tour, la question se pose réellement. Le FN n’ayant que peu de réserves de voix puisqu’à part dans le Vaucluse, il y n’a pas d’autres formations majeures d’extrême-droite, il y a de fortes chances que les équilibres restent identiques entre le 1er et le 2nd tour. En revanche, si le FN arrive en tête, alors les questions se posent d’autant plus qu’il faudra dans tous les cas faire des paris sur les reports de voix des électeurs pour espérer détrôner le binôme en ballotage favorable. Dans la Drôme, Hervé Mariton a même demandé à ce que le désistement ne s’applique qu’au PS, qui même si arrivé en deuxième position, aurait du, selon Mariton, se désister au profit du binôme UMP !

Au final, je me demande si la notion de désistement républicain a encore un sens aujourd’hui. Le respect de l’électeur et de son choix du 1er tour ne passe-t-il pas par un maintien inconditionnel au second tour ? Le principe très « élection présidentielle » qui veut que seuls les deux premiers candidats ont le droit de se présenter devant les électeurs au deuxième tour n’a-t-il pas contaminé notre vision de voir les seconds tours un peu plus participatifs ? Car après tout, le meilleur moyen pour faire front contre le FN n’est pas d’appeler à voter contre eux mais à expliquer que leur programme est soit inexistant, soit pas adapté aux spécificités du département.

mardi 17 mars 2015

Joyeuse St Patrick monsieur Balkany !

Le 17 mars, c’est la traditionnelle St Patrick si chère à nos voisins Irlandais (et à tous les amateurs de Guinness du reste du monde). Hasard du calendrier ? L’Assemblée Nationale s’apprête à faire la fête à Patrick Balkany et à son immunité parlementaire ce mercredi. Grosse gueule de bois à venir pour le maire de Levallois à qui l’on reproche beaucoup trop d’oublis pour un homme avec tant de responsabilités. Petit état des lieux extrait d’un excellent dossier monté par Libération.

Quelle voiture utilisée ?
Comme de nombreux Français, la question ne devrait pas se poser pour le couple Balkany qui déclare dans leurs déclarations de patrimoine n’avoir qu’une Austin Mini appartenant à Isabelle Balkany. C’est sans compter sur trois 4x4 d’une valeur comprise entre 35 000€ et 72 000€ l’unité. Ils n’ont pas du penser à les déclarer simplement parce que ces véhicules sont assurés du côté de Saint-Martin.

Où dormir ?
Officiellement Patrick Balkany dort dans sa permanence électorale de Levallois. Dans les faits, il profite souvent de la demeure qu’il a offerte à ses enfants, le moulin de Cossy à Giverny. D’après Libération, dormir à Giverny, c’est un peu comme passer des nuits au musée puisqu’on peut y trouver des toiles de maitres comme Picasso, Miro ou Raoul Dufy. Ces œuvres auraient du être signalées à la Haute Autorité pour la transparence de la vie politique, tout comme le mobilier Louis XVI ou la collection de montres présents dans les murs du moulin.
Heureusement que si la grisaille parisienne est trop éprouvante, il y a les résidences à Marrakech et à Saint-Martin.

Les vacances, c’est cadeau !
A l’instar du couple Chirac, les Balkany payent leurs voyages à Marrakech et à Saint-Martin en liquide. Le voyage semble coûter cher mais il faut prévoir les billets de Patrick et Isabelle mais aussi de leur suite (des policiers municipaux dont la mission est détournée) et des leurs chiens, tous voyageant en business. Comme leur agence de voyage ne permet pas les gros achats en argent liquide, les voyages sont payés via des comptes cadeaux comme on en trouve souvent sur les listes de mariages. Ils sont gentils les amis des Balkany de leur offrir une cagnotte voyage tous les ans.
A première vue, les amis Balkany ne font pas que garnir un compte cadeau. D’après l’enquête, entre 2010 et 2011, les Balkany ont dépensé dans leur agence de voyage pour 24 500€. Etonnamment, dans la même période, le même couple Balkany n’aurait retiré « que » 18 750€. Leurs amis ont surement du leur donner près de 6 000€ en liquide pour les aider à boucler leur budget voyage (et accessoirement toutes les autres dépenses).

