mardi 29 octobre 2013

Et si les classes prépas préparaient à la réussite scolaire pour tous ?

Dans sa dernière édition du week-end, Libération évoquait 5 pistes pour permettre plus de diversité dans les élites françaises. Sur leurs cinq propositions, une a particulièrement attiré mon attention, "miser sur l'université". Sur ce sujet, la chercheure Murielle Darmon propose une idée assez folle, l'inversion des publics des classes prépas et des premières années de faculté.

L'idée ne semble pas si saugrenue qu'elle n'en a l'air. Les jeunes bacheliers rejoignant les classes préparatoires sont normalement parmi les meilleurs de leur génération. Pour la peine, ils auront le droit à un des enseignements le plus encadré des filières post-bac. A l'opposé, les jeunes bacheliers réussissant leur année de terminale avec difficulté et qui obtiennent leur bac n'auront probablement que l'université comme option puisqu'il s'agit du seul endroit qui accueille les bacheliers sans concours ni examen de dossier. A la fac, ces étudiants se retrouveront dans un monde bien différent du lycée qu'ils connaissaient. Ils découvriront les cours magistraux avec 300 autres étudiants et les cours de TD à 40. Livrés à eux-mêmes, vivant souvent pour la première fois loin de leurs parents, ces étudiants ne partent pas avec les meilleures cartes pour réussir leurs études supérieures.

Si l'on suit cette idée d'inversion des publics visés, les élèves n'ayant théoriquement pas le niveau des meilleurs pourraient donc bénéficier d'une attention toute particulière durant deux ans et ainsi augmenter leurs chances d'obtenir un diplôme de niveau licence ou master. Pour les meilleurs bacheliers, ayant par définition de meilleures aptitudes ou du moins un meilleur niveau scolaire, un enseignement moins encadré, laissant plus de libertés aux élèves, devrait être moins difficile à aborder grâce à l'avance prise durant leurs années lycée. 

Cette inversion de public aurait également un sens au niveau financier. En 2009, l'Etat français dépensait en moyenne 10 220€ pour un étudiant à l'université et 14 850€ pour un étudiant en classe prépa. Si le gouvernement veut développer et garantir l'égalité des chances, il semblerait plus juste de dépenser plus pour mieux accompagner les élèves les moins bien préparés aux études supérieures.

Le fonctionnement pour la suite des études supérieures pourrait continuer sur le rythme actuel. Un concours d'admission aux grandes écoles se ferait en fin de la 2ème année après le bac. La différence est qu'à la fin de ces deux années, les bacheliers en difficultés auront eu une éducation plus spécialisée et donc auront eu une préparation à ces concours. Les meilleurs bacheliers auront, quant à eux, eu le droit à la découverte de l'université. Ils auront toujours les mêmes facultés intellectuelles leur permettant de prétendre à réussir les concours d'entrée aux grandes écoles mais ils auront également pu voir la richesse intellectuelle du monde universitaire.

J'aime cette solution car elle sort de l'habituelle question pour ou contre les grandes écoles, elle permet d'envisager sous un nouvel angle l'accompagnement des nouveaux bacheliers les moins favorisés et permet de donner de nouvelles lettres de noblesse à l'université. Si vous avez d'autres idées pour développer les chances des jeunes de tous niveaux à réussir dans les études supérieures, partagez-les.

7 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer
  2. Idée assez folle, en effet, ou plutôt utopique, (du style "construisons les villes à la campagne"), mais qui avait eu un frémissement de début d'exécution avec la création des IUT et des INSA où l'enseignement est beaucoup plus encadré. Mais les nombres nous ramènent dans la crasse réalité: il y a 81000 étudiants dans les CPGE et 1,5 millions dans les universités, dont environ 700000 en premier cycle. Cette idée augmenterait le coût global de plus de 3 milliards, c'est à dire 12% d'augmentation du budget de l'enseignement supérieur, sans compter les investissements en termes de locaux.
    D'autre part le taux de réussite des CPGE est du pour une grande part à la sélection à l'entrée et pour une autre au climat constant de compétitions entre les élèves, climat constamment entretenu par le personnel enseignant (motivés dans leurs compétitions inter-lycée) et par l'objectif de réussir aux concours, quasi certitude d'obtenir emploi et salaires élevés. Si l'université pratiquait de même, son efficacité pour le passage dans le deuxième cycle serait beaucoup plus grande mais la "richesse intellectuelle du monde universitaire" diminuerait d'autant
    Désolé d'être pragmatique, je dois être soc-dem :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas la temps de rechercher les chiffres, mais il faut bien comparer le nombre d'étudiants en 1ere année de prépa et en 1ere année de licence.
      Ensuite, pas la peine de faire entrer tout le monde en prépa mais uniquement ceux qui en ont le plus besoin, dans la limite des 81 000 (au moins pour commencer).
      Pour l'esprit de réussite des prépas, je pense qu'il doit être aussi possible de jouer sur la motivation des élèves ayant des difficultés, il suffit de trouver les bonnes cordes sensibles

      Supprimer
  3. As-tu fait une classe prépa? Sais-tu que c'est une immense machine à formater et à apprendre , en fait non, c'est une machine à gaver jusqu'à saturation de connaissances, environ 6h de travail par jour en plus des cours dans les moments soutenus, des notes humiliantes, une pedagogie humiliante, qui demande d'être un fils ou une fille à papa sans aucun problème social et familial à côté, sinon tu ne tiens pas!
    Oui, je suis fière d'un côté mais je l'ai durement payé ensuite.
    Non, ce qu'il faut faire, c'est adapter le lycée général en prenant les lycées techniques et technologiques comme modèle car les lycées technologiques s'en sortent bien mieux que les généraux. C'est un fait.
    Tu ne peux pas mettre des élèves fragilisés dans un environnement aussi inhumain que la classe prépa.
    Biz

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il doit etre possible de reprendre le coté super encadré, sans garder le coté gavage. Si le public visé est totalement chamboulé, pourquoi ne pas chambouler aussi les méthodes utilisées ?

      Supprimer
  4. Mais tu n'es pas du tout encadré dans ce système, tu as ton cours, et une liste de trucs à lire, une liste énorme, ainsi qu'un contrôle continu, c'est le lycée des années 60 en plus corsé. Mon fils est en fac de biologie environnementale, il est en petit groupe, a un tutorat avec un enseignant et un élève de deuxième année référents, a des mails fréquents de profs et d'élèves. Ils ont des forums dédiés sur moodle, ils ne sont plus lâchés dans la nature en sciences, en tout cas dans les universités couplées à des IUT et des technopôles avec entreprises.
    En revanche, en médecine, des cours magistraux au minimum et tout sur Internet, là, les élèves se noient.

    RépondreSupprimer
  5. Pour info, je vous invite à lire sur le sujet ce blog de Olivier Bouga Olga, professeur à l'université de Poitiers en sciences sociales et économiques
    http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/2013/03/09/au-fait-combien-de-lyceens-allons-nous-sacrifier-cette-annee/

    RépondreSupprimer