lundi 9 février 2015

Une semaine dans le rétro : tout Doubs

Tout a commencé le dimanche précédent, un petit séisme. Pour la première fois depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, une élection législative partielle voyait le PS mais pas l'UMP se qualifier pour le second tour. La seule absence de surprise dans ce scrutin, la présence, peut-être un peu plus forte que prévue, de la candidate du Front National. Dès l'annonce des résultats, certains sont partis pioches et pelles à la main pour construire une nouvelle digue républicaine, tout en appelant à la plus large majorité pour les suivre dans ce sursaut.

Certains avaient voulu faire de cette élection un test national. Le principe est un peu douteux. Une circonscription, peu importe sa situation géographique ou sa population ne peut pas être représentative du reste de la France. Cette 4ème circonscription du Doubs a toujours été particulière. En 2002, Pierre Moscovici, député sortant, était battu par la candidate de la jeune UMP par 162 voix d'écarts. En 2007, Pierre Moscovici revenait à la charge et sortait la député de droite avec 750 voix d'avance. Enfin en 2012, Pierre Moscovici gardait son siège de député grâce à une triangulaire. Lors de cette triangulaire, la candidate du FN récoltait plus de 9000 voix, soit plus de votes que ce qu'elle a obtenu au premier tour de l'élection de cette année.

Sans en faire un test national, les enjeux nationaux étaient forts. A l'UMP, il s'agissait de la première élection de la nouvelle ère Sarkozy. Ce dernier prenait l'élection fort au sérieux puisqu'un Bureau National se tenait le mardi suivant le 1er tour pour débattre des conséquences de l'élection. Bureau nécessaire puisque la réunification et l’apaisement annoncés lors de la campagne interne ne sont visiblement pas encore au rendez-vous. Peu étaient les membres de l'UMP qui ont appelé à cette occasion à faire barrage contre le FN. Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet furent de ceux-là. Nicolas Sarkozy, apôtre du "ni-ni" depuis longtemps a fini par appeler à ne pas voter pour le FN. Sa position n'a pas convaincu la majorité du bureau national puisque celle-ci a préféré la ligne clairement lâche du "ni FN, ni PS". A écouter certains, dont un Laurent Wauquiez adepte du grand écart, le programme du PS que met en place actuellement le gouvernement serait aussi dangereux pour la République que le programme annoncé par le FN. Ce dernier se lançait même dans un rappel historique justifiant sa position. Lui, membre d'une droite sociale soit-disante proche du gaullisme, ne faisait que répéter les gestes de son soit-disant mentor. "De Gaulle appelait-il à voter Guy Mollet ?" Non, d'après Laurent Wauquiez, major de l'agrégation d'histoire. Si De Gaulle n'a jamais eu l'occasion d'appeler pour ou contre Guy Mollet, il n'a pas hésité à le prendre dans son gouvernement en tant que ministre, justement au titre d'Union Nationale.

Nicolas Sarkozy a-t-il choisi le mardi pour réunir le Bureau National de l'UMP afin de laisser chacun le temps de prendre le temps de la réflexion ? N'était-ce pas trop long, chacun risquant de prendre des décisions polémiques à titre personnel dans les médias ? Si Sarkozy a pris ce risque, c'est qu'il n'avait pas trop le choix. Le lundi, il avait rendez-vous à Abu Dhabi pour donner une de ses conférences très bien rémunérées. Si l'activité de conférencier de luxe n'est pas une surprise chez Nicolas Sarkozy, c'était même son plan de carrière pour l'après-Elysée, voulant faire comme Bill Clinton ou Tony Blair. La seule différence (de taille) est que ces deux hommes n'ont de responsabilité politique dans leur pays, ni d'ambition personnelle. Nicolas Sarkozy est à la tête du principal parti d'opposition et brigue toujours un retour à l'Elysée, difficile de croire que ses rémunérations ne troubleront pas sa politique étrangère (comme ce fut probablement le cas entre 2007 et 2012 avec le financement potentiel d'une partie de sa campagne par le clan Kadhafi).

A gauche, les enjeux étaient aussi également forts puisque c'était la majorité absolue du PS à l'Assemblée Nationale qui était en jeu, même si la majorité gouvernementale n'a jamais été mise à mal. Manuel Valls se sera déplacée deux fois pour soutenir Frédéric Barbier, de même que Bernard Cazeneuve. Le candidat socialiste a le courage d'assumer ses idées, on se souvient de nombreux candidats UMP qui étaient gênés par le soutien gouvernemental en leur temps et ne souhaitaient pas voir des ministres s'incruster dans leur campagne.

Au final, Frédéric Barbier a remporté cette élection législative avec 863 voix d'avance sur la candidate FN. Cette candidate gagne plus de 6000 voix entre le premier et le second tour quand le candidat socialiste voyait son nombre d'électeurs doubler. On soulignera que l'abstention aura baisser de près de 10 points, passant de 60,3% à 50,9%. Cette victoire ne peut pas être considérée comme une victoire nationale pour le PS mais comme une petite bouffée d'air frais. Le FN confirme son pouvoir d'attraction à droite. Ceux qui voulait y trouver un effet Charlie ou un effet Sarkozy en sont pour leurs frais. La 4ème circonscription du Doubs est restée fidèle à elle même avec des écarts tenant dans un mouchoir de poche.

Pendant ce temps là, la Banque Centrale Européenne assombrissait l'avenir d'Alexis Tsipras. Enfin les clients de la banque HSBC, comme Gad Elmaleh, Jacques Dessanges ou Christophe Dugarry, vont voir leur présence en Suisse s'afficher en une du Monde, ce qui promet un nouveau débat sur le patriotisme fiscal, mais ceci est une autre histoire.

Vivement la semaine prochaine !

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