Qui paye pour le ménage ?
C’est la partie que je préfère. Officiellement, Patrick Balkany reçoit un revenu annuel de 85 000€. Sa compagne, Isabelle Balkany reçoit annuellement environ 81 000€. Pourtant Patrick Balkany dépense annuellement 120 000€ en salaire pour ses employés de maison et que sa compagne dépense 69 000€ ! A eux deux, ils dépensent 189 000€ pour des emplois à domicile alors qu’ils ne gagnent « que » 166 000 € ! A ce rythme, ils vont finir avec un dossier de surendettement très rapidement !

lundi 16 mars 2015

Les Républicains contre l'absence d'idée

Avant, en France, on n’avait peut-être pas de pétrole mais on avait des idées. Aujourd’hui à droite, si certains ont des dollars (parfois issus du pétrole), la majorité n’a pas beaucoup d’idées. L’UMP a redécouvert l’opposition en juin 2012, pourtant ils ne donnent pas l’impression d’avoir compris en quoi consistait ce boulot, comme par exemple réfléchir sur les causes d’un échec, proposer des idées nouvelles, renouveler ses têtes de files.

Un nouvel espoir
Pour repartir à la conquête du pouvoir, il est souvent conseillé d’avoir des idées neuves ou, à défaut, une nouvelle figure de proue qui donne l’impression de renouveau. Depuis juin 2012, les seules idées entendues à l’UMP est qu’il faut revenir sur les réformes scolaires, qu’il faut revenir sur le mariage pour tous et surtout, pour lutter contre le chômage, il faut revenir sur les 35 heures. Bon ok, les idées, c’est pas terrible. Autant faire confiance au plan B, les nouvelles personnes. 

Les pronostics en faveur de la gauche étant peu flatteurs, à l’UMP on a décidé de jouer à fond la carte des départementales. Par exemple, dans l’Essonne, la droite croit dur comme fer en ses chances de gagner, grâce à l’impulsion énergiques de petits jeunes au dessus de tous soupçons. Sont déjà sur les rangs le patron de la fédération locale et ancien ministre Georges Tron (renvoyé aux assisespour viols et agressions sexuelles), et le ticket Jean-Pierre Bechter, 71 ans, tête de liste dans son canton, et son suppléant Serge Dassault, 90 ans, qui devrait profiter de la démission de Bechter en cas de victoire de la droite dans le département pour briguer la présidence du département ! Avec un tel tableau, je suis assez content de ne pas être militant UMP dans l’Essonne et éviter ainsi de telles rencontres sur les marchés.

Elevons-nous et regardons le paysage national. Pour le moment, il ne semble y avoir que deux prétendants sérieux à la primaire de 2016 à l’UMP, l’ancien président Nicolas Sarkozy, toujours mêlé à des affaires dont sa campagne présidentielle avec Bygmalion qui a du mal à faire pschtttt, et l’ancien Premier Ministre Alain Juppé, qui est sur le point de réussir à se faire passer pour le renouveau à droite !

Le changement, c’est maintenant !
Nicolas Sarkozy l’avait promis lors de sa campagne interne pour la présidence de l’UMP. L’UMP est à l’agonie et va mourir sans aucune assistance d’ici peu. Il faut juste trouver un nom qui soit synonyme de renouveau puisque question idées et têtes, c’est pas vraiment ça. D’après le JDD, c’est chose faite. Les Républicains seront le nouveau parti à droite. C’est bien les Républicains, c’est nouveau, c’est frais. Ca fait penser aux voisins de l’autre côté de l’Atlantique, appelé aussi le « Grand Old Party ». C’est pratique, en s’appelant les Républicains, on ne pourra plus les accuser de refuser le front républicain. Le nom et les logos auraient été trouvés par une boite de comm’ spécialisé dans le maquillage commercial. C’est en effet la même agence qui a trouvé l’idée de génie de remplacer un Crédit Lyonnais embourbé dans les affaires en un LCL anonyme et totalement neuf, qui pourraient soupçonner Le Crédit Lyonnais de se cacher derrière LCL ? 

L’UMP n’en est pas à son coup d’essai. En 2002, avec une liste de scandales à rallonge, le RPR de Jacques Chirac se transforme en une UMP menée par Alain Juppé qui se voudrait plus rassembleuse à droite et au centre-droit que ne l’était le RPR. Avant cela, le RPR naissait d’un conflit de personnes entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Aujourd’hui, pour faire oublier le vide programmatique de l’UMP et sa fâcheuse tendance à vouloir se rapprocher d’une droite extrême, l’UMP veut se transformer en Républicains. A n’en pas douter, les Buisson, Pelletier et autres Didier ont déjà prévu de fonder le courant du Tea Party pour peser toujours plus à droite.

mardi 3 mars 2015

Départementales 2015, l'échec pour tous ?

Ce n’est pas facile de s’intéresser aux départementales. Ce n’est pas facile pour moi car, habitant à Paris, je suis comme mes voisins lyonnais dispensé d’élection. Nos métropoles ont les prérogatives du département, tout s’est joué en mars dernier lors des municipales. Dispensé d’élection départementale, ça me permet d’observer de loin les copains et copines engagés dans cette bataille où il y a plus d’embuches que de raccourcis.

