mardi 6 novembre 2012

Pourquoi vouloir censurer Zebda ?

Capture d'écran du clip "Une vie de moins"
Début octobre, j'ai vu sur un blog du Monde le très beau clip d'une des dernières chansons de Zebda, "Une vie de moins". Cette chanson, en plus d'être associée à un clip très esthétique, a la sympathique particularité d'être écrite par Jean-Pierre Filiu, ancien diplomate et historien. Il a été en poste en Jordanie, en Syrie et en Tunisie et aux États-Unis. Il est également l'auteur d'ouvrages dont une "Histoire de Gaza".

Non je ne vais pas diffuser cette vidéo pour concurrencer Gildan, mais pour répondre à un appel qui est parti du très bon blog d'Alain Gresh et relayé dans ma blogosphère familiale. A la mi-octobre, le CRIF a envoyé une lettre au président de France Télévision et a publié une tribune pour dénoncer "une chanson qui risque de promouvoir la haine d’Israël chez les jeunes".

Je vous invite donc à regarder cette vidéo :

Y avez-vous vu un quelconque appel à la haine ? Y entendez-vous des propos antisémites ? Si c'est le cas, merci de me le signaler en commentaires. Personnellement, je n'y entends qu'une critique de la politique tenue pas les gouvernements israéliens successifs contre les Palestiniens.
La tribune publiée sur le site du CRIF essaye de dénigrer les propos écrits par Jean-Pierre Filiu. Pour cela, la manoeuvre est simple et même simpliste. La chanson parle d'un jeune gazaoui ? Le CRIF critiquera donc la vision de Gaza de l'auteur. Dans cette critique, le CRIF occulte complètement que la Bande de Gaza n'est qu'une partie des Territoires Palestiniens, territoires complétés par la Cisjordanie. Quand la chanson parle de colonies, d'exactions de militaires, de réfugiés, elle ne parle pas que de la bande de Gaza, elle parle de l'ensemble des Palestiniens et de leurs territoires, dont les frontières sont officiellement définies depuis 1967 et dont un début d'autonomie a été déclarée par les Accords d'Oslo en 1993. Tout ceci n'a pas empêché les Israéliens de vivre dans la bande de Gaza jusqu'en 2005 et ce qui n'empêche pas de plus en plus d'Israéliens de vivre en Cisjordanie et à Jerusalem-Est.

Mais en dehors de ces explications hasardeuses du CRIF, c'est son rôle dans cette histoire qui est choquant. D'après la présentation sur leur site, "les axes prioritaires du CRIF sont :
  • La lutte contre toutes les formes d'antisémitisme, de racisme, d'intolérance et d'exclusion
  • La défense des droits de l’Homme
  • L'affirmation de sa solidarité envers Israël et son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient
  • La préservation de la mémoire de la Shoah et la lutte contre son instrumentalisation".

Or cette chanson de Zebda ne rentre dans aucune de ces cases. Elle n'appelle pas à l'antisémitisme, ni au racisme, elle critique une politique gouvernementale. Elle n'appelle pas à passer outre les droits de l'Homme. Contrairement à ce que semble dire le tag accompagnant la tribune ("antisionisme"), la chanson de Zebda n'est absolument pas contre l'établissement d'un état Israélien sur la terre palestinienne. Elle n'essaye pas non plus de porter atteinte à l'état d'Israël, elle critique uniquement la politique de certains de ses gouvernements. Quand Copé critique les actions de François Hollande, ou quand Aubry critiquait la politique sarkozyste, aucun des deux n'étaient ou sont contre l'état Français. Enfin cette chanson ne remet pas en cause la Shoah et n'essaye pas d'instrumentaliser celle-ci. Il ne me semble donc vraiment pas approprier d'essayer de censurer cette chanson en adressant une lettre à la direction de France Télévision ou de publier une tribune expliquant ce geste. Ce n'est pas en hurlant à l'antisémitisme à chaque critique d'Israël que le CRIF aidera à une solution pacifique. Ce n'est pas non plus en essayant de censurer des clips musicaux, des colloques ou des actions militantes que le CRIF sortira grandit. Le CRIF est utile pour protéger les institutions juives de France, comme son nom l'indique, pas pour être le bras droit du ministère de l'information israélien.

En revanche, et pour finir sur une note d'espoir, il existe des personnes qui essayent réellement de trouver une solution pacifique au conflit comme le signalait Rosaelle récemment ou comme cette association Synergie Europe Méditerranée, que j'ai découvert ce soir. Cette association se présente ainsi : "Créée en 1996, l'Association SEM a pour objectif essentiel de témoigner du dialogue vivant entre les cultures juive et arabe et dans l'espace et le temps, entre les autres cultures de la méditerranée.
SEM vise à promouvoir ce dialogue des cultures et à favoriser une ré-appropriation des identités culturelles dans les valeurs républicaines de la France."

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