mercredi 22 mai 2013

A quoi joue Proglio avec Fessenheim ?

Proglio et son regard avisé sur le nucléaire
C'est une promesse phare de la campagne présidentielle de François Hollande, c'était même une de des promesses les plus clivantes durant la primaire citoyenne, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. En mars 2012, François Hollande affirmait son objectif de voir la centrale de Fessenheim fermée avant la fin de son quinquennat. En septembre, lors de l'ouverture de la conférence environnementale, le Président de la République confirme cette volonté en annonçant que la centrale serait fermée pour la fin de l'année 2016. 

Aujourd'hui, l'Autorité de Sureté du Nucléaire (ASN) a donné son feu vert pour continuer l'exploitation de la centrale alsacienne à condition qu'EDF, l'exploitant de la centrale, réalise des travaux de sécurisation des deux réacteurs. Les travaux de sécurisation des 2 réacteurs sont enclenchés. Ces travaux devraient coûter plus de 130 millions d'euros à EDF, mais ces travaux ne sont que du colmatage sur des réacteurs conçus dans les années 60 et mis en service en 1978 après 7 années de travaux.

Le 10 avril, le Conseil d'Etat a rejeté un recours de l'association Sortir du Nucléaire qui demandait qu'on interdise les travaux à Fessenheim car étant contraire à la politique de François Hollande et la nomination d'un délégué inter-ministériel à la fermeture et la reconversion du site de Fessenheim. Autre coup dur, la Cour Administrative d'Appel de Nancy a rejeté la demande de fermeture administrative du site faite par l’Association trinationale de protection nucléaire (ATPN).

Fort de tout ceci, Henri Proglio, nommé au poste de PDG d'EDF par Nicolas Sarkozy (on se souvient sa tentative de toujours gagner plus avec le cumul du salaire de dirigeant de Véolia avec son salaire de PDG d'EDF), entre dans la provocation face au gouvernement. Si l'Etat ordonne la fermeture de la centrale de Fessenheim, alors il devra régler à EDF la modique somme de 5 milliards d'euros ! Comment ne pas s'interroger sur les motivations du patron d'EDF pour s'opposer à la fermeture de Fessenheim ? Ces motivations sont d'autant plus sujettes à interrogation quand on se souvient des propos d'Anne Lauvergeon l'an dernier : "Saura-t-on un jour pourquoi le patron d'EDF a eu ainsi table ouverte à l'Elysée durant tout ce quinquennat ? Regardez encore, la semaine dernière, les résultats de l'appel d'offres de l'Etat pour 10 milliards d'euros dans l'éolien offshore".

Rappelons que l'objectif du gouvernement n'est pas de fermer pour le plaisir la centrale de Fessenheim. La situation géographique de la centrale n'est pas sure puisque basée sur une zone sismique sensible (même si ce n'est pas le Chili ou le Japon), la centrale est vieille pour ne pas dire vétuste, c'est la plus ancienne en activité en France. De plus le gouvernement veut faire de ce démantèlement un exemple pour le savoir-faire français. C'est une occasion unique pour EDF d'être précurseur et donc à terme référence sur le démantèlement de site nucléaire, ce qui signifie une source de revenu non négligeable dans les années à venir en Europe et dans le Monde. Enfin, si l'utilité de la centrale de Fessenheim est connue, elle couvre environ 66% des besoins de l'Alsace en électricité, sa fermeture est l'occasion d'encourager le développement de nouvelles solutions de production d'énergie, sujet où encore une fois EDF a tout à y gagner. Mais entre convictions politiques et refus de se projeter dans l'avenir, Proglio et EDF s'entêtent dans le choix de maintenir une centrale obsolète. Le comportement d'EDF est en quelque sorte comparable au comportement de nos constructeurs automobiles, "attendons qu'il soit trop tard pour développer de nouvelles solutions", sauf que trop tard dans le nucléaire peut couter jusque 5 800 milliards en cas d'accident.

D'autres infos et plus de liens sur le sujet chez Eric Citoyen, le blogueur mulhousien.

10 commentaires:

  1. Sans compter que cela peut coûter l'Alsace et le Bade-Wurtemberg zone interdite pendant des milliards d'années.

    Billet très intéressant. Merci.

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    1. Comme quoi, ne rien faire, c'est faire une grosse connerie.

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  2. Mettre des bâtons dans les roues de François Hollande, sur le dossier Fessenheim, c'est dresser contre François Hollande une large part des Verts et des socialistes clairvoyants : c'est donc diviser la Gauche et fragiliser NOTRE gouvernement de Gauche !
    L'objectif n'est pas l'argent à court terme ou le profit contre la sécurité, c'est faire tomber la Gauche et d'abord la mettre à terre en vue des élections municipales.
    Y'a pas moyen de virer ce Proglio, déjà pour commencer ?

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    1. L'été dernier, une rumeur sur le remplacement de Proglio courrait, il faudrait lui donner vie à présent, cf. cet article de La Tribune

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    2. Je verrais bien une mise à la retraie anticipée pour gestion faisant obstruction à la mise en oeuvre de d'objectifs constitutionnels (ceux de la Charte de l'Environnement et le principe de précaution) et décisions concourrant à une mauvaise gestion des deniers publics.

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    3. Le voila habillé pour l'hiver !

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    4. Je te précise que ma 1ère future belle-fille est ukrainienne, de Kiev, qu'elle a 22 ans ... et un cancer ! Mais on la prend quand même, on l'aime trop !

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