dimanche 15 septembre 2013

L'assassin niçois et ses amis facebook

J'aime l'affaire du bijoutier niçois assassin. Pour de nombreuses raisons, j'aime cette affaire. Premièrement parce qu'on a affaire ici à un joli spécimen de personne qui décide de vivre en dehors de son temps. Pour l'époque j'hésite encore. Ce Niçois se pensait-il au Moyen-Age, avant que Colbert et Louis XIV ne définissent le rôle de la police : « La police consiste à assurer le repos du public et des particuliers, à protéger la ville de ce qui peut causer des désordres. » Ou peut-être n'est-il pas encore entré dans l'ère moderne et ne savait pas qu'il existe des moyens rapides et moderne de prévenir la police ? A moins qu'il n'ait aucune confiance dans l'important système de vidéo surveillance de Christian Estrosi, premier élu de la ville (1 caméra pour 500 habitants).
 
La deuxième raison est typique de ce type d'affaire, la récupération politique. Comme lors de l'affaire de "Papy René", un septuagénaire qui avait tiré sur deux adolescentes qui tentaient de cambrioler sa maison en 2010, comme à Grignan en 2010 également, quand un agriculteur a tué une personne qui essayait de lui voler ses truffes ou comme à Chaumont en 2012 quand un octogénaire tuait la personne qui tentait de lui voler une caisse de champagne dans sa cave, on retrouve aux premières lignes le Front National et toute la clique des groupuscules d'extrême-droite. Pour eux, chaque fait divers montre l'inutilité des forces publiques, le besoin d'instaurer des milices privées et d'autoriser le port d'arme, le tout en ayant un seul but, le remplacement d'une Justice professionnelle et impartiale par le droit de se faire justice soi même. Bien sur la récupération politique ne se fait pas qu'à l'extrême droite, et nombreux suiveurs de l'UMP s'empressent de réagir de la même façon, renforçant le sentiment que l'état ne sert à rien. Entendre certains pontes de l'UMP défendre l'anarchie, ça m'amuse toujours.

La troisième raison est la réaction des gens, d'autant plus quand celle ci est mise en exergue via Facebook. Dans notre affaire du bijoutier niçois, dès le lendemain du meurtre, des centaines de milliers de personnes ont afflué sur une page de soutien au pauvre bijoutier victime d'un cambriolage, victime, mais bien vivant, lui... Surement qu'une partie de ces gens là ne sont pas électeurs du Front National (je l'espère vu que j'ai quelques "amis" qui ont rejoint cette page de soutiens), pourtant ils n'hésitent pas à propager certaines de leurs idées nauséabondes et populistes. Aujourd'hui, ils défendent l'assassinat d'une personne car elle a attaqué le gagne pain de l'assassin, à d'autres reprises, ils n'hésiteront pas à défendre l'assassinat de quelqu'un qui aura essayé de faire du mal à un membre de leur famille. Chers tous (oui toi qui a rejoint la page facebook de soutien, ou toi qui n'est pas choqué qu'un de tes amis aient rejoint cette page), la peine de mort est abolie depuis 1981. Cela signifie que l'on considère, à juste titre, que l'on ne peut pas rendre justice en prenant la vie d'une personne. Pour les nostalgiques d'avant 1981, sachez, que même avant l'abolition de la peine de mort, on ne tuait pas les personnes coupables de vol. Excuser ce comportement, c'est accepter des principes tels que couper la main d'un voleur ou de mutiler physiquement un condamné. C'est aussi excuser le fait de se rendre justice par soi même, de se faire vengeance...

