mercredi 23 octobre 2013

Les réacs à travers l'histoire II : la théorie du genre

La lutte contre les disparités entre les femmes et les hommes, appelée "théorie du genre" par nos chers réactionnaires de droite, n'est pas une invention du XXIème siècle, ni même de la fin du XXème siècle. Grâce à la chronique de Philippe Meyer dans la matinale de France Culture, j'ai appris que dès 1880, la théorie du genre était combattue à l'assemblée nationale et dans la presse réac.

Voici le texte publié le 25 novembre 1880 dans "Le Gaulois" (un journal monarchiste) :
Des lycées de jeunes filles ? Pourquoi pas des casernes de jeunes filles ! [...] Il ne leur suffit pas de dépraver le cœur de nos jeunes gens, et de semer dans leur esprit les désespérances et les égoïsmes de leurs doctrines matérialistes. C'est à nos filles qu'ils en veulent. Elles ont tenu trop de place jusqu'ici dans la famille, et pas assez dans la politique ; et ils ont juré qu'ils feraient pénétrer dans leurs âmes l'âme de Brutus et de M. Paul Bert, si tant est que les deux vivisecteurs aient une âme, ce qu'à Dieu ne plaise. On croit rêver. On se dit : « Mais non, c'est un vaudeville, tout simplement, et cela se joue aux Variétés et au Palais-Royal ! » Hélas, ce vaudeville est bel et bien un sombre drame, et cela se joue au Parlement!

A part quelques bachelières, quelques doctoresses et quelques sages-femmes, la jeune fille française élevée, dans la protection vigilante de la famille, avait été avec soin préservée de l'éducation garçonnière et des brutalités de la science. Elle grandissait parmi les sourires et les joies, comme une fleur dans le soleil; elle grandissait dans une poétique ignorance des mystères des choses [...]. Et cette paix candide de jeune fille, cette délicieuse floraison de pudiques désirs, ces élans d'idéale bonté qui plus tard font l'amour de l'épouse, le dévouement de la femme et le sacrifice de la mère, tout ce charme exquis, toute cette poésie, tout ce respect qui fait que le vice lui-même se tait, se découvre et recule ; devant nos enfants comme devant l'apparition des grands paradis perdus, tout cela va disparaître ! On va supprimer la jeune fille [...]. Assez de ces petites niaiseries qui croient à l'ange gardien, au bonhomme Noël, aux bébés qui naissent sous les choux. La science de l'État se chargera de souffler sur ces illusions enfantines. M. Paul Bert leur prouvera, scalpel en main et tablier au ventre, qu'il n'y a ni Dieu, ni Diable, ni devoirs, ni justice, ni vertu, ni choux; qu'il n'y a que des sensations, que des jouissances, une République et de la matière. On leur apprendra tout, même la rébellion contre la famille, même l'impureté. Elles citeront Tacite, Montesquieu les jours de gaieté. Elles n'auront même pas été vierges avant de devenir femmes ; et quand elles auront été instruites d'après la méthode nouvelle, qu'elles auront conquis les grades universitaires, elles se donneront, comme les élèves du Conservatoire, au premier homme qui passera, ou elles se tueront, comme cette étudiante qui n'a trouvé que la consolation du poison au désenchantement de sa jeunesse flétrie et du bonheur perdu...

Si l'on peut voir tout le chemin parcouru pour l'égalité entre les femmes et les hommes, je tout de même l'impression de retrouver certains points de ce texte dans les argumentaires de ceux partis la fleur au fusil au combat contre cette soit-disante "théorie du genre".


Dans la série des réacs à travers l'histoire, vous pouvez revoir ce billet sur la vieille rengaine du laxisme.

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