La principale embuche, le vide médiatique quasi-total qui entoure cette élection. D’après un récent sondage, plus d’un jeune de moins de 35 ans sur deux n’a pas connaissance de la tenue d’une élection départementale les 22 et 29 mars ! Le taux diminue légèrement plus la population vieillit. Ce qui porterait à 1/3 des Français adultes le nombre d’électeurs qui ne sont pas au courant de cette prochaine échéance électorale. A moins d’un mois du premier tour, ça n’augure rien de bon pour le niveau de participation. On peut comprendre la difficulté des candidats à se faire entendre dans les médias. Comment un média national peut-il traiter du sujet ? Qui s’intéresse au canton de Wormhout (non loin de Dunkerque) et ses 3 couples de candidats (union de la gauche, UMP, FN) ? Pourtant dans tous les cantons autour de Dunkerque, il y a de quoi se poser des questions… Selon la Voix du Nord, aucune liste ne se serait inscrite avec l’étiquette UMP ! Ici des UDI, là des sans étiquettes mais aucun UMP. On remarque la même chose en Bretagne, à croire que l'on a à faire à une stratégie nationale.

Deuxième embuche, l’absence de confiance dans la politique gouvernementale. Ce matin, j’entendais Gérard Collomb se satisfaire que sa ville ne participe pas à cette élection qui s’annonce, d’après ses propres mots, comme un fiasco pour la gauche. Comment nos candidats sur le terrain peuvent-ils donner espoir aux électeurs si les personnalités socialistes interviewées ne parlent que d’échec ? Pourtant cette élection a eu le droit à un joli ravalement de façade par le gouvernement pour être plus compréhensible et plus en adéquation avec son époque. Pour la première fois de l’histoire des départements, il y aura une parité parfaite femme-homme dans les conseils départementaux. Pour la première fois, on parle d’élection départementale et non d’élection cantonale et pour la première fois on élit des conseillers départementaux et non des conseillers généraux. Quand le Parti Socialiste était dans l’opposition, il a réussit à montrer qu’une politique de gauche locale pouvait porter des résultats concrets. Élections après élections, la gauche a grappillé des départements à la droite. Nos candidats, les élus voisins, les personnalités du PS, tous devraient faire campagne sur les bilans locaux de nos exécutifs départementaux plutôt que de crier à la défaite inévitable.

Troisième embuche, résultante des deux premières, la forte présence du FN. Quand on parle élection départementale dans les médias, c’est souvent sous le prisme de la montée du FN. D’après un sondage national, le parti des Le Pen récolterait un tiers des scrutins exprimés. C’est énorme mais ne représente rien en même temps. Certes cela indique que le FN est un des principaux partis politique dans le paysage français, mais ça fait longtemps qu’on le sait. Le problème est qu’on ne parle du FN que pour essayer de faire peur à son électorat traditionnel (comme Sarkozy avec son farfelu vote FN qui revient à un vote PS, ou comme de trop nombreux discours à gauche avec le simple et dépassé argument que FN c’est mal). Pourtant il y a de quoi dire sur l’incompétence des candidats FN (certains l’affirment eux-mêmes). A vouloir présenter des candidats dans le plus grand nombre de cantons, les Le Pen sont obligés de faire appel soit à la chienlit raciste, xénophobe, homophobe qui semble toujours constituer le gros de la base militante du parti frontiste, soit à des personnes n’ayant qu’une vague culture politique. Cette politique de la quantité des candidats à défaut de qualité avait déjà été soulignée lors d’une enquête sur le Front National dans le Pas-de-Calais lors des dernières municipales, où le candidat FN se disait bien embêté si par accident il gagnait la mairie de Lens !

Alors oui ces départementales s’annoncent du plus mauvais augure. Les électeurs ne savent pas qu’ils sont appelés à voter, les candidats UMP n’osent pas s’annoncer sous les couleurs du parti Nicolas Sarkozy, les candidats PS sont soutenus par des personnalités qui ne croient pas en une victoire de la gauche, le Front National continue de se moquer de ses électeurs. Devant tant d’absurdités de toutes parts, je me dis que nos candidats socialistes doivent vraiment jouer leur chance à fond. La majorité d’entre eux peut s’appuyer sur le bon bilan de l’exécutif sortant que ce soit en matière d’actions sociales, d’enseignement (l’équipement des collèges), et d’aménagement du territoire.  Les candidats socialistes ont un bilan quand les autres n’ont ni courage de leurs idées, ni compétence. Comment espérer que son quotidien sera meilleur si on laisse le département et ses prérogatives passer à droite ou à l’extrême-droite ?