La dernière raison a commencé à être évoquée dans le point précédent, c'est l'importance de Facebook. Cette page de soutien a été mentionnée par une grande partie des journaux télévisés et par une grande partie des articles évoquant ce sujet. Manque de chance, il semblerait aujourd'hui que les auteurs de cette page de soutien ait eu les yeux plus gros que le ventre et soient tombés l'arnaque facile en achetant de faux soutiens. Seb Musset nous signale sur son blog qu'environ un million des soutiens du braqueur niçois viendraient de l'étranger. Ca nous laisse toujours de trop nombreuses personnes soutenant réellement le bijoutier meurtrier mais ça relativise nettement l'importance donnée à ces pages Facebook.

vendredi 30 août 2013

Droit de vote des étrangers, la droite pas droite dans ses bottes

Il y a certaines situations politiques assez comiques, souvent grâce à des prises de positions de notre chère droite. Par exemple, un sujet revient régulièrement sur le tapis, le droit de vote pour les étrangers extra-communautaires. Aujourd'hui, ne peut voter aux élections nationales que les citoyens français et ne peuvent voter aux élections locales que les citoyens de l'Union Européenne. En résumé, les Canadiens, les Algériens ou les Chinois ne pourront voter en France même s'ils sont implantés depuis plusieurs années dans le pays. 

Une des raisons de ce choix se résume dans les prises de positions de l'UMP qui avait le dernier mot ces dix dernières années. Par exemple en 2011, l'avocat Arno Klarsfeld expliquait que : "Les étrangers désireux de participer électoralement à la vie française ont le choix de la naturalisation. Voilà pourquoi je suis hostile au droit de vote des étrangers.
Peut-être plus crédible qu'un avocat - tête de liste people au élections locales, il nous faut écouter un ministre du gouvernement Sarkozy et proche de l'UDI, Hervé Morin : "Plutôt que d'accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales. D'abord et avant tout, il faut améliorer les conditions de naturalisation et qu'on n'ait pas des parcours du combattant incroyables pour celles et ceux qui veulent intégrer totalement la communauté nationale au point d'en acquérir la nationalité."
Ces déclarations sont confirmées par le principal parti d'opposition qui appelle à signer une pétition sur le sujet puisque "c'est contraire à notre tradition républicaine En France, le droit de vote est depuis toujours indissociable de la citoyenneté. C'est en accédant à la nationalité française qu'on accède au droit de vote."

J'avoue, deux des citations sont extraites de discours prononcés en 2011. Cela laisse le temps aux personnes citées de changer d'avis. Mais cela laisse surtout le temps aux opposants du droit de vote aux étrangers d'affuter leurs arguments et de changer d'avis.

Rappelons-nous 2011, la gauche est dans l'opposition, la LDH milite pour que tous les étrangers présents dans une commune depuis un certains nombre d'années aient le droit de choisir le représentant local. Comme l'ont montré les quelques citations précédentes (il y en a bien d'autres), la droite au pouvoir en 2011 a toujours préféré se retrancher derrière le prétexte de l'accès à la nationalité. En résumé, soit on accepte toute les règles françaises et celles de son pays d'origine, quitte à perdre officiellement une de ses nationalités, soit on reste définitivement un étranger qui n'a pas le droit de s'exprimer sur la tenue de sa commune (malgré les impôts locaux et taxes foncières que l'on peut débourser pour la mairie).

Etrangement, depuis le 6 mai 2012, le ministère de l'Intérieur a entendu les demandes des militants pro-vote pour tous (aux élections locales) et a entendu également les remarques des prédécesseurs au pouvoir. Résultat, aujourd'hui Manuel Valls annonce qu'il va revenir sur la politique d'immigration de son prédécesseur puisqu'il aurait fait preuve d’« un manque de transparence et de justesse dans l'appréciation » de l'accès à la nationalité.

Sans surprise, la droite s'offusque. Comment oser donner la nationalité française à ces étrangers qui vivent depuis plusieurs années sur le territoire français ? Bien sur, la meilleur réaction vient de notre Nadine Morano préférée qui n'hésite pas grâce à son compte Twitter d'exprimer la plus vive réticence à voir des étrangers être naturalisé.


Comme il fallait le prévoir, voici le véritable visage de la droite. Il est facile de refuser le droit de vote à des personnes qui vivent dans la même commune depuis des dizaines d'années en se cachant sous un faux prétexte. La position est moins tenable quand on vous explique que dans ce cas, commençons par naturaliser ceux qui le souhaitent (quitte à ce qu'ils perdent leur nationalité d'origine). 

