mercredi 29 août 2012

Osons les salles de consommation surveillée !

Aujourd'hui dans le Parisien, le député parisien Jean-Marie Le Guen est revenu à la charge sur le sujet des Salles de consommation supervisée, appelées aussi "salles de shoot" ou "salles de consommation à moindre risque" comme les appellent ActUp et d'autres associations.

Qu'est ce qu'une salle de consommation à moindre risque ? Il s'agit d'un centre ouvert à tous, gratuit d'accès et offrant la possibilité aux toxicomanes d'y consommer leur propre produit dans un lieu fermé et propre. Ces centres sont tenus par des spécialistes de la santé présents pour garantir le bon état des lieux, offrir une présence et une possibilité de discuter avec les toxicomanes présents. Ce personnel est également présent pour aider l'usager s'il souhaite se désintoxiquer. Ces centres existent déjà dans de nombreux pays européens tels que la Suisse, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Espagne, le Luxembourg et la Norvège. On trouve également ce type de centres au Canada et en Australie depuis de nombreuses années.

Ces centres de consommation n'ont évidemment pas pour but de fournir en drogue les toxicomanes de passage. Leurs raisons d'être sont multiples mais toujours orientées vers un véritable souci de santé publique. Tout d'abord ces centres, en accueillant des toxicomanes, permettent d'éviter à ces derniers de consommer leur drogue dans la rue, dans des parcs ou dans des cages d'escaliers. On évite donc la conséquence directe d'une consommation de drogues dans la nature qui est la présence de seringues (les principaux utilisateurs de ces centres sont des héroïnomanes) dans des endroits inappropriés. Ensuite, ces centres étant encadrés par des équipes qualifiées (médecins, psychologues), les usagers voient leur consommation surveillée. Le personnel peut suivre les usagers, les aider en cas de venue trop fréquente ou de tentative de consommation dans des états inappropriés. Selon les personnes, une discussion pourra avoir lieu pour comprendre la cause de l'addiction voire pour aider le toxicomane à commencer ou à réussir une désintoxication.

L'idée d'expérimenter des centres de consommation n'est pas récente et ce n'est pas la première fois qu'elle est avancée, notamment à Paris. Suite au rapport de l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) publié en juin 2010, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, avait déjà évoqué son envie de tenter l'expérience. Elle avait été sèchement rabrouée par François Fillon considérant ces centres "ni utiles, ni souhaitables". En appui à cette tentative et suite à des nombreuses demandes du groupe écologiste parisien, le Conseil de Paris a mis ce sujet à l'ordre du jour à l'automne 2010 et a voté une résolution permettant l'ouverture de centres de consommation dès que l’État le permettrait. En mai 2011, des élus se penchent de nouveau sur la question, principalement en observant l'expérience espagnole. En octobre 2011, Jean-Marie Le Guen, encore lui, organise un débat à l'Hôtel de Ville de Paris avec des intervenants canadiens, suisses et hollandais pour évoquer les situations de ces pays en avance sur nous sur le sujet.

Sans surprise, aujourd'hui la réaction de l'UMP ne s'est pas faite attendre et un communiqué de presse tire à boulets rouges sur cette demande du député socialiste. Encore une fois, l'UMP nous montre son conservatisme. Pour eux, la meilleure prévention est la répression, et un toxicomane un délinquant. Le problème avec cette vision est que quelle que soit la prévention mise en œuvre, quelle que soit l'intensité de la lutte contre le trafic de drogues, il y aura toujours des toxicomanes. Pour ces derniers, leur offrir la prison comme unique horizon ne peut être une solution, surtout quand des études comme celle publiée par le Sénat prouvent que la consommation de drogues dures persiste en prison et qu'il y est difficile de se soigner et d'avoir accès à des produits de substitution. Il est donc nécessaire d'organiser un suivi de ces toxicomanes, les aider dans leur dépendance et si possible dans leur recherche d'indépendance. A chaque tentative de création d'une nouvelle technique de prévention, on a toujours le droit aux mêmes cris d'indignation, que ce soit lors de la mise en place des Programmes d'Echange de Seringue ou pour faciliter l'accès aux préservatifs. Pourtant à chaque fois, l'idée de base est la même : protéger. Protéger les usagers, mais aussi leurs proches et à plus grande échelle la société entière. Un héroïnomane qui se drogue dans des conditions insalubres (mauvaise hygiène, réutilisation de seringues, etc.) augmente la probabilité de développer une maladie ou une infection pouvant se transmettre à ses proches ou affecter directement ou indirectement ses proches (transmission du VIH à son enfant par exemple). Un héroïnomane se droguant dans une cage d'escaliers ou dans un parc va dégrader l'image du lieu et empêcher une possible réhabilitation des lieux, dans ce cas toute la société en pâtit.

C'est pourquoi je soutiens l'initiative de Jean-Marie Le Guen. Ce n'est pas faire preuve de laxisme ni de prosélytisme pour l'usage de drogues que d'encourager l'ouverture de centres de consommation. C'est pourquoi j'encourage le gouvernement à écouter l'appel du député Le Guen mais aussi des associations concernées ainsi que les recommandations de l'INSERM pour autoriser ce genre de centre en France. La ville de Paris est déjà prête à ouvrir un ou plusieurs centres de consommation et n'attend que le feu vert du gouvernement. J'espère que le gouvernement osera et aura le courage de se lancer dans une telle initiative.

Pour avoir une idée de ce qu'est une salle de consommation surveillée, voici un reportage diffusé sur France2 en avril 2010 :

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