mardi 19 mars 2013

Quelle direction pour les négociations israélo-palestiniennes ?

Ce lundi les nouveaux parlementaires israéliens ont validé le nouveau gouvernement de Benjamin Netanyahu. Pour former ce gouvernement, Netanyahu a du jongler entre de nombreux partis, vu le résultat serré des dernières législatives.

Au final, le Likoud, le parti du Premier Ministre, prend le contrôle des gros ministères de la Défense, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Les centristes du nouveau parti Yesh Atid (Il y a un avenir) a obtenu les ministères de l'Education, de la Santé et surtout celui des Finances, ministère clé en période de crise. Le parti arrivé 3ème des législatives, les nationalistes-religieux de la Maison Juive, vont occuper les ministères du Commerce, de l'Industrie et du Logement. Enfin, Tzipi Livni, ex Kadima, sera la ministre de la Justice.

Avec ce gouvernement à la stabilité précaire (les partis présents représentent 68 députés sur 120), je m'interroge sur l'avenir des discussions autour du conflit israélo-palestinien. La présence de Tzipi Livni au ministère de la Justice et chargée des négociations de paix avec l'Autorité Palestinienne est encourageante. Pendant la campagne des législatives, elle avait été la seule a parler ouvertement du conflit israélo-palestinien dans son programme et de sa volonté de faire avancer le processus de paix autour de 2 états indépendants :
"Tzipi Livni et Hatnouah vont relancer le processus de paix et ranimer l'espoir de parvenir à un accord durable avec les voisins d'Israël, car un accord de paix prévoyant deux Etats, israélien et palestinien, constitue un besoin sécuritaire, économique, social, environnemental et ethnique et car il s'agit d'une condition nécessaire à la sécurité, la prospérité et la stabilité d'Israël, à la fois en tant qu'Etat juif et que démocratie."
   
Le problème est qu'aux côtés de Tzipi Livni, on retrouve les nationalistes de la Maison Juive au ministère du Logement. Cela signifie que ce parti, qui a fait une campagne très axée sur les droits et la défense des colons, va être en charge du Logement, donc des programmes d'extensions et de création de colonies à Jerusalem Est et en Cisjordanie. Uriel Ariel, le nouveau ministre du Logement, a déjà annoncé : "Il ne peut y avoir qu’un seul Etat entre le Jourdain et la Méditerranée, c’est Israël."
Il n'est pas le seul à penser cela puisque le vice-ministre de la Défense a également annoncé : "Le nouveau gouvernement va renforcer la colonisation en Judée-Samarie, en Galilée et dans le Néguev."

Si on met en parallèle de ces discours les propos de Marwan Barghouti, un des dirigeants du Fatah emprisonné à vie dans les prisons israéliennes, rapportés par sa femme :
"Marwan m’a dit la semaine dernière, lorsque je suis allé lui rendre visite en prison, qu’il n’attendait pas de la visite de Barack Obama à Ramallah de nouvelles initiatives mais que le président américain exige d’Israël de respecter ses engagements et les résolutions de la communauté internationale, c’est-à-dire cesser l’occupation en se retirant des territoires palestiniens. Il y a 20 ans, nous avons signé les accords d’Oslo. Regardez où nous en sommes aujourd’hui, rien n’a bougé, la colonisation a même explosé, village après village, zone, par zone. On ne pourra pas construire un Etat dans un territoire gangréné par ce cancer. Marwan n’a donc dit qu’il ne servait à rien de négocier tant qu’il n’y aurait pas de bonne volonté de la part d’Israël, tant que ne cessera pas la politique du fait accompli et de la judaïsation de Jérusalem."

Cette ligne anti-colonie est loin d'être une lubie palestinienne ou une simple excuse pour ne pas s'assoir à la table des négociations. Ce 18 mars, une mission mandatée par le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU a rendu son rapport sur la colonisation en Cisjordanie : 
"La mission demande à Israël de se conformer aux dispositions de l'article 49 de la quatrième convention de Genève, de cesser immédiatement et sans condition préalable la colonisation ainsi que d'initier un processus de retrait des colons."

Si la fracture entre les attentes des Palestiniens et les actes de Benjamin Netanyahu n'est pas nouvelle, je comprends mal la position de Tzipi Livni. Elle qui avait refusé de participer aux précédents gouvernements de Benjamin Netanyahu, elle qui avait été la seule avec les partis arabes israéliens à évoquer le cas de la Cisjordanie, elle qui annonce encore aujourd'hui sa volonté d'arriver à un accord avec l'Autorité Palestinienne, pourquoi a-t-elle accepté de rejoindre un gouvernement qui annonce ouvertement se moquer des attentes de leurs voisins Palestiniens ?

A voir ce nouveau gouvernement israélien, j'en viens à me demander s'il n'était pas préférable d'avoir des ultra-religieux comme dans les précédentes coalitions menées par le Likoud plutôt que la présence de ces provocateurs défenseurs des colons illégaux...

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