En revanche, quelle crédibilité accorder à ces hommes et ces femmes politiques qui réclament la naturalisation des étrangers quand ils sont au pouvoir et qui fustigent cette même naturalisation quand ils sont dans l'opposition ?

Je suis un fervent défenseur du droit de vote des étrangers à condition qu'ils aient vécu assez longtemps sur le territoire français, je peux comprendre qu'il soit plus simple de naturaliser les plus anciens habitants étrangers que de donner le droit de vote à tous les étrangers vivant en France depuis un certains temps. En revanche, il faut être un minimum cohérent et arrêter de s'offusquer alors qu'un gouvernement suit les recommandations de plusieurs membres de l'ancien gouvernement.

Madame Morano, Monsieur Morin et bien d'autres, soyez honnêtes, annoncez que vous ne voulez pas accorder le droit de vote aux étrangers et encore moins s'ils présentent la moindre singularité avec vos traditions. 

Ce n'est pas être communautaire que de vouloir écouter toutes les opinions d'une ville ou d'un département, ce n'est pas être anti-patriote que de vouloir écouter son voisin étranger, en revanche c'est d'être de mauvaise foi que de refuser d'accepter la réalité, que de refuser d'accepter la seule solution prononcée par vous durant les 5 précédentes années.
Vous avez gagné pour ne pas augmenter le nombre d'électeurs aux municipales 2014. Mais qu'est ce qu'une élection devant la liberté d'expression des citoyens étrangers dans les années à venir ? Pour une élection municipale 2014 toujours restreinte, combien d'élections futures ouvertes à tous les résidents des communes et territoires de France ?

Ouvrir la naturalisation comme le propose Manuel Valls est une mesure juste. Elle n'est pas suffisante, mais elle va au moins dans la même direction que ce que proposait l'ancien gouvernement. Il est donc nécessaire de les écouter expliquer qu'il est scandaleux de naturaliser des étrangers alors qu'il s'agissait de la seule solution possible annoncée...

jeudi 29 août 2013

Il fallait aller en Syrie

Il fallait y aller, il était de notre devoir d'intervenir en Syrie. Non pas en tant que colonialiste, non pas en tant que peuple détenant la vérité et donneur de leçon, non pas en tant qu'accélérateur de l'histoire, mais en tant que protecteur. Le 11 septembre 2011, je souhaitais un joyeux anniversaire à Bachar al Assad en lui demandant de dégager en espérant que son départ mettrait fin aux massacres en Syrie qui avaient déjà fait 2 200 morts.

Quelques semaines plus tard, le 9 décembre 2011 et alors que je m'inquiétais du sort de la blogueuse Razan Ghazzawi, le compteur avait largement eu le temps de tourner et indiquait déjà 4 000 décès dont des centaines d'enfants.
Le 23 février 2012, la ville de Homs et d'autres vivaient de véritables sièges organisés par l'armée syrienne où des pluies d'obus s'abattaient sur la ville, sans discerner combattants rebelles ou citoyens sans endroit où s'exiler. Ma conclusion de l'époque était alarmiste : "Il semble tragiquement évident que si personne n'agit, Bachar Al Assad va rayer de la carte des pans entiers de son pays."

Le 16 avril 2012, je participais à la première vague blanche pour la Syrie, pour dire "STOP" aux massacres en Syrie. Cette action organisée par la FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme) et la LDH (Ligue des Droits de l'Homme), organisation que je ne classerais pas parmi les plus grands impérialistes de ce monde, voulait alerter les Français qu'il devenait urgent d'agir autrement qu'en envoyant des observateurs pour garantir la sécurité des Syriens.

Le 30 juillet 2012, c'était autour de Médecins du Monde de demander que des pays interviennent au moins pour garantir l'accès au soin des civils et le travail et la sécurité des ONG médicales sur place. Il faut dire que ces hôpitaux de fortune étaient souvent pris pour cible puisque l'armée d'état avait décidé que ce n'était que des caches pour "terroristes islamistes".

Le 9 août 2012, on apprenait que la France envoyait du matériel et des hommes pour venir en aide aux réfugiés présents de l'autre côté des frontières syriennes. Ces premières actions françaises entamées par notre nouveau gouvernement socialiste me redonnait de l'espoir, de l'espoir dans une action pacifique pour essayer si ce n'est pas de résoudre le conflit, au moins d'aider les innocentes victimes civiles. J'espérais que ces premières actions allaient démontrer l'inutilité de partir en guerre et que l'on pouvait encore croire en des solutions non violentes.

Le 25 février 2013, l'espoir estival s'en était allé. A l'occasion de la mort du reporter français Olivier Voisin, je reconnaissais que la longueur du conflit et l'inaction de l'ONU ou de la Ligue Arabe faisait que ce conflit sombrait dans l'oubli.
Quelques jours plus tard, à l'occasion de la vague blanche du 15 mars, je me faisais officiellement à l'idée que tout était trop tard. Après 2 ans de conflit, comment revenir à une situation normale ? Comment croire que le pays va pouvoir renaitre de ses cendres alors que la population est toujours autant divisée ? Comment imaginer même la réorganisation du pays sans vengeances, meurtres et autres représailles ?

Aujourd'hui, Américains, Français Anglais et surement d'autres se préparent à intervenir militairement. Il leur aura fallu 2 ans et demi et 110 000 morts pour se convaincre que ce qu'il se passait en Syrie était inadmissible. François Hollande veut intervenir pour punir le gouvernement d'Al Assad d'avoir utilisé des armes chimiques et ainsi de dissuader tout autre pays du globe d'utiliser ce type d'arme. Barack Obama a quant à lui annonçait qu'il ne s'engagerait pas là bas pour renverser Bachar Al Assad. Nous nous orientons donc vers une guerre sans d'autres objectifs que de dire : "tuez-vous mais élégamment s'il vous plaît !"
Pour rendre un peu plus intenable cette posture de donneur de leçons, Rosaelle nous rappelle que pour être crédible dans le combat contre les armes chimiques, il aurait peut être fallu agir contre tous ceux qui ont utilisé dernièrement des munitions au phosphore...

Il fallait y aller, il était de notre devoir d'intervenir, mais n'est-il pas trop tard pour que cette action servent à quelque chose ? N'y a-t-il pas d'autres moyens que d'entrer en guerre pour protéger des civils ? D'ailleurs, en allant bombarder la Syrie, combien de nouvelles victimes innocentes allons nous ajouter au macabre décompte ?

mercredi 28 août 2013

Retraites, quand Ayrault écoute Aubry

Je me souviens de l'année 2010, quand je passais plusieurs journées par mois à arpenter le pavé parisien pour défendre une autre réforme des retraites. A cette époque, on se félicitait de voir toute la gauche réunie pour combattre la réforme du gouvernement, du NPA au PS en passant par Europe Ecologie – Les Verts, tous les partis politiques de gauche étaient présents aux côtés des syndicats SUD, CGT, FO, CFTC, CFDT et d'autres. A l'époque, le PS n'était pourtant pas le bienvenu par tous les syndicats et des critiques assez dures étaient déjà émises par Sud ou la CGT.

En 2010, Martine Aubry et le PS défilaient non pas pour dire qu'il était opposé à toute réforme des retraites mais pour montrer qu'une autre réforme était possible. Cette réforme proposait :
  • une mise à contribution des revenus du capital,
  • une hausse modérée et progressive des cotisations sociales et patronales,
  • la prise en compte de l'allongement de l'espérance de vie avec une règle simple, pour chaque année d'espérance de vie supplémentaire, 6 mois de cotisation en plus et 6 mois de retraite en plus,
  • une mise en place de bonus pour inciter ceux qui le souhaitent à partir plus tard,
  • un plan pour l'emploi des seniors,
  • le maintien de l'âge légal de départ à 60 ans.

Trois ans plus tard, le PS est au pouvoir. Après être revenu dès les premiers jours sur l'âge légal de départ à la retraite et après avoir mis en place des premières mesures pour l'emploi des seniors (principalement grâce au contrat de générations), il était temps d'entrer dans le vif du sujet avec la mise en place d'une véritable réforme des retraites. Jean-MarcAyrault a donc annoncé ce soir les principales mesures de cette réforme tant attendue.

Sans trop de surprise, il va être demandé de travailler plus longtemps. En revanche finies les réformes qui impactent ceux qui sont les plus proches de la retraites. Les personnes nées avant 1973 ne travailleront pas un trimestre de plus que ce qui a été prévue lors de la réforme de 2010. En revanche, ensuite il faudra cotiser 43 années pour avoir le droit à une retraite pleine. Autre mesure annoncée, l'augmentation des cotisations. Elles augmenteront de 0,15 point l'année prochaine puis de 0,05 point jusqu'à la fin du quinquennat.
Ces deux mesures vont surement être les plus emblématiques et les plus contestées. Elles sont pourtant dans le programme du PS depuis 2010 et étaient donc quasi inéluctables.

Il était nécessaire de prendre réellement en compte la pénibilité. Sur ce point, je ne sais pas si l'idée va fonctionner ou sera nécessaire mais le principe est intéressant. Chaque employé aura un « compte personnel de prévention de la pénibilité » sur lequel il pourra cumuler des points par trimestre d'exposition à une activité reconnue comme pénible. Ce compte permettra au salarié soit de financer une formation afin de changer d'activité soit de travailler à temps partiel sur la fin de sa carrière en utilisant ce compte pour financer l'écart de salaire. Le financement de ce compte devrait être réalisé par les entreprises.

Une des principales critiques du PS en 2010 et une des principales craintes cette année était le sort réservé aux femmes. Traditionnellement, ce sont elles qui souffrent le plus de chaque nouvelle réforme. Elles sont moins bien payées en moyenne que les hommes, elles sont largement majoritaires dans les postes à temps partiel et elles ont le plus souvent une maternité à gérer. Pour cela, le nombre d'heures nécessaires pour acquérir un trimestre va descendre de 200 à 150 heures. La maternité sera elle aussi mieux prises en compte.

Enfin, dans un soucis de simplification de l'information sur l'état des cotisations des employés, un compte retraite unique va être créé pour connaître l'état de ses cotisations sur toute sa carrière, quels que soient les secteurs d'activités (ceux qui ont vu Mammuth peuvent comprendre comment ce compte va être utile).

Tout ceci n'est bien sur qu'un projet de reforme. Il restera aux parlementaires de débattre et d'amender cette proposition. Personnellement, je trouve que le gouvernement respecte assez bien les propositions du PS de 2010. Je ne doute pas que ce sujet va revenir régulièrement dans ce blog dans les mois à venir, mon avis évoluera peut être sur le sujet mais à chaud, pour le moment, je suis sur la même longueur que la CFDT et heureux de voir qu'une autre réforme des retraites est possible.

lundi 26 août 2013

Estrosi, l'inventaire de Sarkozy fait homme

Si certains cadres de l’UMP s’essayent à se lancer dans l’inventaire et donc l’analyse de l’ère Sarkozy, nombreux se montrent plus qu’hostiles au processus. Sans grande surprise, on retrouve parmi les plus réticents les figures du Sarkozysme, ces grandes gueules qui semblent tout oser sauf la réflexion politique. Ce n’est pas si étonnant puisqu’ils reproduisent chacun les grandes lignes de leur maitre. Parmi eux, Christian Estrosi s’est encore distingué. Le maire de Nice est un spécimen d’étude hors paire tant il semble impossible de sortir du moule Sarko. On retrouve chez lui tous les marqueurs du sarkozysme.

La stigmatisation pour draguer le FN
En juillet, le maire de Nice propose un manuel aux maires pour lutter contre les gens du voyage qui « squattent illégalement » leur commune. Dans son manuel, Estrosi donne 20 actions qu’il a testé lui-même pour lutter contre ces « délinquants ». Le même jour, il déclara que l’islam était une religion incompatible avec la démocratie, mais bien sur, tous ces propos n’ont pas pour but de chasser sur le terrain du FN…
Sur les gens du voyage, pour Estrosi les problèmes ne peuvent venir que de ces gens qui n’ont pas le même mode de vie que lui, tout comme le disait Sarkozy à Grenoble un jour de juillet 2011. Comme Sarkozy, le brave Estrosi n’hésite pas à donner des chiffres qui montrent hélas l’inefficacité de sa méthode. Dans son manuel, il explique clairement que tous les ans il force l’évacuation de plus de 40 campements. C'est-à-dire que sa méthode n’empêche en rien la venue de ces personnes qu’il juge indésirable chez lui.

Gouverner selon les sondages
Les rentrées politiques se suivent et se ressemblent chez Christian Estrosi. La principale cible est donc toujours Christiane Taubira qui veut « vider les prisons et supprimer le code pénal » puisqu’elle veut toucher au dogme du « tout détention ». Par exemple, quand il veut critiquer la future suppression des peines planchers, il s’appuie sur ces « 71% des Français qui sont pour qu’on les maintienne ».
Comme pour Sarkozy, le sondage TNS-Sofres fait office de boussole. Inutile d’avoir une vision à long terme, ni même une idée sur un sujet, l’important est d’aller dans le sens des sondages.

La récidive
Toujours sur les questions de justice, le seul et unique problème est la récidive. Si je comprends bien ce que veut Estrosi, c’est empêcher toute personne condamnée de sortir afin de garantir qu’elle ne récidive jamais. Ce week-end, il prenait en exemple le cas d’un cambrioleur accusé du meurtre d’un retraité. Cette personne serait « 10 fois récidivistes ».
Comme Sarkozy, Christian Estrosi voit et emploie à tout bout de champs des récidivistes. Dans le cas du meurtre de Marignane, j’imagine mal que l’auteur présumé des faits en soit à son dixième assassinat, donc je suppose qu’il parle d’une personne dix fois condamné pour vol. Manque de chance, il semblerait d’après Libération que la personne interpellée ait eu déjà le droit à 3 condamnations par un tribunal pour enfants. Mais laissons excusons l’exagération, puisque quel que soit le nombre de condamnations, si faute il y a pour une politique tenue, ce n’est pas celle que Christiane Taubira veut mettre en place mais plutôt celle qui a accompagné la jeunesse de ce délinquant. L’interpellé a 18 ans, la droite fut au pouvoir durant 10 ans, comment est-il possible qu’avec la trentaine de loi sécuritaire ce jeune homme ait pu devenir un délinquant multi-récidiviste ?

Le mélange des genres
Entre son rôle de maire de Nice, de député, de président de la métropole niçoise, de vice-président de l’UMP et de président de l’Association des Amis de Nicolas Sarkozy, il est difficile de savoir avec quelle casquette le perosnnage agit. Ce mélange des genres nous rappelle, entre autre, le Sarkozy époque ministre du budget et porte-parole du candidat Balladur.
Ce mélange des genres n’amène que rarement des bonnes surprises. Pour Estrosi, ceci est synonyme d’une plainte de la part d’un militant d’Anticor pour détournement de fonds publics ou de nombreuses interrogations sur certains de ses déplacements.

De nombreux socialistes ont raillé le droit d’inventaire qu’essaye de mettre en place la droite. Je ne suis pas d’accord avec eux. Cette action ne peut que leur être bénéfique. Si le travail est bien fait, l’UMP devrait comprendre qu’il faut arrêter de jouer à Sarkozy et donc déciderait peut être de ne plus donner d’importance à ces clones de Sarkozy.

dimanche 25 août 2013

Taubira superstar


Christiane Taubira à La Rochelle
L'événement était noté dans mon agenda depuis la publication du programme de l'université d'été du PS à plus d'un titre. Traditionnellement, ce sont les ateliers ayant pour thème la Justice qui m'intéressent le plus (j'ai d'ailleurs encore en mémoire la projection du film sur l'activité du Contrôleur général des lieux de privation de liberté et le débat qui suivit en 2011). De plus cette année, coup de chance, l'atelier au nom le plus accrocheur traitait du sujet : « Justice partout, ingérence nulle part ». Enfin, une des ministres, si ce n'est LA ministre, préférée du peuple de gauche, Christiane Taubira, est l'intervenante principale. De nombreux agendas devaient être similaire au mien puisque l'atelier fut déplacé dans l'auditorium Michel Crépeau, la deuxième plus grande salle de ces universités estivales, et cet auditorium fit salle comble, certains militants se sont même vus refuser l'accès faute de place.

L'après-midi avait bien commencé pour Christiane Taubira puisqu'elle eut le droit à l'un des meilleurs comités d'accueil à l'Espace Encan entre nuée de caméras et nombre de militants scandant son nom et l'applaudissant à son passage. Le message est clair, Christiane Taubira (qui n'est pas encartée au Parti Socialiste) est bien LA chouchou des militants, loin devant Valls, Montebourg et même Royal. Signe fort de sa popularité, la ministre de la Justice aura le plaisir de voir au premier rang du public une ancienne camarade de gouvernement, Martine Aubry.

Symbole de l'impatience des militants, alors que pour tous les autres ateliers, le ministre en charge du sujet était le dernier orateur, passant après les différents invités, pour cet atelier uniquement, la parole fut donnée immédiatement à la Garde des Sceaux. Le contenu de son discours allia simplicité, pédagogie et intimité. Si le point à aborder est léger, elle minaude, si le point est ardu, elle explique calmement et clairement, si le point est une réponse aux attaques de l'opposition, elle n'hésite pas à monter le volume et à se défendre, voire attaquer, vertement.

Sur la méthode, Christiane Taubira nous a expliqué certaines de ses volontés comme la volonté de réaliser une grande réforme (« de tout mettre dans la brouette ») et non une multitude de petites lois (comme la tant attendue suppression des peines planchers). Cette volonté de tout regrouper permet aussi d'avoir au moment de l'examen du projet de loi au Parlement toutes les données pour débattre sur le sujet. Autre volonté ministérielle qui suit également la démarche chère à François Hollande, le besoin de synthèse. C'est pourquoi en plus des différentes commissions et autres groupes de travail, le ministère a mis en place un « Jury de consensus » regroupant différents représentant du monde judiciaire mais aussi un commissaire divisionnaire et un commandant de gendarmerie. Preuve, s'il l'était encore nécessaire, du travail réalisé en lien avec ceux qui ont pour objectif de faire respecter l'ordre et faire régner la sécurité.

Sur le fond, Christiane Taubira a fourni énormément d'informations également. La première sur la population pénitencière annonçant la création de 6 500 places de prison supplémentaires. Elle est également revenue sur la volonté de l'ancien gouvernement de créer 80 000 nouvelles places sans qu'aucun financement n'ait été prévu à l'époque (soit 20 milliards d'euros à trouver pour la réalisation de cet objectif).
La ministre a tenu a rassuré les sceptiques (ils n'étaient pas nombreux dans la salle), si les peines planchers seront abolies, les articles du code pénal prévoyant le doublement des peines en cas de récidive ne seront pas touchés par la réforme.
Que ce soit pour les peines planchers ou pour les remises en liberté, la réforme se veut être la fin de l'automaticité. La fin des peines planchers provoquera un retour à l'indivisualisation des peines et permettra une meilleure prise en compte (grâce à une meilleure mise à disposition des informations) des dossiers personnels afin de permettre au juge de définir la peine la mieux adaptée aux cas de chaque condamné. Les fins de peine seront également revues. D'après les analyses de la ministre, c'est parce que 90 % des détenus ont une sortie sèche (donc un retour brutale et non accompagnée à la liberté) qu'ils sont des récidivistes en puissance. Un des axes de cette réforme sera donc de prévoir des dispositifs de sortie progressive (par exemple en laissant un détenu sortir la journée pour aller travailler tout en l'obligeant à rentrer chaque soir dans sa cellule).
Enfin, et ceci peut toujours être mis sous le signe de la fin de l'automaticité, la fin de la détention comme l'alpha et l'omega de la palette des peines. Sanctionner ne doit plus être systématiquement synonyme de détention.

Sans surprise, à la fin de son exposé, c'est un auditorium en délire qui s'est levé comme une seule personne pour applaudir la ministre. Je suis sur que l'espoir qu'a fait naitre Christiane Taubira durant les débats pour le mariage pour tous dans le cœur du peuple de gauche s'est intensifié en ce samedi 24 août en la voyant défendre sa réforme pénale.

Affiche du PRG
pour l'élection présidentielle 2002
La popularité justifiée de Christiane Taubira à gauche est absolument remarquable. Il ne faut pas oublier que durant les 10 dernières années, elle a été considérée comme en partie responsable de l'absence de Lionel Jospin au second tour de l'élection présidentielle de 2002. Plus que Dominique Voynet, plus que Jean-Pierre Chevènement, c'est la candidate du PRG qui a cristallisé les tensions et les griefs. J'en viens à me poser la question, et si nous nous étions trompés en 2002 ? Ne faut-il pas relire l'histoire à la lumière des informations récentes ? Ne serait-ce pas Lionel Jospin qui a fait perdre Christiane Taubira et ainsi la gauche ? Moi le premier, j'ai surement pêché par ignorance. J'avoue n'avoir jamais vraiment cherché à connaître Christiane Taubira avant 2012. Son livre « Mes météores » montre son passé, son caractère. C'est cette Christiane Taubira que la France découvre depuis un an à la tête du ministère de la Justice. Je me dis que c'est cette Christiane Taubira qui aurait pu mener la Gauche au combat de l'élection présidentielle. Son énergie et sa volonté aidée par la puissance de feu de l'appareil PS auraient fait d'elle une candidate intouchable. Je ne vais pas refaire le monde avec des « si », mais avec ce cas de figure, l'argument massue du « vote utile » n'aurait peut-être jamais vu le jour, le FN n'aurait peut-être jamais gouté aux joies d'un second tour, un Nicolas Sarkozy n'aurait peut-être jamais réussi à devenir ce qu'il est devenu...

Toujours est-il qu'il est impossible de revenir sur le passé. C'est même de tout ce passif qu'a émergé aux yeux de la France entière cette personnalité incroyable qu'est Christiane Taubira. J'ai ainsi l'espoir que l'on tient aujourd'hui la Garde des Sceaux qui va faire entrer la Justice dans le XXIème siècle en mettant en place toutes les conditions nécessaires pour une Justice plus libre, plus juste, plus moderne.

La grappe, mode de vie rochelais ? #UEPS

Aller à La Rochelle fin août permet de découvrir de nouvelles coutumes comme la mode de la grappe. Cette technique semble très pratique pour se protéger du soleil mais pas ultime pour profiter du paysage. Pour réussir à se diriger sans aucune visibilité, la grappe se dirige au bruit des applaudissements, claque à gauche, on dévie à droite, claques à droite, on dévie vers la gauche. En cas d'applaudissements frontaux, deux solutions, le passage en force ou l'étude approfondie du terrain pour décider de la direction. La grappe n'avançant pas très rapidement, la prise de décision est plus facile que ce que la description laisse supposer.

Ségolène Royal allant à l'aquarium de la Rochelle

Chritiane Taubira se rendant à son atelier


Comme on peut s'en douter, le déplacement en grappe amène une certaine confiance et sécurité grâce à un entourage présent et compact. Il donc important de ne pas se retrouver seul trop rapidement. Pour cela la solution la plus simple est d'adapter la grappe à la position assise. Comme la grappe debout, la grappe assise n'offre pas toujours une grande visibilité mais c'est le prix à payer pour ce sentiment de sécurité.
Séance plénière et salle pleine pour Manuel Valls

Grappe tout confort autour de Christiane Taubira
Bien sur, tout le monde n'a pas adopté cette façon de faire et ces personnes peuvent se sentir seules. Mais pas de craintes à avoir, ce singularisme leur permet de tenir un discours plus facilement audible.
Najat Vallaud-Belkacem

Jean-Pierre Sueur,
président de la commission des lois au Sénat